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L’histoire d’Haïti dans la peinture de Jean-Pierre Ulrick

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Jean-Pierre Ulrick utilise sa peinture comme une encre pour réécrire l’histoire du premier peuple noir qui a conquis sa liberté. Le peintre originaire des Roseaux dit s’inspirer de la belle épopée de l’indépendance d’Haïti pour réaliser des œuvres à contenu historique., L’artiste entend ainsi rappeler la bravoure de ses aïeux.

Quand on admire la toile de la bataille de Vertières (1996), on a l’impression de revivre l’histoire d’Haïti, d’être témoin de ce grand événement qui a donné naissance à la première République noire en janvier 1804. En fait, l’art du célèbre peintre haïtien nous ramène au cœur de ce moment si fascinant du 19e siècle qui marqué l’histoire de l’humanité. On y voit la fervente ardeur des héros. On ressent la force qui les enflamme et cette grande volonté de vaincre. Jean-Pierre Ulrick ne se contente pas uniquement de peindre, il se sert en outre de sa peinture comme encre pour réécrire l’histoire de son peuple.

« Je sens quand je me peins, que je peins tout Haïtien. Car en réalité, qu’importe la classe à laquelle nous appartenons, nous avons tous la même identité. De ce fait, je sais qu’à travers mon œuvre je parviens à atteindre tout Haïtien », se dit l’artiste avec fierté, parlant de ses peintures historiques lors d’un fructueux échange avec Carlo A. Celius, historien de l’art. On en déduit ainsi que l’histoire d’Haïti est au centre de sa création. « Je m’inspire de l’histoire, de la culture de mon peuple pour créer », affirme le peintre, dont les œuvres sont  admirées dans de grands musées en Amérique.

Son parcours

L’histoire idyllique de Jean-Pierre Ulrick et de l’art plastique ne date pas d’hier. Il faut remonter en effet  jusqu’à son enfance. Alors âgé de quatre ans, le natif des Roseaux a commencé à crayonner des dessins qui mettent au grand jour sa virtuosité. Plus tard dans son adolescence, il découvre la magie de la diversité des couleurs. Avec son pinceau comme baguette, le jeune peintre de l’époque va prendre alors un immense plaisir au processus de la création. N’est-ce pas d’ailleurs le génie de la musique, Beethoven, qui eut à dire que seuls l’art et la science élèvent l’homme jusqu’à la divinité ? Donc, à travers sa peinture, Ulrick a commencé tout jeune à frôler le divin.

À Port-au-Prince, il fréquente le Foyer des arts plastiques où il est exposé aux influences de grands peintres de l’époque, comme Louverture Poisson, Rosemarie Desruisseaux, Archibald Lochard, entre autres. En 1977, il est invité à une grande exposition à Philadelphie, la cité de l’indépendance américaine, qui a grandement influencé le travail artistique du passionné du troisième art. « C’est à Philadelphie que j’ai appris à mieux connaître l’histoire d’Haïti », déclare le créateur de Crucified Liberty (1996). L’histoire jouera dès lors  un rôle significatif dans l’épanouissement artistique du peintre originaire de la Grand-Anse.

À l’Université des Arts de Philadelphie, il continue à parfaire son art et commence à travailler sur sa nouvelle collection historique, avant de s’installer à la Nouvelle-Orléans en 1994 où son projet prend forme définitivement. Depuis son atelier, il titille son imagination imprégnée d’événements marquants de l’histoire, pour produire des toiles fascinantes, tant par l’esthétique que par les vibrations culturelles qu’elles émettent.

Son art

« Pour moi, entreprendre une peinture historique implique des mois de recherches approfondies avant le processus de création physique, confie Jean-Pierre Ulrick. Parfois je fais aussi des recherches dans des archives détaillées sur le sujet. Avant de commencer à créer sur les toiles, je dois avoir ce sentiment d’unité avec mon sujet », continue le peintre et conteur haitiano-américain, dans la biographie qu’il a mise sur son site internet.

Il aura mis sa virtuosité au service de grandes figures du pays qui l’héberge depuis plus de quarante ans. En effet, il a signé les portraits du 39e Président Jimmy Carter, de Sarah Porter Smith, du Sénateur de Louisiane, J. Bennett Johnston, entre autres. Ses œuvres sont exposées à l’admiration des amoureux de la peinture, à Bergen Galery, au centre des arts contemporains, à la galerie « Free people of color », ou à  Dillard University, entre autres. En Haïti, treize de ses œuvres picturales ont été offertes au Musée du Panthéon National, par l’Ambassade des États-Unis, en 2014, lors de l’exposition « Liens qui unissent », qui rappelle les multiples liens culturels et historiques qui existent entre les deux  peuples  depuis 220 ans.

« Le plus important pour un artiste réside dans le processus de création, confie le peintre. En sorte que chaque peinture est une nouvelle expérience à laquelle je m’adonne avec enthousiasme », déclare-t-il. Du haut de sa soixantaine, il a encore de la peinture à revendre. Il dit vouloir provoquer des changements politiques et sociaux, en suscitant une véritable conscience politique. Il exposé aux yeux de tous, on peut le dire, sa fierté d’être Haïtien.

Statler LUCZAMA

Luczstadler96@gmail.com

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