À l’approche des festivités patronales du Cap-Haïtien et dans un contexte marqué par l’attention internationale suscitée par la participation d’Haïti à la Coupe du monde, les nouvelles autorités municipales multiplient les initiatives pour redonner à la cité christophienne son éclat d’antan. Nettoyage des rues, réorganisation du commerce informel et récupération des espaces publics figurent parmi les principales mesures entreprises. Si de nombreux citoyens saluent cette volonté de modernisation, d’autres, notamment parmi les marchands ambulants, expriment leurs inquiétudes face aux conséquences sociales de ces décisions.
Le Cap-Haïtien à la recherche de son visage d’antan
Depuis plusieurs jours, les habitants du Cap-Haïtien assistent à une série d’actions visant à améliorer l’image de la deuxième ville du pays. Sous l’impulsion du nouveau cartel municipal, dont fait partie Michel Saint-Croix, l’administration communale affiche clairement son ambition : restaurer l’ordre, l’esthétique et la fonctionnalité des espaces publics.
Longtemps considérée comme l’une des villes les plus emblématiques d’Haïti, tant par son histoire que par son patrimoine architectural, la cité christophienne a progressivement été confrontée à de nombreux défis liés à l’urbanisation désordonnée, à l’occupation anarchique des trottoirs et à l’accumulation de déchets dans plusieurs secteurs.
Face à cette situation, les nouvelles autorités municipales ont choisi d’agir. Des opérations de nettoyage ont été lancées dans plusieurs quartiers stratégiques de la ville. Des équipes sont mobilisées quotidiennement pour débarrasser les rues des détritus et améliorer les conditions de circulation.
Pour de nombreux citoyens, ces initiatives représentent un pas important vers la reconstruction de l’image du Cap-Haïtien.
« Depuis longtemps, nous réclamions une ville plus propre et mieux organisée. Aujourd’hui, nous commençons à voir des changements concrets », confie Roceny Supplice, un résident rencontré au centre-ville.
La récupération des espaces publics au cœur de l’action municipale
L’un des aspects les plus visibles de cette campagne concerne la récupération des trottoirs et des espaces destinés aux piétons.
Au fil des années, plusieurs rues du centre-ville avaient vu leurs trottoirs progressivement occupés par des étals, des kiosques improvisés et diverses activités commerciales. Dans certains secteurs, les piétons étaient contraints de marcher directement sur la chaussée, augmentant ainsi les risques d’accidents et compliquant davantage la circulation.
Estimant que cette situation n’était plus viable, les autorités municipales ont entrepris de libérer plusieurs zones stratégiques afin de permettre aux citoyens de circuler plus librement.
Cette opération a déjà modifié le paysage urbain dans plusieurs artères de la ville. Là où s’entassaient autrefois des installations commerciales improvisées, les trottoirs redeviennent graduellement accessibles au public.
Pour les défenseurs de cette démarche, il s’agit d’une mesure nécessaire dans le but de restaurer l’ordre urbain et de redonner au Cap-Haïtien une apparence digne de son statut historique et touristique.
Une ville appelée à accueillir de grands rendez-vous
Cette volonté de transformation intervient à un moment particulier pour la ville.
Avec la participation d’Haïti à la Coupe du monde et l’arrivée prochaine des célébrations liées à la fête patronale du Cap-Haïtien, plusieurs observateurs estiment que la ville doit offrir une image positive aux visiteurs nationaux et étrangers.
Le Cap-Haïtien constitue l’une des principales vitrines du pays. Son riche patrimoine historique, sa proximité avec la Citadelle Henry et le Palais Sans-Souci, ainsi que son importance économique dans le Nord, en font une destination incontournable.
Pour les autorités municipales, il apparaît donc essentiel de préparer la ville à accueillir convenablement les nombreux visiteurs attendus durant cette période.
