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« Se pyès teyat ki leve m atè », affirme le poète Brasseur

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Surnommé Poète Brasseur par le public français, Emmanuel Vilsaint dit se projeter au service de la culture en faisant la promotion des rencontres intergénérationnelles et interculturelles. Poète, comédien, acteur et dramaturge, le natif de Port-au-Prince multiplie des scènes à Paris depuis plus d’une décennie. Ayant à son actif un parcours agrémenté de belles expériences, le passionné de lettres se sent fier de ce qu’il accomplit.

Emmanuel Vilsaint est un jeune poète haïtien qui a vu le jour à Port-au-Prince en janvier 1986. Il chérit sa passion pour la musique, le théâtre, la musique, la danse et les arts plastiques depuis son plus jeune âge. « Pour moi, faisant preuve d’une curiosité sans limite, l’art sous toutes ses formes est devenu un arrière-monde d’où je peux pousser loin ma pensée et mes sentiments ; un refuge, voire même un terreau fertile pour l’épanouissement de ma liberté, mes aspirations d’être humain », nous explique-t-il dans une interview.

Selon ses témoignages, il s’est intéressé dans un premier temps à l’opéra avant d’atterrir finalement sur la scène du théâtre. En 2002, il a rencontré le directeur et metteur en scène de la Compagnie Comédiens & Plus, David Mezy, qui l’a initié à l’art théâtral. « Il m’a fait jouer sur scène le grand répertoire français et haïtien. Je me suis passionné dès lors pour Molière, Racine, Corneille, Victor Hugo, Frankétienne, Lyonel Trouillot, Georges Castera, Syto Cave, Felix Morisseau Leroy », se souvient le poète.

 « Au début des années 2000, continue Emmanuel Vilsaint, j’ai pris part activement au mouvement poétique des “diseurs” à Port-au-Prince, où de nombreux jeunes artistes mettaient en voix les textes d’auteurs haïtiens et étrangers en leur proposant de nouvelles sonorités dans une partition vocale bien définie ». Par la suite, ces textes allaient être  déclamés à la radio, à la télé, ou devant un groupe d’étudiants férus de littérature et de théâtre, à en croire le jeune artiste. « De ce mouvement, ont émergé mes premiers montages de textes, en compagnie d’artistes et collaborateurs, tels James Fleurissaint, David Mezy, Dodely  Orelus, Loudy Mezyma », raconte-il.  Ces montages de textes étaient des spectacles à part entière conçus sur des scènes pluridisciplinaires avec instruments de musique, si l’on croit ses propos.

À l’issue de ses études classiques, il a intégré en 2005 la faculté des lettres de l’Université Sorbonne Paris Nord. Par ailleurs, il a poursuivi sa formation théâtrale au conservatoire d’art dramatique Erik Satie, sous la direction de Daniel Berlioux ; puis à l’Université Paris VIII en Art de la scène et du spectacle vivant.

 Le mordu de lettres Emmanuel Vilsaint a écrit son premier monologue théâtral qu’il a intitulé « Maudit Cas de Jacques, journal d’une putain violée », qu’il a également mis en scène et interprété à Paris, à Agen et à Pointe-à-Pitre. Ce texte lui a valu le prix Textes en paroles en 2014. Dès lors, en France, « je joue au théâtre comme acteur principal dans une dizaine de pièces dont les plus marquantes dans ma carrière, Foukifoura de Frankétienne, mis en scène par Georges Nesly ; Caligula d’Albert Camus, mis en scène par Daniel Berlioux ; Quelque part dans la forêt, La belle et la bête de Claude Mern, mis en scène par Claude Buchvald, Othello de W. Shakespeare mis en scène par Arnaud Churin ; Le petit prince de Saint-Exupéry mis en scène par Stella Serfaty », énumère M. Vilsaint, avant d’affirmer dans sa langue vernaculaire que « se teyat ki l atè a ».

 Fort de son talent, il a décroché son premier rôle au cinéma dans le long métrage « Port-au-Prince dimanche 4 janvier » réalisé par François  Marthouret d’après une adaptation du roman Bicentenaire de Lyonel Trouillot. « En 2016, le prix du meilleur acteur m’a été décerné au MPAH Movie Award à Boston pour mon interprétation de Lucien  dans ce film », révèle l’amoureux du théâtre.

 Pour le jeune comédien, l’art en général est cette échappatoire qui lui permet de croire, dès la première lueur du jour, en une beauté élévatrice de la vie. « C’est une marche progressive vers l’amour pour demeurer au plus près de son humanité », déclare le jeune artiste qui se sent en harmonie avec la vie dans son palpitement. « Usant du pouvoir de transcendance qu’offre le langage poétique, mes écrits dénoncent les horreurs de la guerre, les inégalités de toutes sortes, les injustices sociales, l’indifférence à l’égard des plus faibles », poursuit M. Vilsaint, auteur de « Fontyè libète ».

 En effet, il puise son inspiration dans son pays, dans l’histoire du peuple haïtien, entre autres. « De là, surgissent l’exil, le mal du pays, la nostalgie de l’enfance,  mais surtout l’amour qui est cette force vive pour résister et croire en un lieu commun du bonheur », avoue l’auteur de plusieurs textes de théâtre et de poésie en français ou en créole.

 En France, on le surnomme le poète brasseur. Un nom qui lui va comme un gant, se réjouit-il. « Je suis brasseur dans le sens valorisant du terme créole Brase attribué à un débrouillard, un partisan de mouvement créateur dans les situations les plus difficiles de la vie », explique-t-il. Pour l’heure, je prépare la sortie d’un EP (mini album poésie-musique) en collaboration avec l’artiste français  Zoran Vasilic, qui devrait sortir en 2023. C’est un projet de six titres qui lui tient à cœur parce que, selon lui, il s’agit de relever un défi colossal, celui de sortir la poésie de sa zone de confort.

« Je me vois poursuivre cette noble tâche, ce travail de sacerdoce qu’est celui de rendre accessible la poésie, le théâtre, la musique, la culture au plus grand nombre », fait savoir Emmanuel Vilsaint, qui en profite pour conseiller à la jeunesse haïtienne de ne pas baisser les bras, car elle est le dernier espoir d’Haïti.

Statler LUCZAMA

Luczstadler96@gmail.com

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