1 février 2026

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Haïti face à la crise de l’eau potable : une urgence silencieuse aux conséquences dramatiques

En Haïti, boire de l’eau reste un acte risqué pour une grande partie de la population. Alors que l’eau est à la base de toute vie humaine, elle constitue aujourd’hui l’un des défis les plus graves et les plus persistants du pays. Derrière les chiffres froids se cachent des millions de vies exposées aux maladies, à la précarité et à une profonde injustice sociale.

L’accès à l’eau potable en Haïti n’est pas seulement une question d’infrastructures défaillantes. Il s’agit d’un problème structurel, aggravé par la pauvreté, l’instabilité politique, l’insécurité, les catastrophes naturelles et la faiblesse des services publics. En 2026, l’eau potable demeure un luxe pour une grande partie des Haïtiens, en particulier dans les zones rurales et les quartiers populaires urbains.

Des millions d’Haïtiens privés d’eau potable

Selon les estimations des agences internationales, près de 4 à 5 millions d’Haïtiens n’ont pas accès à une eau potable sûre. Cela signifie que plus d’un tiers de la population consomme quotidiennement une eau provenant de sources non protégées : rivières, puits non traités, citernes contaminées ou eau achetée sans aucun contrôle sanitaire.

En milieu rural, la situation est encore plus préoccupante. Moins de la moitié des habitants disposent d’un service d’eau de base, et une part importante doit parcourir de longues distances pour s’approvisionner, souvent au détriment de l’éducation des enfants et des activités économiques des familles.

Dans les centres urbains, l’eau courante est rare et irrégulière. À Port-au-Prince, de nombreux quartiers peuvent rester plusieurs semaines sans distribution publique, obligeant les ménages à acheter de l’eau à des camions-citernes à des prix parfois exorbitants, représentant jusqu’à 20 % du revenu mensuel des familles les plus pauvres.

Des chiffres alarmants

Selon les données mondiales de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et d’organismes internationaux, environ 66,7 % de la population haïtienne a accès à des services d’eau de base, laissant plus de 4 millions de personnes sans eau potable adéquate.  

La situation est encore plus critique en milieu rural : seulement 43 % des habitants des zones rurales disposent d’un approvisionnement basique en eau potable, bien en dessous de la moyenne de 90 % observée en Amérique latine et dans les Caraïbes.  

Dans les villes, les infrastructures sont souvent en panne ou insuffisantes, avec une dépendance accrue à des sources non sécurisées ou à l’eau vendue à des prix très élevés pour des familles déjà appauvries.

Initiatives et solutions : une lumière dans l’obscurité

Malgré la situation critique, des efforts sont en cours. L’UNICEF, en collaboration avec la Direction nationale d’eau potable et d’assainissement (DINEPA) et des partenaires, a fourni des millions de litres d’eau chlorée à des milliers de personnes déplacées dans la région métropolitaine de Port-au-Prince.  

Au niveau international, la Banque mondiale a approuvé un financement de 80 millions de dollars pour améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement dans les zones rurales, ciblant des centaines de milliers de personnes qui jusqu’ici n’avaient aucun service fiable.  

Cependant, la construction et la maintenance des points d’eau restent insuffisantes : sur 13 626 points d’eau améliorés recensés, seulement 51 % sont opérationnels, et moins de la moitié des systèmes d’eau potable dans les petites villes fonctionnent correctement.  

Une eau dangereuse, une santé en péril

L’absence d’eau potable a des conséquences directes et graves sur la santé publique. Les maladies hydriques — diarrhées aiguës, fièvres typhoïdes, parasitoses et choléra — restent parmi les principales causes de morbidité, notamment chez les enfants de moins de cinq ans.

En Haïti, les maladies liées à l’eau insalubre figurent parmi les premières causes de mortalité infantile. Les épisodes récurrents de choléra ont démontré à quel point un système d’eau fragile peut rapidement se transformer en catastrophe sanitaire nationale.

« Boire de l’eau ne devrait jamais être une menace pour la vie », affirme le docteur Jean-Robert Louis, médecin de santé publique. « Tant que l’eau restera contaminée, nous continuerons à soigner des maladies qui sont pourtant évitables ».

Insécurité, déplacements et effondrement des services

La crise de l’eau est étroitement liée à la situation sécuritaire du pays. Les violences armées ont provoqué le déplacement de plus d’un million de personnes, vivant aujourd’hui dans des sites temporaires sans accès adéquat à l’eau ni à l’assainissement.

Dans ces conditions, l’eau devient une ressource rare, parfois source de tensions. Les points d’eau fonctionnels sont insuffisants, mal entretenus ou situés dans des zones difficiles d’accès. L’absence de latrines et de systèmes d’évacuation des eaux usées accentue la contamination des sources existantes.

Femmes et enfants : premières victimes

La pénurie d’eau potable affecte de manière disproportionnée les femmes et les enfants. Ce sont majoritairement eux qui sont chargés de la collecte de l’eau, occasionnellement au prix de plusieurs heures par jour. Cette réalité limite la scolarisation des filles et expose les femmes à des risques accrus de violences.

« Quand une fille passe trois heures par jour à chercher de l’eau, elle perd son droit à l’éducation », souligne une responsable communautaire du Plateau Central. « L’eau potable, c’est aussi une question d’égalité et d’avenir ».

Des infrastructures insuffisantes et fragiles

Haïti dispose de milliers de points d’eau dits « améliorés », mais près de la moitié d’entre eux ne sont pas fonctionnels en raison du manque d’entretien, de pièces de rechange ou de gestion communautaire efficace.

Les systèmes d’adduction d’eau existants souffrent de fuites, de pannes fréquentes et d’un manque chronique de financement. À cela s’ajoutent les effets du changement climatique : sécheresses prolongées, baisse des nappes phréatiques et inondations qui contaminent les sources d’eau.

Des initiatives, mais des défis immenses

Des efforts sont néanmoins en cours. Des organisations nationales et internationales, en collaboration avec les autorités locales, mettent en place des systèmes de chloration, des forages, des kiosques à eau et des campagnes de sensibilisation à l’hygiène.

Des investissements importants ont été annoncés pour renforcer l’accès à l’eau et à l’assainissement, notamment en zones rurales. Toutefois, les experts soulignent que les solutions ponctuelles ne suffisent pas sans une vision à long terme, une gouvernance renforcée et l’implication réelle des communautés bénéficiaires.

L’eau potable, un choix politique et moral

Garantir l’accès à l’eau potable en Haïti n’est pas une utopie, mais un choix. Un choix politique, économique et moral. L’eau conditionne la santé, l’éducation, la productivité et la stabilité sociale.

Refuser à une population l’accès à une eau sûre, c’est compromettre son avenir

Pour sortir de cette crise, Haïti ne devrait-il pas investir durablement dans ses infrastructures, renforcer ses institutions, protéger ses ressources naturelles et placer l’eau au cœur de ses priorités nationales ?

Olry Dubois

Olrydubois@gmail.com

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