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Dessalines, première capitale haïtienne réduite à elle-même

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La commune de Marchand, chargée d’histoire et riche en infrastructures de résistance construites après la guerre de l’indépendance et ayant survécu au temps est aussi unique que mémorable dans l’orgueil haïtien. Toutefois, les villes historiques n’ont pour fierté que les vestiges du passé pour se remémorer les prouesses anciennes. Marchand, ville de Dessalines, subit aujourd’hui le même sort qu’une simple ville, abandonnée et réduite à son sort.

Sise dans la Plaine de l’Artibonite à quelque 160 kilomètres de Port-au-Prince, l’ancienne capitale impériale, aussi connue sous le nom de Marchand-Dessalines, peut s’enorgueillir d’être l’une des rares localités du pays où la population est consultée et dont l’opinion est respectée. Fondée en mars 1802, Dessalines fut élevée au rang de commune en 1843. Administrativement, elle est subdivisée en six sections communales. Elle a au moins deux cent cinquante neuf localités et quarante et une habitations. Autrefois appelée Marchand, nom d’un ancien colon qui habitait sur cet emplacement, Dessalines fut la première capitale d’Haïti. Après l’indépendance, Marchand Dessalines devint la résidence impériale du fondateur de la nation haïtienne, Jacques 1er.

La commune célèbre son saint patron, Sainte Claire, chaque 11 août. Elle possède huit (8) rivières, trente quatre (34) sources et vingt (20) lagons qui représentent les points d’eau répertoriés dans la commune. Pour une superficie de 471 kilomètres carrés. À l’heure actuelle, l’accès aux services sociaux de base est faible, la commune se classant seulement au 90e rang parmi les 133 communes du pays. Son potentiel de développement économique est fortement centré sur l’agriculture, l’agro-industrie et l’écotourisme avec des productions comme le riz, la tomate, l’oignon, le poivron, le « lalo », le haricot, le café.

L’École Nationale et le lycée Jacques 1er situés à Dessalines porte le nom du premier Empereur. Le patrimoine historique et touristique de Dessalines est très riche, tant par le nombre et la diversité de ses sites que par son histoire et les mythes qui se transmettent de génération en génération. On retrouve non seulement des sites naturels, mais aussi des sites historiques. Parmi les sites naturels, les grottes Jean Zinga et Ti Gason, l’étang Lagon la ville, Ti Sous et la Source impériale valent le déplacement.

Les sites historiques sont constitués de forts, situés au sommet des montagnes qui garantissaient la sécurité de l’ancienne cité impériale et furent des résidences de personnages célèbres dans l’histoire d’Haïti. Parmi les sites historiques répertoriés, il y a lieu de souligner les cinq forts réalisés par l’ingénieur Lafayette sur le sommet des montagnes dominant la ville et la vallée de l’Artibonite.

Il s’agit : du fort « Décidé » qui servait de lieu de jugement où le sort des détenus ou des capturés était décidé. Situé sur le point culminant du morne, le fort « La Fin du monde » est le plus grand fort de la cité impériale. Le fort   « Innocent » était placé sous les ordres du premier fils de Dessalines, nommé Innocent. Sa localisation permettait de contrôler toute la vallée de l’Artibonite. Le fort « Ti Madam » constituait le lieu de passe-temps de l’impératrice, alors que le fort « Doco » situé à Morne Docomond, avait été conçu pour sécuriser le Fort « Ti Madam ». Enfin, le fort « Kulbité » s’élevait sur la pente du morne avoisinant la Source impériale. Il a été détruit en 1946 lors de la construction de la route Marchand-St Michel. De nos jours, il n’y reste que La Poudrière, mais le lieu est fréquenté pour les cérémonies vodou.

Toute la ville est parsemée de vestiges des maisons ayant appartenu à des personnages historiques ou de lieux de souvenirs marqués par des personnages célèbres, dont la maison de Claire Heureuse, épouse de l’Empereur, la maison de Charlotin Macadieu, le tombeau du général Brutus, le tombeau de Leclerc, le tombeau du Colonel Gabart, le tombeau de Batraville et l’aqueduc colonial.

La vie nocturne est très prisée à Dessalines. Cependant, victime des retombées de la crise politique, les touristes ont peu à peu abandonné ce site et l’histoire de Marchand Dessalines meurt à petit feu. Sur les routes menant à Dessalines, on y trouve certaines fois des bandits qui y opèrent jour et nuit. Les catastrophes naturelles qu’a subies la vallée de l’Artibonite entravent les routes et l’accès est encore difficile. Il n’y a que sur le plan agricole que Dessalines essaie de tenir. Une ville construite par les mains de l’empereur aujourd’hui réduite à l’abandon en attendant qu’en disparaissent les vestiges.

Pour répéter Arnold Antonin : «  Dessalines-Ville est, en elle- même, un musée qui a besoin d’un plan de conservation et de réaménagement sans trop la toucher. Il faudrait bien déterminer le lieu d’implantation du musée qui doit respecter la ville et se mettre à son service ».

Référence: Bulletin de l’ISPAN n° 5 : Les fortifications de Marchand-Dessalines, 1 octobre 2009

Geneviève Fleury                               

genevievef359@gmail.com

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