lun. Nov 29th, 2021

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Anmwey – L’actuel hymne national d’Haïti

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Par Max Dorismond

J’avais totalement oublié cette chanson, cette complainte, si je devais l’appeler ainsi. Apparue en 2019, écrite par des jeunes qui en avaient assez de ce voyage sans destination que la nation leur offre, cette ritournelle qui interpellait le secours des aînés, semble ne trouver aucun écho dans le cœur des belligérants. Car, en 2021, en Haïti, il n’y a plus de mots dans le négativisme pour traduire le pire. « Anmwey » est devenu le symbole flagrant du dégoût de vivre.

Voilà ! Je ne peux l’écouter ni la réécouter, sans embuer mes paupières de quelques larmes furtives. C’est une chanson qui me captive. La sincérité des chanteurs dans l’interprétation du poème de leur vie, de leur vécu, de leur quotidien, me chiffonne. Résigné, je vous la soumets une nouvelle fois, presque sans espoir de rédemption, sans espoir de solution.

J’invite les insouciants à la gouverne de la nation, les prédateurs de la place, les candidats de tout poil, à en prendre lecture et à l’écouter. Peut-être, qui sait, une note compatissante pourrait occulter les modulations négatives de leur âme aux fins d’un changement de cap vers un futur miséricordieux. Sur aucun point du globe, l’homme ne naît diable. Il le devient par ambition, par couardise et folie. Certaines fois, il peut aussi se métamorphoser, en raison de la seconde chance, chez tout individu sensé, d’être meilleur. C’est dans la nature humaine. Espérons-le!

Une invitation à la lecture de quelques strophes du poème

ANMWEY

Konbyen souf ki pou coupe

Konbyen fyèl ki pou pete

Avan’n di ase

Konbyen zantray ki pou tonbe

Dim konbyen moun pou kochon manje

Avan poun aji kom responsab

Mouche Leta dim si w pa koupab

Anmwey – Souf mwen ap koupe / Anmwey – Nou pa kapab enkô…

………………

Gouvènmen – Anmwey. Paleman – Anmwey. Sektè prive – Anmweyyy…

Écoutez cette musique poignante et lancinante qui rime avec souffrances et indigences. C’est ce qui reste de La Perle des Antilles. Ce cri du cœur d’une population aux abois, cette déchéance innommable écrite avec des mots intemporels doivent préoccuper riches et pauvres de chez nous, dans la diaspora et partout. Le poème et les images surprennent, abasourdissent et ne laissent personne indifférent. Ce qui nous permet d’entrevoir les raisons de la fuite de ces jeunes, sur de frêles esquifs, au risque incalculable, vers des ailleurs imaginaires, pour aller s’offrir en esclaves dans les îles environnantes ou en Amérique du Sud.

C’est un hymne à la résilience d’un peuple trop gentil qui fait preuve d’une résignation têtue. Une population bon enfant qui ne veut pas se laisser entraîner par les tambours de guerre, pour l’instant. Il préfère souffrir dans tout son être en chantant ses drames, laissant le champ libre aux éternels rapaces. En sera-t-il toujours ainsi demain? J’en doute!

Toutefois, je me permets d’ajouter un bémol, à savoir qu’il existe un temps pour pleurer, une minute pour chanter et une dernière seconde pour se révolter. En 1791, si Dessalines, Christophe et les autres proscrits n’avaient pas bravé les prescriptions du colon, pour passer de l’ombre à la lumière sans implorer le ciel, nous serions aujourd’hui encore dans les fers. En attendant, cette lamentation devrait être un hymne à la Nation pour le moment présent et jusqu’à la rédemption espérée.

Cliquez sur le lien ci-dessous – Bonne écoute. Attention : Cœur sensible, s’abstenir!

Max Dorismond

NOTE

1 – Anmwey : dans le créole haïtien signifie « Au secours »

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