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Arcahaie, entre son passé historique et ses multiples besoins

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La glorieuse ville de l’Arcahaie a une page d’histoire ancrée dans la mémoire des fils de la patrie haïtienne. C’est la cité du drapeau haïtien. De plus, elle offre une vue panoramique sur les longues plages sablées qui bornent son littoral. En dépit de son histoire qui inspire et invite à la rencontre des vestiges qui dominent ses montagnes, Arcahaie nécessite que « ses fils se sacrifient pour son avancement ».  

Arcahaie est une commune historique qui se situe dans le département de l’Ouest à une altitude de 16 mètres. Elle a une superficie de 408,73 kilomètres carrés. Faisant partie du caciquat Xaragua, elle portait à cette époque le nom de Kayaha, puis Akaya. Ensuite, son nom devient Arcahaie au temps de la colonie française. C’est aussi une ville portuaire qui domine le golfe de la Gonâve. Ses sections communales sont : Boucassin, Fonds Baptiste, Des Vases (dont le quartier « Saintard »), Délices et Matheux. Elle est traversée par la rivière Courjolle qui prend sa source dans la chaîne des Matheux.

La commune de l’Arcahaie, du fait de son passé colonial, a hérité des vestiges de l’habitation Dion et du Fort Drouet qui fait partie de la vingtaine d’ouvrages militaires construits sur le territoire d’Haïti après l’Indépendance en 1804. Le système défensif était érigé contre une éventuelle offensive des Français, anciens maîtres de la colonie. Positionnée sur une hauteur, cette fortification à cinq bastions, dont le plan ressemble fortement à celui du Fort Madame à Marchand-Dessalines, contrôle un très large périmètre et joue le rôle de vigie portant ses vues à la fois sur le golfe de la Gônave et la vallée de l’Artibonite. Le Fort Drouet établit, également, un contact visuel avec le Fort Delpêche (1804) situé vers l’Ouest dans les mornes surplombant Willliamson et Carriès.

Les ruines de l’habitation Dion s’articulent autour d’immenses glacis couvrant une superficie approximative de 4200 mètres carrés. On y retrouve les ruines de la caféterie proprement dite, des réservoirs d’eau de pluie alimentés par des canalisations et d’un bâtiment qui vraisemblablement devait servir d’entrepôt. En contrebas de glacis, en prolongation vers l’Est, se trouvent disposés, autour d’une vaste cour centrale, trois édifices identiques construits en forte maçonnerie mesurant environ 32 mètres de long sur 5 mètres de large. Ils sont constitués chacun de 7 cellules d’environ 4 mètres sur 4 mètres : il s’agit des logements des esclaves de l’habitation. À ces trois édifices s’ajoutent deux autres corps de bâtiment abritant des logements d’esclaves constitués de quatre rangées de cellules chacun à l’entrée Ouest de l’habitation.

La ville de l’Arcahaie jouit du privilège de voir défiler tous les ans, chaque 18 mai, à l’occasion de la commémoration du Jour du Drapeau, les hauts responsables de l’État. Le programme comporte une messe qui est suivie du discours présidentiel sur la place d’armes, et de longs défilés en couleurs agitent la ville qui autrefois regorgeait de touristes venus pour la circonstance. Cette célébration a été perturbée durant plusieurs années au cours de la dernière décennie. L’insécurité et l’instabilité en sont les raisons principales. En cette année 2022, on a réalisé non sans difficultés  cette célébration qui a perdu un peu de son ampleur. Les prestigieuses festivités  qui rappelaient le passé de cette ville ont été englouties par l’absence de patriotisme.

Chrisnette Saint-Georges, Archeloise qui rêve d’une Arcahaie comme elle était autrefois, explique au journal son amertume face à cette détérioration qui fait régresser la ville et déstabilise ses fils et ses filles. « Arcahaie représente pour ses habitants un Alma mater. Une ville tant admirée, fière et doublement historique…Ses habitants, dit-elle, y revendiquent constamment leur attachement. Quoiqu’en réalité il y ait un fossé entre le dire et le faire. Théoriquement tout le monde l’aime. Mais dans la pratique, peu de ses fils se sacrifient pour son avancement ».

Arcahaie dispose de nombreuses plages qui attiraient beaucoup de touristes, locaux et internationaux. Après avoir perdu une partie de ses terres lorsque l’ancien Président Michel Martelly, par arrêté présidentiel, a fait de Montrouis  une commune, les activités touristiques ont été un peu mises en berne. Cependant, dans son livre « Arcahaie, une ville, une histoire », l’écrivain Pierre Franck Geffrard  fait l’éloge de la cité du Drapeau en rappelant les efforts de l’équipe Catherine Flon de l’Arcahaie, autrefois, et les exploits de l’AFC qui se positionne sur le toit du football national depuis sa création jusqu’à nos jours.

Avec les fêtes patronales notamment Saint Pierre et Saint Jean, le carnaval local, les festivals, dont le festival « bannann » organisé habituellement par la paroisse, la foire gastronomique chaque année organisée par CMFP, Arcahaie tente cependant de tenir le cap. Elle possède une école professionnelle et des marchés publics. Elle a aussi bénéficié de plusieurs projets, tels la commémoration des 200 ans de son élévation au rang de commune, le forum des 17 et 18 novembre 2021 et la réalisation du buste de Catherine Flon…

« Les sections communales attendent une attention particulière des responsables concernant les routes qui sont presque impraticables, a souligné Chrisnette. Ces temps-ci, cette commune est l’objet de luttes effrénées pour le pouvoir. Ses fils qui se sont toujours sacrifiés pour elle ne sont même pas consultés, voire invités…. La communauté ignore leur existence en grande partie. Dans une situation pareille que peut-on espérer » ?

Geneviève Fleury

genevievef359@gmail.com

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