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Haïti : quel avenir ?

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Nous remontons à 1971. Cette année-là François Duvalier, Président à vie mourait dans son lit après avoir assassiné et torturé des milliers d’Haïtiens de tous âges et laissait le pouvoir à un fils de 19 ans qui continuera la danse macabre et les orgies du régime jusqu’en 1986.

En cette année 1971 paraît aux États-Unis un livre au titre bouleversant sous la plume de l’universitaire américain Robert Irwin Rotberg : Haïti :The politics of squalor (Haïti :  La politique de la crasse).

Le tableau d’Haïti en 1971 peint par Rotberg porte les couleurs fortes de « la crasse, de la stagnation, du pillage, de la prédation, de la rapacité, de la brutalité ».

Cinquante ans plus tard, en 2021, le tableau est devenu plus grimaçant. Les intellectuels diraient que Haïti est passé de Charybde en Scylla, c’est-à-dire de mal en pire.

Des milliers de citoyens, en particulier des milliers de jeunes sont obligés de fuir un pays considéré comme un enfer. Une insécurité aveugle et entretenue par de puissants laboratoires, active jour et nuit, lamine sans distinction d’âge ou de sexe,  une société livrée à elle-même, sans État, sans police et sans justice. Le drame de Martissant du 1er décembre où des déséquilibrés assassinent froidement des passagers innocents d’un bus nous rappellent d’autres crimes comme ruelle Vaillant le 29 novembre 1987 ou le 30 septembre 1991. La bête immonde est toujours là.

Dans un tel climat, l’économie haïtienne est asphyxiée : production rachitique, exportations presque nulles, tourisme inexistant, commerce intérieur paralysé, vie culturelle et sociale sclérosée.

Quelle issue pour Haïti  en 2022?

Après l’assassinat le 7 juillet 2021 du Président Jovenel Moïse, dont le mandat avait pris fin depuis le 7 février 2021, Haïti s’est trouvé au bord d’un vide qu’il a fallu combler le plus rapidement possible. Le Core Group regroupant les Ambassadeurs des États-Unis, de la France, du Canada, de l’Espagne, de l’Allemagne, du Brésil, des Représentants des Nations Unies, de l’Organisation des États Américains (OEA) et de l’Union Européenne s’est mis à l’œuvre et le vide a été comblé par le docteur Ariel Henry nommé depuis le 5 juillet par l’ex-président comme Premier Ministre. Ce dernier a d’ailleurs précisé dans la Tribune du grand quotidien américain le Washington Post du 11 octobre 2021 qu’il est l’héritier de Jovenel Moïse qui s’était donné pour mission de doter le pays d’une nouvelle constitution et d’organiser des élections et qu’il entend réaliser ce programme. Tout commentaire est superflu. Apre nou se nou. Comprend qui veut.

Depuis bien avant le 7 juillet, diverses branches de l’opposition politique haïtienne ( partis politiques et organisations de la société civile) avaient entrepris d’échafauder des solutions pour sortir le pays des griffes du Parti Haïtien Tèt Kale de Martelly-Moïse(PHTK) et prendre définitivement une autre voie pouvant permettre au peuple haïtien de connaître une vie meilleure. Différents accords ont vu le jour dont accord de Montana du 30 août 2021 et accord du 11 septembre, celui-là avec le Premier Ministre de facto Ariel Henry, publié dans le Moniteur.

Les Haïtiens ne sont pas seuls à chercher une solution à une crise globale qui date de la chute des Duvalier en 1986 et peut-être bien avant. Des pays du Core Group qui se disent amis d’Haïti se sont montrés particulièrement très actifs dans la politique haïtienne depuis le tremblement de terre de 2010. Il faut souligner que ce Core Group a soutenu le Président Jovenel Moïse qui s’était arrogé le droit de vouloir modifier la Constitution de 1987, de vouloir organiser un référendum interdit par la Constitution et de mettre sur pied un Conseil Électoral Provisoire au mépris des prescrits constitutionnels.

On n’est pas très bien informé des intentions réelles des membres du Core Group en ce qui concerne l’évolution d’Haïti. On peut cependant à la lumière des déclarations,  des comportements essayer de relever certains faits. Depuis 1915 aucun candidat n’accède à l’Exécutif sans la bénédiction des États-Unis sauf Jean-Bertrand Aristide en février 1991. C’est également depuis 1915, que les Haïtiens ont été choisis comme main d’œuvre pour les plantations de canne à sucre, propriété de sociétés américaines en République dominicaine et à Cuba. Une émigration massive s’est poursuivie à partir de 1957 sous la dictature des Duvalier vers les États-Unis pour les travaux 3D ( dirty, dangerous and demeaning :sales dangereux et peu gratifiants) et la République dominicaine comme coupeurs de canne. Rappelons que les différentes administrations américaines de Johnson à Reagan ont soutenu la dictature des Duvalier.

Qu’observe-t-on depuis 2011 ?

Les Ambassadeurs du Core Group ont appuyé l’arrivée au pouvoir d’une équipe de Néo-Duvaliéristes avec Martelly et consorts en 2011. Les Tontons Macoutes sont revenus sous forme de gangs contrôlant les quartiers populaires. Les Tibobo, Boss Pint, Ti Kabich…se nomment aujourd’hui Izo, Barbecue, Ti Lapli, Jouma, Pasousa, Bougòy, Mikanò, Ti Junior, Ti Sourit etc. La police et la justice sont soumises à l’Exécutif. L’insécurité sous forme d’assassinats, vols, viols, kidnappings avec rançons devient le lot quotidien des Haïtiens qui essaient de fuir ce calvaire par tous les moyens. C’est le retour à la barbarie duvaliérienne, revue, corrigée, augmentée.

Comment sortir de ce cauchemar ?

Il existe heureusement une réserve de femmes et d’hommes  à l’intérieur et à l’extérieur du pays qui ont commencé à se mettre ensemble autour d’un programme soutenu par les éléments sains des forces morales, catholiques, protestantes, vodous et des organisations saines de la société civile et orienté vers les changements nécessaires pour un développement équilibré et  durable de notre pays.

Ce programme comprend la formation d’un Gouvernement de Transition qui aura dans sa feuille de routela Conférence Nationale Souveraine qui décidera des modifications à apporter à la Constitution de 1987.

Ce serait un choix heureux si les 6 piliers mentionnés ci-dessous pouvaient constituer la base des nouveaux pouvoirs:

Sécurité( protection des vies et des biens, alimentation, emploi, santé, logement…). La sécurité est indispensable pour une vie sociale normale, pour la protection de la population, pour attirer des investissements , source d’emploi et de revenus…L’État doit veiller à assurer à chaque Haïtien une sécurité sociale en cas d’invalidité, de chômage et de vieillesse. Les 5 autres piliers sont Justice, Éducation, Routes, Énergie et Environnement.

Avec un tel programme, il est possible de conduire Haïti vers cette terre promise rêvée par les chefs du Bois-Caïman le 14 août 1791 et dont 1804 a été une étape. «Haiti politics of squalor » pourra devenir Haïti : “the politics of splendor “.

Damien François

Historien-Politologue

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