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Méfiance dans les institutions, en particulier  dans celle s’occupant du système électoral. Retour sur un rapport d’enquête de l’OCID

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La tenue d’élections  est d’une importance capitale pour le bon fonctionnement de la démocratie dans un pays. Celle-ci exige préalablement des conditions qu’il faudrait à tout prix respecter ou appliquer. Et l’une d’entre elles est la confiance entre la population et les institutions de la République, en particulier celles ayant pour tâche d’assurer la bonne réussite des scrutins.  Or, selon un rapport d’enquête publié par l’Observatoire Citoyen pour l’Institutionnalisation de la Démocratie (OCID), la majorité de la population n’a aucune confiance dans les institutions du pays, dont celle qui s’occupe du système électoral.

Dans un pays démocratique,  les personnels politiques doivent être renouvelés. Et cela doit se faire à travers des élections. Dans le cas d’Haïti, la période relative à l’organisation des élections varie d’une fonction à une autre, selon la Constitution du 29 mars 1987. Toutefois, la dernière élection présidentielle réalisée en Haïti remonte  à 2015. De cette période à nos jours, les indicateurs varient. Ils rendent sceptiques la population à l’idée que les institutions du pays puissent réaliser à l’avenir des élections honnêtes, libres et démocratiques dans le pays. Une partie de la population semble insatisfaite de la gestion du pays par les dirigeants. Cette insatisfaction s’est exprimée un peu dans un rapport d’enquête de l’Observatoire Citoyen pour l’Institutionnalisation de la Démocratie (OCID) portant sur un échantillon aléatoire et représentatif de 3 600 ménages.

Selon ce document intitulé « Enquête nationale sur les préoccupations de la population et ses perceptions des valeurs et des institutions de la démocratie », qu’il s’agisse de l’insatisfaction de la population par rapport à la situation des droits politiques, de sa grande méfiance vis-à-vis des principales institutions du pays ou de son faible niveau d’engagement politique, les données de l’enquête révèlent un véritable désenchantement démocratique.«[…] Les données démontrent un niveau d’insatisfaction de la population relativement élevé par rapport à la jouissance des droits politiques visés dans l’enquête, à savoir : vote, liberté d’opinion, etc. », peut-on lire.

En plus de leur grande insatisfaction concernant la situation des droits politiques, une très large majorité des sondés n’a aucune confiance ou très peu dans les institutions du pays, en particulier dans celles du système électoral, révèle ce rapport d’enquête rendu public en février 2022. Ledit rapport publie, en outre, des scores ou niveaux de méfiance pour la plupart des institutions. « Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) en fait partie avec un score de 90.1%, suivi de l’appareil judiciaire (86.2%)». « De même, les gens n’ont pas confiance dans les politiques. Une grande majorité d’entre eux pensent que les politiciens ne se soucient guère de leur sort (83.3%) et qu’ils mentent pour se faire élire (94.8%)».

Le climat politique du pays est instable. Le phénomène de l’insécurité ne cesse de faire du mal à plus d’un, semant le deuil un peu partout dans le pays. Dans un tel contexte, nombreux sont ceux qui rejettent cette idée selon laquelle la réalisation des scrutins est possible.« […] Une très forte majorité des citoyennes et des citoyens interrogés au cours de l’enquête croient que la République d’Haïti n’est pas prête en ce moment pour des élections. Pas moins de 96.1% d’entre eux déclarent préférer la non-tenue d’élections à des élections qui ne soient pas crédibles, 69.5% affirment que les conditions ne sont pas encore réunies pour organiser un scrutin […], mentionne l’étude qui a été menée du 9 au 17 octobre 2021.

Parallèlement, il y a un autre aspect important dans la tenue des élections. Celui-ci concerne la Carte d’Identification Nationale dont l’Office National d’identification (ONI)  s’occupe. En effet, pour être détenteur d’une carte d’identification nationale, il faut être majeur (e), c’est-à-dire âgé (e) de 18 ans, selon la Constitution de 1987. Cette carte est l’outil avec lequel une personne peut choisir son représentant dans un scrutin. Ayant la responsabilité de livrer les cartes d’identification à la population, l’ONI ne respecte pas souvent les échéances qui lui sont fixées.

« […] Si 85.7 % des personnes interrogées déclarent avoir été déjà enregistrées pour la Carte d’Identification Nationale Unique (CINU) et 88.7 % d’entre elles affirment détenir déjà leur carte, il n’en demeure pas moins vrai que 14.3% des répondants n’ont pas pu encore se faire enregistrer », a précisé ce rapport rendu public en février 2022.

En guise de recommandations, l’OCID a proposé de faire des « études sociologiques et anthropologiques visant à cerner les diverses causes de la méfiance de la population vis-à-vis des institutions du pays »,  de « porter les autorités de facto en place à tout mettre en œuvre pour rétablir la sécurité, de protéger la population et d’assurer un climat favorable à l’organisation des prochaines élections » ; d’« engager des actions de socialisation politique à tous les niveaux (écoles, églises, associations, médias, partis politiques, universités) pour améliorer le rapport des Haïtiennes et des Haïtiens à la politique ».

Jackson Junior RINVIL                                 

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