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Compositeur, chanteur, guitariste, joueur de banjo, chef d’orchestre et saxophoniste, qui était Nemours Jean Baptiste ?

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Compositeur, chanteur, guitariste, joueur de banjo, chef d’orchestre et saxophoniste, Nemours Jean Baptiste, est ce musicien hors-pair qui est considéré comme étant le père du compas direct, ce style musical marqué par les empreintes haïtiennes à travers son rythme attrayant. Nemours nous a laissé, à travers sa musique, un riche héritage culturel.

Né le 2 février 1918, au cœur de la capitale, le maestro Nemours Jean Baptiste, comme on se plait à le surnommer, est le troisième enfant sur quatre de Lucia Labissière, une couturière et de Clément Jean Baptiste, un cordonnier. Issu d’une modeste famille, Nemours a dû faire face à des jours sombres dès l’aube de sa vie, suite à la mort brutale de ses deux parents. Très tôt, lui et ses frères et sœurs se retrouvent orphelins et sont confiés à la famille proche de leurs défunts parents. Négligé par ses nouveaux tuteurs, le mélomane se voit dans l’obligation de faire une croix sur ses études primaires entamées au collège Jean Marie Guilloux et à l’institution Saint-Louis de Gonzague.

Se débrouillant comme il peut dans les rues bruyantes et mouvementées de la capitale, le jeune Port-au-Princien a plaisir à coiffer les jeunes hommes de son quartier et en fait partiellement son métier. Toutefois, au-delà de son amour pour la tondeuse et la brosse, le jeune coiffeur ne cache pas à ses clients son affection et sa passion pour la musique qui, au bout du compte, devient la compagne de sa vie.

Amoureux fou de la musique dès son enfance, Némours a appris à jouer seul du banjo (instrument à cordes pincées de la famille de la guitare). Prenant un immense plaisir à jouer avec les notes musicales et à créer ses propres rythmes, il a décidé de consacrer plus de temps à la musique et d’apprendre à jouer d’autres instruments comme la guitare et le saxophone, qu’il a appris à jouer durant un séjour aux Cayes grâce au maestro de l’orchestre Panorama. Plus tard, prenant plus au sérieux ses talents de saxophoniste, il intégrera l’école de Sicot où il fera la maîtrise de cet instrument.

Débuter une carrière musicale dans des conditions précaires n’étaient pas une chose facile pour le jeune Némours. Travail acharné, répétitions à longueur de journée, il lui a fallu plus que de la chance pour réaliser son rêve d’être artiste. Et ce n’est qu’au début des années 40, que ses pieds d’artiste fouleront pour la première fois une scène devant un grand public ! Remplaçant pour l’occasion son grand ami Duverger au sein du groupe « Les frères Guignard ». Après sa parfaite performance, il reçut 150 gourdes, ce qui, à l’époque représentait une belle somme. Ce fut le véritable coup d’envoi de sa carrière qui a duré environ 25 ans ! 

En dehors de sa vie professionnelle, le père du compas direct a été marié le 28 septembre 1946 à Marie-Félicité Olivier avec laquelle il eut trois enfants : deux filles et un fils, dont l’aînée meurt à seulement deux ans. Le maestro Nemours s’est alors donné corps et âme  à la musique et a vécu une grande passion avec l’amour de sa vie, jusqu’à créer le 26 juillet 1955 son groupe musical Ansanm aux Calebasses, aux côtés de musiciens comme Webert Sicot, Julien Paul, Anilus Cadet, Monfort Jean Baptiste (son frère). Ce fut le premier groupe de compas direct ; c’est pourquoi cette date marque la création du compas direct.

En 1958, Ansanm aux Calebasses devient Ansanm Compas direct qui ne perdra pas beaucoup de temps avant d’être rebaptisé ‘’Ansanm’’ Nemours Jean Baptiste. Le premier né des groupes de compas en Haïti connait un extraordinaire succès auprès de la jeunesse qui se déhanchait volontiers tous les week-ends dans les divers clubs à travers le pays où les pionniers du compas se donnaient en spectacle. À la radio, dans les rues, sur les places publiques, les jeunes savouraient avec gourmandise le rythme portant fièrement l’identité haïtienne. Le compas, ce style naissant envoûtant qui invite chaleureusement les mélomanes à bouger les pieds et les hanches n’a pas attendu longtemps après sa création pour s’épanouir et captiver les tympans de toute une population. 

Ansanm Nemours Jean Baptiste faisait son petit bonhomme de chemin jusqu’au moment où, en 1961, Weber Sicot, l’un des membres fondateurs du compas direct décide de quitter le groupe Ansanm Nemours Jean Baptiste pour fonder son propre groupe Cadence rampas qui est également un groupe de compas direct. L’année suivante, Cadence rampas gagne à son tour les cœurs de la jeunesse déjà éprise du compas direct lors des traditionnelles festivités carnavalesque. Ainsi, le groupe de Weber Sicot connait une popularité sans bornes. Mais, à la demande du public, Nemours Jean Baptiste participe en 1963 aux festivités du carnaval et fait également un malheur ! De là naît une polémique incroyable entre les deux pionniers du compas direct.

Surnommé « La Coqueluche de Port-au-Prince » par ses fans, Ansanm Nemours Jean Baptiste n’a pas pour autant joué uniquement en Haïti. Déjà à cette époque, le compas direct avait traversé les frontières du pays pour s’épanouir dans divers pays antillais et même en Europe, notamment en France. En 1969, Némours Jean Baptiste quitte son pays natal pour évoluer aux États-Unis et revient deux ans plus tard où il dirige le groupe « Top Compas » qu’il rebaptise « Super Combo de Nemours Jean Baptiste ». Il s’épanouit au sein de ce groupe pendant plusieurs années mais l’âge et les maladies  finissent par avoir raison du grand artiste.

Ayant perdu force, jeunesse et santé, Nemours Jean Baptiste doit plier bagages pour se battre contre le cancer de la prostate et le glaucome. Vers la fin des années soixante, il  devient borgne suite à une intervention chirurgicale. La fin de sa vie n’a pas été facile, devenu finalement aveugle, le pionnier du compas direct a passé les quatre dernières années de sa vie à se remémorer le bon temps et à respirer l’odeur de sa terre natale qu’il ne voulait quitter sous aucun prétexte. Il s’est éteint le 18 mai 1985 en Haïti.

Si le compas direct a beaucoup évolué aujourd’hui, la musique de Nemours Jean Baptiste reste encore bien vivante en Haïti. Ses chefs-d’œuvre sont encore diffusés à la radio. ‘’Aprann renmen, ròb antrav, Solange et Ti Carole sont des textes qui ne laissent pas indifférents les amants du compas direct ; viv compas, ‘’universal compas’’ et la joie de vivre font fièrement l’éloge de ce genre musical à part entière. Nemours Jean Baptiste a vécu pleinement sa passion en laissant un héritage considérable à la musique haïtienne.

Leyla Bath-Schéba Pierre Louis 

Pleyla78@gmail.com

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