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« Marchés insalubres en Haïti : le cri d’alerte du Dr Bernardin Vasthie »

 À travers une interview exclusive réalisée avec le Dr Bernardin Vasthie, le médecin engagé dans la prévention met en lumière une réalité préoccupante en Haïti : l’insalubrité des marchés publics. Entre manque d’accès à l’eau potable, absence de contrôle sanitaire et pratiques à risque, les conditions dans lesquelles les aliments sont vendus exposent quotidiennement la population à de graves maladies. Décryptage d’un problème de santé publique urgent et des pistes de solutions possibles.

 En Haïti, les marchés publics constituent des lieux essentiels de la vie économique et sociale. On y trouve fruits, légumes, produits transformés et plats cuisinés, souvent à des prix accessibles pour une grande partie de la population. Cependant, derrière cette activité indispensable se cache une réalité beaucoup moins reluisante : des conditions sanitaires largement insuffisantes. 

 Le Dr Bernardin Vasthie, médecin passionné de médecine préventive et exerçant depuis plus de deux ans dans le domaine de la santé en Haïti, tire la sonnette d’alarme. « En général, la situation n’est pas très bonne », affirme-t-il d’emblée. Selon lui, le manque d’accès à l’eau potable et la mauvaise gestion des déchets contribuent fortement à la dégradation de l’environnement dans les marchés. Cette insalubrité ne se limite pas à une question esthétique ou de confort : elle représente un véritable danger pour la santé publique.

Des pratiques à risque au quotidien

L’un des constats les plus inquiétants concerne les pratiques d’hygiène adoptées par certains marchands. D’après le Dr Vasthie, « il y a souvent un manque d’hygiène dans la manière dont les aliments sont préparés et vendus ».

Parmi les comportements les plus problématiques, on retrouve :

-l’absence de lavage des mains avant la manipulation des aliments,
-l’exposition prolongée des produits alimentaires à l’air libre,
-l’utilisation d’eau non potable pour la préparation,
-la proximité de déchets ou de zones poussiéreuses.

Ces pratiques favorisent la contamination des aliments et augmentent considérablement les risques de transmission de maladies. Le médecin souligne notamment que la vente de nourriture non couverte et la manipulation directe des aliments sans hygiène adéquate figurent parmi les pratiques les plus dangereuses.

Une explosion des maladies liées à l’insalubrité

Les conséquences de ces mauvaises conditions sanitaires sont visibles dans les centres de santé et les hôpitaux du pays. Le Dr Vasthie indique que « les cas de diarrhée, de vomissements et d’infections gastro-intestinales sont fréquents ».

Ces maladies, souvent considérées comme banales, peuvent pourtant devenir graves, voire mortelles, en particulier chez les populations les plus vulnérables. Le médecin précise que « les enfants, les personnes âgées et les femmes enceintes sont les plus exposés ».

Plus préoccupant encore, une augmentation des cas est observée ces dernières années, notamment lorsque les conditions sanitaires se détériorent davantage. Le Dr Vasthie mentionne également une recrudescence de problèmes gastriques liés à des infections comme Helicobacter pylori, généralement associées à une alimentation contaminée.

Des causes multiples et profondément enracinées

Face à cette situation, il serait simpliste de pointer uniquement du doigt les marchands. En réalité, le problème est multifactoriel. Selon le Dr Vasthie, « c’est une combinaison de plusieurs éléments : manque de moyens, absence d’eau potable, pauvreté et parfois manque d’information sur les bonnes pratiques d’hygiène ».

Dans de nombreux cas, les marchands ne disposent tout simplement pas des ressources nécessaires pour améliorer leurs conditions de travail. L’accès à l’eau potable reste limité dans plusieurs zones, rendant difficile l’application des règles de base en matière d’hygiène.

Par ailleurs, le manque de sensibilisation joue un rôle clé. « Il n’y a pas vraiment assez de formation ou de sensibilisation pour les marchands », regrette le médecin.

Le rôle crucial des autorités publiques

Si les conditions actuelles persistent, c’est aussi en raison d’un déficit d’encadrement et de régulation. Le Dr Vasthie insiste sur la responsabilité des autorités : « Elles ont un rôle important à jouer dans la mise en place de règles, le contrôle des marchés et l’amélioration des infrastructures ».

Parmi les actions attendues, il cite :

-l’instauration de contrôles sanitaires réguliers,
-la mise à disposition d’infrastructures adéquates (eau potable, toilettes, systèmes de gestion des déchets),
-l’organisation de formations pour les marchands,
-la diffusion de campagnes de sensibilisation.

Sans une intervention forte et structurée de l’État et des collectivités locales, toute amélioration durable restera difficile à atteindre.

Des solutions accessibles mais encore insuffisamment appliquées

Malgré les défis, des solutions existent et pourraient être mises en œuvre rapidement. Le Dr Vasthie insiste sur des mesures simples mais efficaces : « Il faut garantir l’accès à l’eau potable, améliorer la gestion des déchets et renforcer les contrôles sanitaires ».

Les marchands eux-mêmes ont également un rôle à jouer. Ils peuvent par exemple :

-se laver les mains régulièrement,
-couvrir les aliments pour les protéger de la poussière et des insectes,
-utiliser de l’eau propre pour la préparation.

Du côté des consommateurs, certaines précautions peuvent réduire les risques :

-éviter les aliments exposés à l’air libre,
-laver soigneusement les fruits et légumes avant consommation,
-s’assurer que l’eau consommée est traitée,
adopter des gestes simples comme le lavage des mains avant de manger.

S’inspirer des réussites ailleurs

Haïti pourrait également tirer des leçons d’expériences réussies dans d’autres pays. Le Dr Vasthie cite notamment le Rwanda comme un exemple inspirant.

Dans ce pays, des mesures strictes ont été mises en place pour garantir la propreté des espaces publics. Des contrôles réguliers sont effectués dans les marchés, et la population participe activement à des journées nationales de nettoyage.

Ce type d’approche démontre qu’avec une volonté politique forte et une mobilisation collective, il est possible d’améliorer significativement les conditions sanitaires, même dans des contextes économiques difficiles.

Une responsabilité collective pour un changement durable

Au-delà des actions individuelles et institutionnelles, le Dr Vasthie insiste sur un point fondamental : « L’hygiène est une question qui concerne tout le monde ».

Il appelle à une prise de conscience collective. Les autorités doivent assumer leur rôle de régulation, les marchands doivent adopter de meilleures pratiques, et la population doit devenir plus exigeante et vigilante.

« Si chacun prend ses responsabilités, nous pouvons réduire considérablement les maladies et améliorer l’état de santé de la population », conclut-il.

La situation sanitaire dans les marchés haïtiens est un problème sérieux qui nécessite une action urgente. L’insalubrité, loin d’être une fatalité, est le résultat de dysfonctionnements multiples mais corrigibles.

À travers le témoignage du Dr Bernardin Vasthie, il apparaît clairement que des solutions existent, mais qu’elles nécessitent une mobilisation collective. Investir dans l’hygiène des marchés, c’est investir dans la santé publique, la dignité humaine et le développement du pays.

Car en dernier ressort, derrière chaque aliment contaminé, il y a un risque évitable. Et derrière chaque geste d’hygiène, il y a une vie potentiellement sauvée.

Olry Dubois
Olrydubois@gmail.com

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