Alors que les activités économiques se contractent et que l’insécurité paralyse de larges zones du territoire, l’argent ne circule presque plus en Haïti. Ce manque aigu de liquidités, combiné à l’effondrement de la consommation, fragilise les familles, étouffe les petites entreprises et plonge le pays dans une crise sociale profonde. Plus que jamais, l’absence de circulation monétaire apparaît comme l’un des facteurs majeurs de l’aggravation de la pauvreté.
Une économie à l’arrêt
La circulation monétaire constitue le moteur essentiel de toute économie. Lorsqu’elle ralentit, tout le système se grippe : les échanges diminuent, les revenus s’effondrent, les entreprises réduisent leurs activités.
Depuis plusieurs années, ce phénomène s’accentue en Haïti. Aujourd’hui, dans de nombreuses zones urbaines et rurales, les transactions sont devenues rares et les marchés fonctionnent à un rythme minimal. La consommation familiale, qui soutient traditionnellement l’économie, a chuté au point de menacer la survie de milliers de petites activités commerciales.
Les causes sont multiples : insécurité persistante, routes coupées, fermeture de zones d’affaires, coût de la vie en hausse, absence d’investissements, et climat général d’incertitude.
Pouvoir d’achat affaibli : une population en mode survie
Le manque de circulation monétaire se traduit directement par un affaiblissement du pouvoir d’achat.
La majorité des ménages vivent aujourd’hui sous pression. Les achats alimentaires se font au strict minimum, les dépenses non essentielles sont supprimées, et même les produits de première nécessité deviennent difficiles d’accès.
Dans les marchés, les marchands confient qu’ils vendent désormais « pour tenir la journée », faute de clients disposant de liquidités. Cette contraction de la demande crée un cercle vicieux : moins les gens achètent, moins les commerçants gagnent, moins les revenus circulent, et plus la misère s’enracine.
Les petites entreprises suffoquent
Les petites et moyennes entreprises — épine dorsale de l’économie haïtienne — sont les premières victimes de ce manque de liquidité.
Boutiques, salons de beauté, garages, restaurants, ateliers de couture, vendeurs ambulants : tous constatent la même tendance. La clientèle diminue, les stocks ne se renouvellent plus, les employés ne peuvent plus être payés, et les dettes s’accumulent.
Dans de nombreux cas, les entrepreneurs choisissent de réduire leurs horaires, voire de fermer temporairement, faute de revenus suffisants pour couvrir les dépenses quotidiennes. Cette situation entraîne une montée du chômage et une perte de milliers de petites sources de revenus, essentielles à la stabilité du pays.
Un État affaibli par la chute des transactions
L’absence de circulation monétaire touche également les finances publiques.
Quand les importations diminuent, quand les entreprises réduisent leurs activités, quand les marchés se vident, l’État collecte moins de taxes et d’impôts.
Ce recul affaiblit encore davantage sa capacité à répondre à la crise : moins d’investissements publics, moins d’interventions dans les secteurs productifs, et une difficulté accrue à maintenir certains services essentiels.
Dans un pays où la majorité de l’économie est informelle, cette perte de liquidité a des conséquences encore plus lourdes. L’activité informelle dépend exclusivement du cash. Dès que celui-ci manque, la machine économique s’arrête.
Un climat d’incertitude qui paralyse les ménages
L’insécurité, les violences armées, les déplacements difficiles et la méfiance généralisée ont conduit de nombreux ménages à conserver leur argent plutôt qu’à le faire circuler.
La peur d’investir, la crainte de perdre ses économies ou de ne pas pouvoir les remplacer pousse à l’immobilisme.
Cette absence de confiance — élément essentiel de la vie économique — renforce la stagnation et amplifie la pauvreté.
Une misère qui s’étend et s’enracine
L’effet combiné de la baisse des transactions, de l’effondrement du pouvoir d’achat et du ralentissement économique se traduit par une montée rapide de la pauvreté.
L’insécurité alimentaire augmente, l’accès à la santé se détériore, de nombreux enfants sont retirés de l’école faute de moyens, et les migrations internes ou externes s’intensifient.
Dans les familles, la gestion quotidienne devient un exercice de survie. Le moindre choc — maladie, panne, événement imprévu — peut faire basculer un ménage dans une précarité extrême.
Appels à une réponse économique d’urgence
Face à cette situation, plusieurs économistes, entreprises et organisations de terrain alertent sur l’urgence de relancer la circulation monétaire.
Selon eux, la crise ne pourra être surmontée sans :
• la sécurisation des zones commerciales,
• le soutien aux petites entreprises,
• des mesures de stimulation de la consommation,
• une relance de la production locale,
• et un effort significatif pour restaurer la confiance économique.
L’argent doit recommencer à circuler pour permettre à l’économie de respirer et aux familles de vivre dignement.
Sans circulation monétaire, il n’y a pas de relance possible
L’économie haïtienne se trouve aujourd’hui dans un état de paralysie inquiétant.
Le manque de liquidités n’est pas un simple symptôme : il est devenu l’un des moteurs principaux de la misère.
Pour sortir de cette spirale, le pays aura besoin d’un plan de relance cohérent, d’un retour progressif de la sécurité, et d’un soutien massif aux secteurs qui génèrent des revenus au quotidien.
Tant que l’argent ne circulera pas, la pauvreté continuera de s’étendre.
Relancer la circulation monétaire, c’est relancer la vie.
Olry Dubois Agroéconomiste
