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2021, l’effondrement de l’économie nationale se poursuit

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L’économie haïtienne ne cesse de faire marche arrière. En effet, au cours de l’année 2021, selon les données disponibles, la crise sociopolitique, la mauvaise gestion des fonds publics,  la pandémie du nouveau coronavirus et le séisme du 14 août 2021 ont eu des effets  désastreux sur l’économie du pays.

L’année 2022  arrive dans un contexte où l’économie nationale  se trouve dans un état catastrophique. La hausse de l’inflation, le déficit budgétaire  record, soit de plus 40 milliards de gourdes au cours de l’année fiscale 2020-2021, une balance commerciale déficitaire, sont, entre autres, les différents maux caractérisant cette économie. Pour expliquer cette situation certains experts invoquent la crise sociopolitique qu’a connue le pays au cours de ces dernières années.

De fait, selon la Banque Mondiale (BM), le développement économique et social d’Haïti continue d’être entravé par l’instabilité politique, l’augmentation de la violence et de la fragilité du lien social. « Haïti reste le pays le plus pauvre de la région Amérique latine et Caraïbes et parmi les pays les plus pauvres du monde. En 2020, Haïti avait un PIB par habitant de 2 925 USD, le plus bas de la région Amérique Latine et Caraïbes et moins d’un cinquième de la moyenne des pays de la région qui est de 15 092 USD », peut-on lire sur le site de la BM.   Selon l’indice de développement humain de l’ONU, Haïti est classé 170 sur 189 pays en 2020.

Si l’on croit les informations fournies par la Banque Mondiale, la pandémie de COVID-19 a  mis à mal l’économie haïtienne déjà faible, en proie à des troubles sociaux et l’instabilité politique. « Même avant la pandémie, l’économie se contractait et faisait face à d’importants déséquilibres budgétaires. Après une contraction de 1,7% en 2019, le PIB s’est contracté d’environ 3,8% en 2020 », souligne la BM.

Par ailleurs, la BM a fait remarquer que les modestes progrès enregistrés dernièrement en matière de réduction de la pauvreté ont été atténués par une succession de crises, la pandémie de COVID-19, l’assassinat du Président Jovenel Moïse et le tremblement de terre d’août 2021 étant les plus récents.

Il importe de mentionner que les derniers dommages liés au tremblement de terre de 14 aout 2021 sont très élevés. En effet, selon le rapport de la BM, les dommages causés par le tremblement de terre de 2021 indiquent que 2 248 personnes sont décédées, 320 personnes sont portées disparues et 12 763 ont été blessées. En termes d’infrastructures, 53 815 maisons ont été détruites tandis que 83 770 autres bâtiments ont été endommagés, notamment des écoles, des établissements de santé et des bâtiments publics. «  La Banque Mondiale a préparé une Estimation Globale Rapide des Dommages (GRADE) pour le séisme, le rapport a été rendu disponible le 27 août 2021. Il a estimé les dommages économiques causés par le tremblement de terre à 1,11 milliard de dollars américains, ce qui équivaut à 7,8% du PIB d’Haïti en 2019 », lit-on.

Parallèlement, selon la BM, le taux de chômage s’établit à 14,5% à partir de 2020. La pauvreté est répandue dans le pays puisque 70% de la population vit avec moins de 2 USD par jour et 50% avec moins de 1 USD par jour, souligne la BM. Le chômage et le sous-emploi d’après les données avancées par la Banque Mondiale, ont touché plus de 60% de la population haïtienne. Par contre, toujours selon la BM, le secteur informel représente 80% de l’emploi total.

Les indicateurs économiques sont au rouge

Les données économiques sur Haïti sont catastrophiques en ce qui concerne l’année 2021. La croissance économique du pays ne cesse de chuter. Dans un  rapport publié en avril 2021, le Fonds Monétaire International (FMI) a indiqué qu’à cause de la pandémie de COVID-19, elle  a chuté de -3,7% en 2020, avec une croissance attendue en moyenne autour de 1% en 2021 et en 2022, sous réserve que la pandémie diminue. Toujours, selon le FMI, la dette brute est tombée à 25,1% du PIB en 2020 et devrait rester autour de ce niveau en 2021 et 2022 (26% et 24,9%, respectivement).

