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Ce n’est pas la norme !

La réalité de gouvernement intérimaire s’impose en Haïti depuis plusieurs décennies comme une norme. On a presque le sentiment que, depuis les années 2000, les politiciens se mettent d’accord sur le principe qu’il ne faut pas y avoir d’élections dans le pays si elles ne sont pas planifiées et organisées par un pouvoir de transition. Un pouvoir né d’ententes clandestines, d’accords politiques douteux ou, tout simplement, par imposition de l’étranger.

Cette idée de transition telle qu’elle est perçue aujourd’hui est contraire à la Constitution qui prédit comment pallier le vide, notamment présidentiel. Malheureusement, on en fait un stratagème lucratif pour perdre du temps, fuir la sentence populaire par les urnes, mais aussi, administrer l’État comme une petite boutique personnelle.

De 2000 à 2025, seul le gouvernement de René Préval a pu faire la transition directe en installant son successeur à la suite des élections. Après, tous les autres gouvernements, dont ceux de Michel Joseph Martelly et de Jovenel Moïse n’ont pas abouti à cet exploit. Si le premier a pu trouver une entente avec le Parlement qui a élu Jocelerme Privert, ce n’est pas le cas pour le second, renversé en l’assassinant au pouvoir. Trente-huit mois déjà, l’intérim ne fait que continuer.

Qu’est-ce qui justifie cette incapacité d’appliquer scrupuleusement les directives constitutionnelles ? Comment sommes-nous arrivés à normaliser le fait qu’après chaque gouvernement élu, il faut obligatoirement passer par un autre pouvoir illégitime avant de reprendre la voie normale ? Pourquoi transiter systématiquement vers le pire ? Dommage pour le pays que ceux qui ont clamé fort le changement de règne en 1986 n’avaient pas foi en la loi de la majorité et le pouvoir par les urnes.

Dans ce carrefour auquel nous sommes, ce fameux pouvoir de transition se transforme en n’importe quoi. La crédibilité et la volonté des hommes au pouvoir sont mises à rude épreuve. Les dernières expériences tentées après le 7 juillet 2021 témoignent la désinvolture des leaders politiques haïtiens et leur amateurisme. Des dirigeants incapables de trouver un compromis, eux qui prétendent tous avoir la même mission : celle de prendre le pouvoir, d’administrer et de gouverner l’État.

À présent, la transition n’est qu’un flou total. Le pouvoir n’est pas limité par un mandat. Personne ne sait vers quel port se dirige le pays. Les frontières ne sont pas clairement établies entre la volonté de l’État de redresser la barre et la complicité des autorités à faire perdurer le chaos. De toute évidence, l’incertitude persiste et ce trait d’union (dans le vrai sens de transition) qui devrait permettre de corriger des fautes précédentes semble être une occasion de réfléchir comment engendrer le pire. Soyons à l’avenir de vrais démocrates et changeons les réalités par l’alternance démocratique du pouvoir sans passer par cette période de récompense de la militance des éternels mauvais perdants qui s’opposent à tout gouvernement élu.

Daniel Sévère
danielsevere1984@gmail.com

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