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Le rapatriement de notre souveraineté est le seul remède!

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Le bilan des dégâts causés par le grand banditisme est pesant. On dénombre par plusieurs milliers les cas d’assassinats. Par centaines de milliers, les cas de personnes contraintes d’abandonner leur maison, leur quartier de résidence pour se réfugier chez un proche ou dans des centres d’hébergements de fortune créés sur des places publiques ou sur des sites abritant une école. Rien que pour la dernière offensive menée contre Solino et Delmas 24, entre le 25 avril et début de mai, l’OIM a établi un bilan de 5178 personnes déplacées.

Malgré les premiers signes évidents annonçant le déploiement imminent de la force multinationale sollicitée, le calvaire populaire demeure inchangé. Les gangs étendent leurs tentacules sur la commune de Gressier poussant les riverains à fuir en catastrophe la ville et rendent sceptiques les léoganais qui ont la peur au ventre. Plusieurs dizaines de familles accompagnées,  pour la plupart d’enfant en bas âge et de personnes handicapées, jonchent la place Ste Rose sans espoir ni support même ponctuel.

On a une capitale vidée presque complètement de ses ressources humaines. La plupart des rues sont barricadées à l’aide de barrières et d’autres instruments. Les écoles, les centres hospitaliers, le commerce, entre autres, sont profondément paralysés. On assassine, on incendie des maisons. Les commissariats et sous-commissariats font profil bas. C’est l’anarchie la plus totale en Haïti.

Pourtant ce n’est pas une fatalité. On l’avait préparé et on prépare encore le pire. C’est en fait la conséquence directe de 37 ans de mauvaise gouvernance. C’est le corollaire d’une mauvaise perception de l’État: « voler l’État n’a rien de mal ». Tout cela c’est de notre faute. L’idée de penser que nous ne pouvons rien. Que c’est aux étrangers de décider pour nous. La mauvaise habitude de compter sur le blanc pour tout et en tout. Que c’est aux étrangers de décider qui doit être élu ou non. Que c’est à eux de dicter les décisions à prendre et que c’est à eux de décider qui doit rester au pouvoir, entre autres. Nous avons légué,  ce, sans aucune pression, notre souveraineté à des pays étrangers qui ne sont, visiblement, pas dérangés par nos malheurs.

C’est exactement ce que nous faisons depuis plus d’un demi-siècle. C’est ce que nous avons fait avec Jovenel Moïse. On met la pression et on demande aux Américains de le faire partir. À la suite de son assassinat, nous avons attendu le Coregroup pour nous imposer un Premier Ministre avec un Gouvernement monocéphale en dehors de la Constitution. Pour le remplacer, il a fallu le verdict des étrangers pour décider. Un Conseil présidentiel de Transition nous est imposé et on se conforme.

Nous sommes incapables de bâtir un projet vraiment haïtien. Chacun attend son heure. Tous, ils espèrent obtenir le gros lot. Le mot du blanc. Ils attendent l’ordre et le support des étrangers pour traquer les bandits. Ils attendent le financement international pour organiser les élections. Ils attendent aussi une feuille de route du blanc pour diriger.

C’est comme si c’était à la communauté internationale de contrôler nos douanes, nos frontières,  nos commissariats, nos ports et aéroports. De nous motiver pour aller à l’école, nous supplier pour respecter notre Constitution et nos lois. Nous attendons la bénédiction du blanc pour réfléchir, pour nous entraider, pour nous respecter mutuellement. Tout par les étrangers.

Nous avons un comportement pathologique. Nous pensons que nous sommes amorphes. Nous nous comportons bien pire qu’une province française ou américaine. Si nous voulons avoir une chance de rebondir, nous devons nous remettre en question. Faire notre mea-culpa. Accepter qu’on soit une nation et que nous sommes capables de réfléchir et de décider en toute autonomie. L’important, c’est de rapatrier notre souveraineté. Notre dignité. Arrêtons de nous présenter chacun comme une victime. Assumons nos actes!

Daniel SÉVÈRE 

danielsevere1984@gmail.com

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