dim. Août 14th, 2022

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À  la veille de la réouverture des universités, les bacheliers s’inquiètent pour leur avenir!

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Haïti se détériore à mesure que les années passent. Les crises sanitaires, alimentaires, économiques et sécuritaires menacent depuis fort longtemps d’étouffer la première nation noire du monde. Les institutions publiques et privées sont à genoux. Le milieu éducatif fonctionne piteusement depuis quelques décennies. À la veille de la réouverture des universités, les nouveaux bacheliers hésitent entre rester au pays et partir vers d’autres horizons. À l’heure actuelle, beaucoup ont déjà mis les voiles!

À la veille de la rentrée des classes et des universités, l’incertitude plane. Vu la situation critique du pays où jeunes, adultes et vieillards arrivent à peine à respirer ; parents, élèves et étudiants se questionnent sur la prochaine ouverture des classes. La société haïtienne est cernée de toutes parts et ne sait plus à quel saint se vouer. D’un côté, il y a l’inflation qui  étrangle et de l’autre l’insécurité qui assassine la population. À près d’un mois de la reprise des activités scolaires et universitaires, certains bacheliers ignorent encore ce qu’il en est de leur devenir.

« Je ne sais pas quoi faire! », affirme Anne, qui vient tout juste de subir les épreuves du baccalauréat. Avec les crises qui secouent le pays et le kidnapping, la bachelière avoue n’avoir ni le courage ni l’envie de poursuivre ses études en Haïti. « Je suis stressée en permanence et de plus, je suis indécise vis-à-vis du domaine dans lequel je veux faire carrière. C’est tellement dur en Haïti. Je crois que je vais faire une pause et attendre l’année prochaine si la situation s’améliore pour rentrer à l’université », confie la jeune fille.

Depuis quelques décennies, l’éducation haïtienne essaie tant bien que mal de fonctionner. Au niveau de la formation professionnelle et supérieure, que ce soit du domaine public ou privé, les quelques institutions qui fonctionnent dans la capitale le font difficilement. Avec la Covid-19, les épisodes de « Pays lock » et les kidnappings, les facultés de l’État et celles du secteur privé ont pris de sérieux coups. Beaucoup de professeurs, de personnels éducatifs et d’étudiants ont été victimes d’une manière ou d’une autre, de l’insécurité.

D’un côté, certains professeurs ont été obligés de quitter le pays et donc de remettre leur démission. D’un autre côté, beaucoup d’étudiants ont dû fermer leurs dossiers et arrêter temporairement ou définitivement leur cursus, soit à cause du stress quotidien qu’ils subissent dans les locaux de la faculté ou sur le chemin, soit parce qu’ils sont directement atteints par l’insécurité. D’ailleurs, beaucoup d’étudiants qui résident dans les zones contrôlées par des bandits ont dû arrêter leurs études à cause des déplacements trop risqués. Et un nombre massif d’étudiants a dû quitter définitivement le pays pour se réfugier ailleurs.

Nombre de jeunes étudiants ont fui le pays. Karl ne fait pas exception. Après que son père a été kidnappé à la fin de l’année 2021, il a dû clore son dossier universitaire afin de suivre sa famille au Canada, pour des questions de sécurité, souligne le jeune homme de 23 ans. Ce drame est arrivé à la fin de ses études universitaires. «  La famille avait accumulé des dettes pour faire sortir mon père. Ma mère était complètement dévastée et était constamment en alerte. On ne pouvait plus rester au pays. J’ai dû donc abandonner mes études en dernière année, malgré les sacrifices déjà consentis », raconte-t-il avec une grande tristesse dans la voix.

L’élite intellectuelle haïtienne souffre le martyre. Les étudiants qui constituent l’avenir du pays subissent les conséquences de la mauvaise gouvernance des aînés. Les élèves de S4 qui attendent encore les résultats du baccalauréat sont indécis au sujet de leur avenir. Beaucoup espèrent que la situation s’améliore pour pouvoir rentrer à l’université et entamer une vie professionnelle. Toutefois, nombreux sont les parents qui préfèrent au plus vite envoyer leurs enfants étudiants à l’étranger, notamment en Europe, dans d’autres pays d’Amérique et même chez notre voisin, la République Dominicaine.

Quitter le pays pour se réfugier en terre étrangère est devenu un acte réflexe pour la plupart des Haïtiens. Même si cela implique de s’y installer clandestinement. D’autant plus que les raisons ne manquent pas. C’est le cas de Mideline, une jeune qui vient de subir les examens du baccalauréat et qui vit actuellement en République Dominicaine. La jeune fille a dû quitter le pays, à la recherche d’un  mieux-être.  L’insécurité et la vie chère qui sévissent poussent de plus en plus de jeunes à se réfugier sous d’autres cieux.

« J’ai seulement 18 ans et j’ai très envie de vivre. En Haïti, il n’y a aucun moyen de vivre et de s’épanouir. J’ai toujours rêvé de faire des études supérieures en lettres, mais après mes études classiques, j’ai réalisé qu’il n’y a aucun moyen de vivre ici », se plaint la jeune fille. « J’attends les résultats du Ministère pour être sûre de ce que je vais faire. Entre-temps, je suis déjà en République Dominicaine, après les résultats, j’entamerai les processus pour retrouver ma mère aux États-Unis. Ce sont les circonstances qui me contraignent. Le pays va mal et les universités en Haïti ne me tentent vraiment pas[…] », conclut Mideline.

L’avenir du pays est en danger. Le nombre de jeunes qui quittent le pays pour s’installer ailleurs est difficile à connaître. Les écoles et les universités vont bientôt reprendre leurs activités, cependant, les jeunes semblent vouloir voir ailleurs. Les bacheliers qui devraient être enthousiastes à l’idée de relever de nouveaux défis sont déjà fatigués et découragés. Alors, qu’en est-il d’un pays si sa jeunesse perd peu à peu de sa vigueur? Sans l’espoir de jours meilleurs, ils s’envolent tels des pèlerins à la recherche de la vie.

Leyla Bath-Schéba Pierre Louis

pleyla78@gmail.com                          

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