Dans la nuit du 24 au 25 août 2025, la Police nationale d’Haïti (PNH), conjointement avec la Mission Multinationale de Soutien à la Sécurité (MMSS), a mené une opération ciblée, reprenant le poste stratégique de Téléco, jusque-là occupé par les bandits armés de la coalition criminelle « Viv Ansanm ».
Marquée par des affrontements intenses, l’opération a conduit à d’importantes pertes du côté des assaillants, à la saisie d’armes et à la libération des routes menant à Kenscoff, selon les précisions de la PNH. Lors d’une conférence de presse tenue le 26 août 2025, le commissaire divisionnaire de la PNH, Michel-Ange Louis Jeune, a affirmé que l’opération avait mobilisé plusieurs unités spécialisées de la PNH, soutenues par la MMSS. Des affrontements nourris ont opposé les forces de l’ordre aux assaillants, au cours desquels « plusieurs bandits ont été neutralisés ».
Si les autorités policières n’ont pas communiqué le nombre exact de bandits tués, le maire de Kenscoff, Jean Massillon, a confirmé la récupération de quatre cadavres par les équipes municipales. L’édile a aussi demandé à la population de rester vigilante.
À l’issue de l’opération, la PNH a saisi six fusils d’assaut : un AK-47, trois M16 modifiés, un M4 et un Galil AC-22 initialement appartenant à l’institution policière ainsi que 1 524 munitions, plusieurs chargeurs, grenades et matériels de communication.
Retour sur plusieurs mois d’emprise des gangs à Kenscoff
La commune de Kenscoff a été prise pour cible fin janvier 2025 par les bandits de « Viv Ansanm », notamment ceux du gang de « Krisla » opérant à « Ti Bwa » et ceux de Village de Dieu « Senk Segond ». Ils ont envahi la commune et, comme à leur habitude, semé la terreur et tué la population.
Installant un climat de violence inédit, ils ont multiplié leurs attaques contre la population, les infrastructures stratégiques et les forces de l’ordre qui tentaient de reprendre le contrôle.
Un rapport du Bureau des Nations unies aux droits de l’Homme et du BINUH d’avril 2025 révèle les dégâts occasionnés : « Au moins 262 personnes tuées et 66 autres blessées, un lourd bilan humanitaire lors des attaques de gangs visant à étendre leur contrôle territorial sur Kenscoff et Carrefour », peut-on lire dans ce document disponible sur le site de l’ONU.
Les attaques perpétrées par des gangs ont pris une ampleur sans précédent depuis le début de l’année, menaçant la sécurité des habitants et des forces de l’ordre.
27 janvier 2025 : Début de l’occupation de la commune par le gang « Viv Ansanm », entraînant violences généralisées, meurtres, incendies de maisons et déplacements massifs de la population.
27–30 janvier 2025 : Le maire de Kenscoff, Jean Massillon, a affirmé que plus de 50 personnes ont été tuées par des membres de « Viv Ansanm » dans les sections communales de Bongars et Sourçailles. Parmi les victimes, 11 membres de la famille de Christophe Sauveur, dont son père, professeur au lycée national de Kenscoff, ont été tués.
16 février 2025 : Attaque des installations d’antennes de télécommunications à Obléon, entraînant la mort d’un militaire et de deux agents de la Brigade de Sécurité des Aires Protégées (BSAP).
Intensification des violences
20 avril 2025 : Trois soldats des Forces armées d’Haïti ont été tués au combat à Kenscoff. Le gouvernement a rendu hommage à leur courage et à leur sacrifice.
11–12 juillet 2025 : Attaque du poste de police de Furcy par des membres de « Viv Ansanm », entraînant des blessés parmi les policiers et l’incendie du bâtiment.
2–3 août 2025 : Neuf personnes, dont un enfant de trois ans et une missionnaire irlandaise, ont été kidnappées à l’orphelinat Sainte-Hélène (Nos Petits Frères et Sœurs), à Kenscoff. Les otages n’ont été libérés que le 29 août 2025.
7 août 2025 : Les bandits ont pris pour cible des officiers de la MMSS lors d’une patrouille. Trois officiers ont été blessés et un véhicule blindé incendié.
12–13 août 2025 : Embuscade contre des policiers de la Brigade d’Opérations et d’Interventions Départementales (BOID) dans la zone de Téléco, entraînant la mort de deux policiers et l’incendie de leur véhicule blindé.
La reprise du site de Téléco par les autorités marque un tournant majeur dans la lutte des forces de l’ordre pour le contrôle de Kenscoff. Cependant, plusieurs observateurs restent sceptiques quant à la capacité des autorités à consolider cette victoire et à neutraliser définitivement les gangs déterminés à semer le chaos dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince.
Marie-Alla Clerville