29 novembre 2025

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Sanctionné par le département d’État américain, Fritz A. Jean lâche ses quatre vérités

« Si dire la vérité à certains ambassadeurs étrangers en Haïti concernant un gouvernement qui doit être remplacé est perçu comme un crime, alors je suis prêt à mener cette bataille », a martelé Fritz Alphonse Jean, conseiller-président, lors d’un point de presse tenu à la Villa d’Accueil le 25 novembre 2025, après avoir été sanctionné par le département d’État américain, qui l’accusait de soutenir « des gangs et d’autres associations criminelles ».

Le conseiller-président estime que le pays se trouve à un carrefour où « sa dignité » est en jeu. C’est pourquoi il a appelé la population à défendre l’héritage des ancêtres (haïtiens) et à s’opposer à toute forme de pression étrangère ou de captation interne des institutions de l’État. « Si se battre pour mettre des personnes compétentes et expérimentées à la tête de l’État afin de résoudre les problèmes de la population est perçu comme un crime, alors je suis prêt à mener cette bataille ; si lutter contre ceux qui tiennent l’État en otage est considéré comme une faute, alors je continuerai ; si dénoncer le secteur mafieux impliqué dans les trafics illicites est vu comme un acte répréhensible, alors je poursuis le combat ; et si dire la vérité à certains ambassadeurs étrangers en Haïti concernant un gouvernement qui doit être remplacé est perçu comme un crime, alors je suis prêt à mener cette bataille », a-t-il indiqué.

Les divergences entre le CPT et le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé sont éclatantes. L’économiste Fritz Alphonse Jean a ouvertement critiqué la défaillance du gouvernement, qui selon lui n’apporte aucune réponse aux problèmes urgents du pays. Il a rappelé que le CPT avait identifié depuis des mois « l’échec du gouvernement Fils-Aimé dans les domaines de la sécurité intérieure, de la gouvernance administrative et de la préparation du processus électoral de 2026 ».

Concernant la sécurité, l’ancien gouverneur de la Banque centrale a rappelé que le CPT avait adopté un « budget de guerre » prévoyant sept milliards de gourdes pour les forces de l’ordre. Pourtant, malgré ces moyens, seulement 33 % de ce budget ont été dépensés. « Cela montre la faiblesse de celui qui est chargé de coordonner les actions gouvernementales et traduit l’incapacité du gouvernement à répondre aux besoins de la population », a déploré M. Jean.

Face à la misère dans laquelle vit la population, il estime essentiel de créer de la richesse et des emplois. Cependant, selon lui, même avec le budget de guerre, rien n’a été entrepris.

Le conseiller-président s’est également dit préoccupé par les milliers de personnes vivant toujours sous des tentes. « Nous avons donné le budget. Nous avons donné les instructions pour rétablir l’ordre et la paix afin que ces gens puissent retourner chez eux, mais le gouvernement n’a rien exécuté », a-t-il dénoncé.

Face à cette situation, Fritz Alphonse Jean affirme avoir mis en place un comité « ad hoc » pour pallier l’inaction gouvernementale. Ce comité, comprenant notamment le ministre de l’Économie et des Finances, le ministre de la Planification et la Cour supérieure des comptes, devait garantir l’acheminement direct des fonds vers les personnes déplacées. « Rien n’a été fait, malgré les engagements pris en Conseil des ministres », regrette-t-il.

En tant que Chef de l’État par intérim, M. Jean dit s’inquiéter de la présence d’armes illégales entre les mains d’unités de la BSAP circulant dans le pays. « Nous avons abordé ce point en Conseil des ministres avec le Premier ministre, qui n’a donné aucune suite aux instructions internes », a-t-il indiqué.

À propos du budget rectificatif, il évoque 9,7 milliards de gourdes dont l’utilisation n’a jamais été expliquée, ainsi qu’un bond spectaculaire des intérêts de la dette interne, passés de 400 millions à plus de 5 milliards de gourdes, sans aucune justification fournie au CPT.

Un pouvoir judiciaire défaillant

Fritz Alphonse Jean n’a pas mâché ses mots concernant le fonctionnement du système judiciaire haïtien. Il a dénoncé la libération de personnes impliquées dans des crimes transnationaux, qui circulent librement dans le pays. « Quand on interroge la justice haïtienne par rapport à l’arrestation ou la libération de certaines personnes, on ne nous répond pas », s’est-il indigné.

Le conseiller-président a réaffirmé que trois familles retiennent l’État haïtien en otage depuis vingt à vingt-cinq ans, le dépouillant de ses ressources, ce qui, selon lui, a conduit au chaos actuel dominé par les gangs. Il affirme que la machine de communication cherchant à associer le CPT à des groupes criminels est directement liée aux intérêts de ces clans.

« Dès qu’on commence à évoquer l’incompétence du gouvernement face aux problèmes de sécurité, de gouvernance et d’élections, certaines personnes sont mécontentes », a-t-il ajouté.

Il s’interroge également : « Pourquoi, dès qu’on parle de la déliquescence du gouvernement, certains membres du CPT commencent-ils à recevoir des menaces sur WhatsApp »? Selon lui, ces menaces proviendraient des ambassades des États-Unis et du Canada : « Ils nous ont dit que si nous maintenions notre position concernant le remplacement d’Alix Didier Fils-Aimé, ils nous empêcheraient d’entrer sur leurs territoires », a affirmé M. Jean.

À titre de rappel, seul le conseiller-président Leslie Voltaire était présent lors du point de presse de Fritz Alphonse Jean.

Jackson Junior Rinvil

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