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Faut-il seulement avoir un proche en difficulté pour faire un don de sang?

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« Gout san sove lavi, an n bay lavi jarèt », c’est inspiré par cette philosophie que « Konbit San pou San » s’implique dans la campagne de sensibilisation en cours, partout à travers le pays. Dans le cadre de la journée mondiale du donneur de sang, le 14 juin, il est essentiel d’ouvrir les yeux de la population haïtienne sur la nécessité de donner du sang pour sauver le maximum de vies. « Konbit San pou San » pose la grande question : Faut-il avoir un proche en difficulté pour faire un don de sang?

Inévitablement, des événements inattendus arrivent tous les jours. Dans une société où l’incertitude règne en maître, entre les risques de catastrophes naturelles, les accidents qui sont lots quotidiens, les accouchements à haut risque, les interventions chirurgicales et les personnes atteintes de maladies chroniques, des transfusions sanguines sont réalisées quotidiennement, alors que les banques de sang ne disposent pas de la quantité suffisante. Or, les demandes de sang augmentent chaque année. Ces deux dernières années, elles ont augmenté davantage, principalement en raison de la situation sécuritaire du pays.

À l’heure actuelle, la science n’a pas encore trouvé de formule pour la fabrication du sang. Il n’y a que le sang humain qui puisse sauver l’être humain. En Haïti, la majeure partie de la population ignore les notions de base de la transfusion sanguine. Beaucoup de gens en parfaite santé n’ont jamais donné leur sang pour rendre service de manière totalement libre et désintéressée.  Si certains l’ont fait, c’est  uniquement parce qu’un ami ou un proche était en difficulté.

En effet, environ 93% des donneurs de sang en Haïti sont des donneurs “familiers”, en d’autres termes, ce sont des personnes qui font don de leur sang parce qu’ils ont un proche hospitalisé qui nécessite une transfusion. Il n’y a que 7% des donneurs qui sont des volontaires, c’est-à-dire qui décident de leur plein gré de sauver la vie des autres, rapporte Jerry Registre, le président de « Konbit San Pou San » (KSPS). « Cette année encore, les objectifs restent les mêmes, sensibiliser la population sur l’importance du don de sang, inverser la situation et augmenter considérablement la quantité de donneurs volontaires », souligne le président de l’association KSPS.

« Beaucoup de gens se plaignent de ne pas pouvoir se procurer du sang pour un proche, alors que très peu prennent l’habitude de faire au moins deux à trois dons de sang par année. Pour trouver du sang, il faut d’abord en avoir! Qui pis est, le Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS) offre la possibilité à tout individu qui fait don de sang au moins 3 fois par an de posséder une carte de donneur avec laquelle il pourra obtenir des services dès qu’il en aura le besoin », rappelle Jerry Registre. « Une population majoritairement jeune et en bonne santé ne devrait pas rencontrer ce genre de problème. C’est pourquoi à travers KSPS, on organise régulièrement des journées de sensibilisation et de collecte de sang afin d’informer la population », souligne M. Registre.

Effectivement, le 14 mai dernier, KSPS a organisé une grande journée de collecte de sang qui s’est déroulée à Banj. Beaucoup de personnes ont fait le déplacement et l’association a collecté près de 53 pochettes. « C’est un chiffre important, mais pas suffisant. Il faut continuer à réveiller la population, à mettre en place un système d’éducation civique solide dans les écoles publiques et privées pour que les jeunes apprennent en quoi consiste le don de sang dans le système de santé publique, et à faire un travail de conscientisation autour de cette problématique », affirme M. Registre.

En cette semaine où, partout dans le monde, on célèbre la journée mondiale du donneur, il faut rappeler qu’en Haïti des gens meurent faute de sang. Il est primordial aujourd’hui de ne pas rester silencieux sur cette question et de lancer le débat. Point besoin d’attendre qu’un ami ou un proche soit en difficulté pour le faire. Donner du sang, c’est sauver une vie. C’est un acte humanitaire. 

Leyla Bath-Schéba Pierre Louis

pleyla78@gmail.com

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