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Journée mondiale des toilettes : Haïti entre manque et dangers

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Les toilettes occupent une grande place dans nos vies, quoique sous-estimée. Cet élément a aujourd’hui une grande importance dans la propreté de notre environnement. Pourtant, en plein XXIème siècle, de multiples ménages en Haïti n’en disposent pas.

« Qui se soucie des toilettes ? », c’est  le slogan sous forme de question qui accompagne la campagne de cette année. En effet, beaucoup pourraient croire que le sujet ne vaut pas la peine d’être mis sur le tapis. Pourtant, selon l’Organisation des Nations Unis (ONU), 3.6 milliards de personnes ne disposent pas d’installations appropriées et cette situation pollue l’environnement, le rend impropre et dangereux pour la santé.

Ce n’est pas un mystère, un environnement sain et favorable à la santé est le résultat de plusieurs paramètres qui entrent en jeu. Parmi ceux-ci, figurent les toilettes qui empêchent que les  défections humaines ne soient abandonnées dans la nature et ne deviennent des vecteurs de propagation de maladies. Ils sont pourtant peu nombreux ceux qui prennent le temps d’y penser et  qui accordent toute son importance au 19 novembre baptisé Journée mondiale des toilettes.

La situation d’Haïti

La question des toilettes fait partie des nécessités basiques. Or, ils sont nombreux, les ménages qui n’y ont pas accès. Teph, originaire de Thomonde témoigne : « Au moins cinq familles dans le voisinage n’en ont pas et utilisent les nôtres ».

Si certains trouvent bon d’utiliser celles des autres à défaut de pouvoir s’en procurer, d’autres ne se donnent pas cette peine et font leurs besoins dans la nature. Franddy, de Port-Margot, affirme que dans la 3ème section communale d’où il vient, peu de gens utilisent les toilettes, ils défèquent à quelques pas de la rivière ou dans son lit. « Le problème est si flagrant qu’un groupe de jeunes avait soumis un projet de toilettes communautaires à la Banj lors d’un concours », explique-t-il. Toutefois,  ces toilettes, aux dires de Franddy, se situent en centre-ville, à des lieux de certains habitants de la zone.

Ces témoignages ne devraient pas surprendre puisque, suite à une enquête réalisée entre 2016 et 2017 intitulée « Mortalité, Morbidité et Utilisation des services », l’EMUS VI rapportait que 36 % de la population rurale n’avait pas de toilettes et que 9% de la population urbaine ne disposait pas d’endroit approprié pour déféquer. Il ne faudrait pas s’étonner non plus, qu’en plein Port-au-Prince, des ménages défèquent dans des sachets qu’ils abandonnent en pleine rue.

Si aujourd’hui les chiffres de l’EMUS VI semblent dater, la situation ne semble pas avoir grandement évolué. Le tremblement de terre du 14 août n’a pas arrangé les choses puisque de nombreuses toilettes ont été  détruites dans certaines provinces comme c’est le cas à Cherette, une section communale de Saint Louis du Sud.

De lourdes conséquences sur la santé

Quoique peu de gens y pensent, ce manque de toilettes peut être dangereux pour la santé. En effet, les  excréments en pleine nature ou au pied d’une rivière, les toilettes construites à quelques pas d’une source ne font qu’augmenter le risque d’infection par les maladies liées au péril fécal, telles le choléra et la typhoïde.

D’un point de vue plus global, l’ONU rapporte que deux milliards de personnes dans le monde boivent de l’eau provenant d’une source contaminée par les matières fécales et que, chaque jour, environ 700 enfants de moins de cinq ans meurent de diarrhées occasionnées par une insalubrité de l’eau, une insuffisance de services sanitaires et une mauvaise hygiène.

« Il suffit que quelques membres d’une communauté n’aient pas de toilettes pour que la santé de tous soit menacée. Faute d’assainissement, les sources d’eau potable, les rivières et les cultures vivrières sont contaminées », peut-on lire sur le site de l’organisation.

Aussi, la nécessité s’impose de se soucier des toilettes puisqu’une seule personne n’y ayant pas accès peut contaminer toute une population. La question devrait interpeller les autorités chargées de l’hygiène publique.

Dans un article publié sur le site de l’Université Quisqueya titré ‘’Toilette sèche’’, Gaston Jean a présenté  la situation. Selon les données fournies dans cet article, En Haïti, 72% des habitants, dont 18% dans les principales villes et 15% dans l’aire métropolitaine de la capitale, n’ont pas accès à des toilettes décentes.  « La défécation à l’air libre est pratiquée par 23% de la population, dont 41% en zone rurale, avec tous les risques que cette pratique génère. Les latrines traditionnelles, souvent coûteuses, mal conçues et mal gérées, peuvent par ailleurs présenter des risques importants de contamination des eaux », peut-on lire sur le site de l’UniQ.

Ketsia Sara Despeignes

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