Si l’on se réfère  aux dernières estimations de la Commission économique pour l’Amérique Latine et la Caraïbe (CEPALC), le taux de croissance pour l’année 2021 devrait atteindre -1.3%. Pour sa part,  le gouvernement haïtien  dans son budget rectifié 2020-2021 reconduit, a tablé sur un taux de croissance de -0.9%. Ces deux taux de croissance sont négatifs.

Le déséquilibre flagrant

Au cours de ces dernières années, le pays  a connu des déséquilibres flagrants dans son économie. Le pays a connu deux déficits jumeaux très élevés au cours de l’année 2021. Selon les données fournies par la Banque de la République d’Haïti (BRH), le déficit budgétaire a atteint pour l’exercice fiscal 2020-2021 plus de 40 milliards de gourdes. C’est un financement monétaire record. Car, c’est la première fois que le financement du déficit budgétaire par la BRH a atteint un tel montant. Selon certaines économistes, cette situation résulte de la mauvaise gestion des fonds publics et de l’incapacité de l’État Central à collecter les taxes et les impôts.

Pour sa part, le déficit de la balance commerciale a déjà atteint un niveau très élevé. D’octobre 2020 à juin 2021, selon le Gouverneur de la BRH, Jean Baden Dubois, les importations ont atteint un niveau de 3,4 milliards de dollars américains alors que les exportations étaient autour de 700 millions de dollars américains. Ce qui explique que le déficit de la balance commerciale  soit très élevé, soit plus de deux milliards de dollars américains au cours des neuf premiers mois de l’année 2021. Cette situation est, selon M. Dubois, à l’origine des déséquilibres forts qui affectent directement le taux de change.

Une nette augmentation de l’Indice général des prix à la consommation

 

Dans son dernier rapport pour l’année, l’institut haïtien de statistique d’informatique (IHSI) a présenté la situation de l’Indice général des prix à la consommation pour le mois de novembre. Selon l’IHSI, l’Indice général des prix à la consommation a connu une augmentation de 8.8%.  Il est passé de 188.7 en octobre à  197.5 en novembre 2021. En outre, l’IHSI a indiqué que  l’Indice général des prix à la consommation a vu   des variations mensuelles et annuelles de 4.7 % et de 24.6 %, respectivement 4.6 % et 19.7 % le mois précédent.

« Cette progression des prix observée en novembre s’explique, en partie, par la hausse des cours mondiaux, avec des effets induits sur les prix des principaux produits de consommation des ménages. Quasiment toutes les divisions de consommation ont contribué à la hausse de l’inflation en novembre :”Produits alimentaires et boissons non alcoolisées” (5.9 % sur un mois et 29.5 % sur un an),”Articles d’habillement et chaussures” (4.0 % sur un mois et 24.5 % sur un an),”Meubles, articles de ménage et entretien courant du foyer” (4.3 % sur un mois et 25.5 % sur un an) et “Santé” (1.8 % sur un mois et 25.8 % sur un an) »,lit-on dans ce document .

La hausse de l’insécurité alimentaire

De jour en jour, le nombre d’Haïtiens en situation d’insécurité augmente. En effet, dans son dernier rapport trimestriel sur Haïti publié récemment, le secrétariat général de l’Organisation des Nations Unies (ONU) a révélé que 4,4 millions d’Haïtiens ont été  en situation d’insécurité alimentaire au cours de l’année 2021.« L’inflation, le faible rendement des cultures dû aux précipitations inférieures à la normale et les restrictions liées à la pandémie de COVID-19 ont réduit le pouvoir d’achat des ménages les plus pauvres et leur capacité d’accéder à l’alimentation, bien que les prix des produits alimentaires aient quelque peu baissé pendant les derniers mois de la période considérée du fait de la dépréciation du dollar par rapport à la gourde haïtienne », avait mentionné l’ONU dans ce rapport.

Que peut-on espérer pour l’économie nationale en 2022 ?

Cluford Dubois   

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