Une ville propre, organisée et sécurisée pourrait non seulement améliorer la qualité de vie des résidents, mais également renforcer l’attractivité touristique et économique de la région
Les inquiétudes des marchands ambulants
Toutefois, cette politique de réorganisation urbaine ne fait pas l’unanimité.
Parmi les principales voix critiques figurent celles des marchands ambulants qui occupaient jusque-là les trottoirs et autres espaces publics désormais libérés.
Pour beaucoup d’entre eux, ces emplacements représentaient leur unique source de revenus. Certains expliquent qu’ils exercent leurs activités depuis plusieurs années dans ces lieux et qu’ils ne disposent aujourd’hui d’aucune alternative viable.
« Nous comprenons la volonté de rendre la ville plus belle, mais nous devons aussi nourrir nos familles », explique une commerçante concernée par les mesures de déguerpissement.
Derrière chaque étal retiré se cache souvent une réalité sociale complexe : des parents qui doivent assurer la scolarité de leurs enfants, payer leur loyer ou subvenir aux besoins quotidiens de leur foyer.
Pour ces travailleurs du secteur informel, la question essentielle demeure celle de la relocalisation. Plusieurs souhaitent que les autorités mettent en place des espaces commerciaux adaptés afin qu’ils puissent poursuivre leurs activités dans des conditions plus organisées.
Entre ordre public et responsabilité sociale
La situation met en lumière un défi auquel sont confrontées de nombreuses villes haïtiennes : comment rétablir l’ordre dans l’espace public tout en protégeant les moyens de subsistance des populations les plus vulnérables ?
Les spécialistes du développement urbain soulignent que la modernisation d’une ville ne peut se limiter à des opérations de nettoyage ou de déguerpissement. Elle doit également s’accompagner de mesures sociales permettant aux personnes affectées de s’adapter aux nouvelles réalités.
Dans cette perspective, plusieurs citoyens suggèrent la création de marchés modernes, de zones commerciales dédiées ou encore de programmes d’accompagnement destinés aux petits commerçants.
Une telle approche permettrait de concilier les objectifs d’embellissement urbain avec les impératifs économiques et sociaux qui touchent une grande partie de la population.
Un appel à la collaboration citoyenne
De leur côté, les autorités municipales reconnaissent que le chantier est vaste et que les difficultés restent nombreuses.
Selon les responsables de la mairie, les opérations actuellement en cours ne constituent qu’une première étape dans un processus de transformation beaucoup plus large.
Les autorités affirment aussi que de nombreux autres travaux devront être réalisés afin d’améliorer durablement les infrastructures urbaines, la gestion des déchets, la circulation routière et l’organisation des espaces publics.
Elles appellent ainsi à la compréhension et à la collaboration de tous les secteurs de la société, estimant que la réussite de cette démarche dépend autant de l’engagement des citoyens que des efforts de l’administration municipale.
Un tournant décisif pour la cité christophienne
Le Cap-Haïtien semble aujourd’hui engagé dans une phase importante de son développement urbain. Les mesures entreprises par le nouveau cartel municipal témoignent d’une volonté manifeste de restaurer l’image d’une ville qui a longtemps été considérée comme l’une des plus belles d’Haïti.
Cependant, le succès de cette transformation reposera sur un équilibre délicat entre l’embellissement de la ville et la prise en compte des réalités sociales auxquelles font face des milliers de familles dépendantes du commerce informel.
Si les efforts actuels parviennent à conjuguer ordre, développement et inclusion sociale, le Cap-Haïtien pourrait non seulement retrouver son éclat d’autrefois, mais également devenir un modèle de gestion urbaine pour les autres villes du pays.
À l’heure où la cité christophienne se prépare à accueillir ses festivités et à représenter fièrement une partie du patrimoine national, nombreux sont ceux qui espèrent que cette dynamique de changement marquera le début d’un nouveau chapitre dans l’histoire de la métropole du Nord.
Olry Dubois
