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Erol Josué, un Samba au pèlerinage

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Bercé par les origines du Vaudou dès son enfance, Erol Josué part en pèlerinage avec tous ses bagages culturels, sa musique, sa danse et sa plume, allant au quatre coins du monde promouvoir l’identité haïtienne. Le prêtre, fier de son histoire, synchronise en effet son existence aux arts pluridimensionnels haïtiens.

Erol Josué s’impose en baron dans l’univers culturel haïtien. Un défenseur de l’identité haïtienne. L’incarnation de l’art haïtien. Erol Josué est en effet ce pèlerin captivé dès son enfance par les racines du Vaudou qui, lorsqu’il arrive à la force de l’âge, deviennent les siennes en le campant comme Mapou dans le grand Lakou d’Haïti. Lors d’un entretien accordé à Le Quotidien News, le prêtre prend du plaisir à raconter son vécu.

« Je suis né à Carrefour dans une ambiance traditionnelle et culturelle. Tout petit, l’univers du Vaudou est devenu le mien avec les musiques et les danses traditionnelles que j’ai apprises dès la petite enfance », raconte Erol Josué, au contact du Vaudou dès sa venue au monde. Il grandit dans cette banlieue de l’entrée sud de la capitale, dans une atmosphère  marquée par les valeurs ancestrales, qui lui sont transmises par sa grand-mère et même son arrière-grand-mère qui a vécu les moments forts des cacos lors de l’occupation américaine de 1915.  « J’ai été élevé par ma grand-mère qui s’amusait à me raconter les histoires, en me transmettant ses valeurs », se souvient Erol Josué.

À Carrefour, la musique et la danse, l’ambiance festive en général, donnent le ton. C’est en effet un espace réputé pour les nombreux talents qui y ont vu le jour, parmi eux Erol Josué, une véritable bête de scène. Fasciné par cette énergie mystérieusement fascinante Erol en profite largement pour faire son initiation dans le Vaudou petit à petit. « Mon initiation s’est faite au fur et à mesure que je grandissais, tout d’abord avec mes parents qui m’ont présenté dès ma naissance aux loas pour ma protection. De temps à temps, il fallait renouveler ce dévouement, jusqu’à mon initiation formelle à dix-huit ans à Martissant », dit Erol Josué, devenu houngan.

D’un Lakou à Carrefour à un immense péristyle à Martissant, le mystique Erol Josué traîne avec lui un bel et grand acquis culturel qui le propulse au départ des Duvalier comme militant du Vaudou. « C’était une belle génération animée de cette grande volonté de changer le monde. Un paradigme auquel on a pris part en Haïti comme défenseur du Vaudou », se souvient le prêtre qui a suivi des cours comme étudiant libre à l’IERAH et à la Faculté d’Ethnologie, alors qu’il n’avait pas encore bouclé ses études classiques. Déjà attiré par les beaux arts haïtiens, notamment la danse folklorique et le chant, il intègre l’Ecole Nationale des Arts pour assister aux cours d’histoire de l’art et de la danse. Voulant aller à la rencontre d’autres cultures, il part en Europe en 1990, où il étudie à Paris l’ethno scénologie.

Erol Josué créé, à la fin du XXe et au début du siècle présent,  un personnage de marque sur la scène culturelle, à la fois comme excellent danseur et chanteur remarquable. C’est pourquoi on dit de lui qu’il incarne les arts haïtiens. En 2007, il propose son premier album musical, Regleman, contenant treize tracks. « Pour réaliser cet album, il a fallu tout un travail d’anthropologue pour comprendre l’Haïtien, en reprenant par ailleurs certaines chansons traditionnelles pour les mettre au goût du jour », explique le chanteur et compositeur Erol Josué. Suite au succès faramineux de cet album, il participe à de nouveaux projets musicaux, dont les albums Nan Lakou Brooklyn de Markus Swartz et Jazz Racine Haïti de Jacques Swartz Bart, une collaboration avec des artistes brésiliens sur le projet Orixas, et le single à succès de Jephté Guillaume, titré Papa Loko. Plus de dix ans plus tard, il rebondit avec Pèlerinaj, un opus de 18 morceaux et un ouvrage de luxe de plus de deux cents pages racontant le vécu du vénérable prêtre.

Entre ces deux albums, il se voit nommé à la tête du berceau de la culture haïtienne, le Bureau National d’Ethnologie où, malgré les critiques de plus d’un, il arrive à asseoir son savoir dans l’héritage de Jacques Roumain. « Mon doctorat, je l’ai acquis sur le tas. Comme j’aime à le dire, je suis un écolier de la vie, car j’apprends énormément de mes expériences sur le terrain. Et c’est ce qui constitue mon savoir  pour mener à bien ce travail », se targue le Directeur général du BNE, installé confortablement à son poste depuis 2012. Sous son règne, le musée du BNE a été restauré et contient aujourd’hui les résultats des nombreuses recherches anthropo-archéologiques sur l’identité haïtienne menées par le Directeur général lui-même ; des objets culturels d’une grande valeur archéologique et historique ont été restitués dernièrement à Haïti par le FBI ; des sites amérindiens de grande valeur culturelle ont été découverts ; il a monté également des collections archéologiques de costumes traditionnels, spécialement l’exposition de la collection « Haïti, terre de tous les commencements », en République de Chine en 2015, au Musée des religions du monde, entre autres. « Tout cela s’inscrit dans la valorisation et la promotion de l’identité haïtienne, de la mémoire d’Haïti », avance la voix de Erzulie, Erol Josué, qui espère accomplir davantage avec le BNE.

Selon Erol Josué, il faut revenir sur les traces du passé pour mieux appréhender l’avenir du pays, en se connectant à nouveau à notre racine identitaire qu’est le Vaudou. « Le Vaudou en tant que mode de vie nous a montré la voie de la liberté, en défendant par la même enseigne les droits inhérents à la personne humaine ; il nous a proposé la médecine traditionnelle, la musique, la danse, la peinture comme arts à côté de l’artisanat. Comme philosophie qui renvoie au respect des valeurs ancestrales, le Vaudou est somme toute un projet de développement »,affirme le prêtre (qui vient d’enregistrer la destruction de son péristyle Sosyete Afrik Ginen incendié à Martissant il y a quelques jours), claironnant que le progrès doit passer par le noyau de la culture haïtienne.

Statler LUCZAMA

luczstadler96@gmail.com

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