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ISPAN, sa mission de sauvegarde est à repenser

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À un moment où le patrimoine bâti devrait aider à attirer les  yeux sur le pays, l’inactivité de l’ISPAN vient alourdir les effets de la carence de musées historiques en Haïti. Créé pour réaliser des études générales de projets de restauration et  pour mettre en valeur des monuments et sites historiques, l’ISPAN semble se perdre dans sa fonction.

En 1979, l’État haïtien transforme par un décret gouvernemental du 28 mars, le Service de Conservation des Monuments et Sites Historiques, fondé par Albert Mangonès sept ans plus tôt en Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN). C’est un organisme technique d’État, mais autonome et sous la tutelle du Ministère de la Culture et de la Communication. En créant cet institut scientifique et technique, l’État haïtien faisait le choix d’émanciper la Conservation du Patrimoine de sa tutelle traditionnelle par rapport au secteur du Tourisme, secteur à l’origine des premières  initiatives de restauration de monuments historiques.

Par la suite, une première législation spécifique sur «les monuments, ruines et souvenirs historiques, les immeubles ou objets mobiliers, sites et monuments présentant un caractère archéologique, historique, artistique ou un autre d’intérêt public est entrée en vigueur. L’ISPAN prit alors la relève des travaux de restauration de la Citadelle Henry et du Palais de Sans-Souci, commencés par le Service de Conservation des Monuments historiques. Ces travaux consistaient essentiellement en la mise hors d’eau, la protection et la stabilisation de ces monuments historiques, avec l’assistance technique de l’UNESCO et un financement du PNUD et du Trésor Public haïtien.

Puis, l’ISPAN a créé le premier inventaire scientifique et objectif des monuments historiques d’Haïti, un projet initié un an plus tôt par l’Office National du Tourisme et des Relations Publiques. Il a lancé également des recherches dans le domaine des archives. L’équipe de l’inventaire s’est concentrée sur la Bibliothèque Nationale, la bibliothèque de Kurt Fisher, celle de Jean Fouchard et des Frères de l’Instruction Chrétienne où était déposé, à l’époque, le fonds documentaire Edmond-Mangonès. Ainsi, il entreprit le rapatriement des cartes et plans de la Colonie de Saint-Domingue déposés aux Archives de la Marine de France et aux Archives de France Section Outre-Mer.

Depuis quelques années, à  l’occasion de la Journée internationale des monuments et des sites, appelées aussi Journée du patrimoine mondial, soit le 18 avril, l’ISPAN ne fait qu’exposer des photographies des sites d’Haïti. Des photos qui ne représentent pas la réalité de certains. Des sites en réhabilitation, mais laissés en chantier (Fort-Jacques), des sites sans guides professionnels (Bassin-Bleu, Petite-Rivière de l’Artibonite, Môle Saint-Nicolas, Marchand), d’autres remplis d’arnaqueurs (les mausolées, les sites religieux). Ils passent sous silence. les sites qui font l’objet de conflits fonciers,  lorsque les habitants se déclarent propriétaires des terres sur lesquelles se trouvent les monuments (Fort-Liberté, les maisons de Dessalines à l’Artibonite). Des monuments se voient dépossédés de leur contenu, tels les boulets de la Citadelle, des pièces du monument de Vertières, les canons des Forts. Aucune mesure de justice n’est prise pour régulariser ces situations embarrassantes aux yeux des accompagnateurs des touristes. Aucune décision n’est prise non plus du côté de l’ISPAN.

Avec la crise où les visites ont diminué jusqu’à disparaître, les sites sont abandonnés à leur triste sort. Ce qui amplifie les vols des canons et autres curiosités des sites. Dans certains endroits, les habitants ignorent complètement l’historicité des monuments. Ils se moquent des touristes ou ils leur vendent des objets à des prix exorbitants, croyant que seuls les riches peuvent faire du tourisme. L’absence de la culture du tourisme local détruit la grandeur des sites et les fait passer pour des constructions inutiles.

L’ISPAN est aujourd’hui à un carrefour particulier de son histoire où il doit prendre en compte l’importance de l’histoire d’Haïti aux yeux du monde. Sa mission de sauvegarde du patrimoine est à repenser et à améliorer. Avec son actuel directeur, Mr Patrick Durandisse, nous espérons une autre forme de commémoration de la Journée du patrimoine mondial par la prise en charge des différentes formes de patrimoines haïtiens.

Genevieve Fleury

genevievef359@gmail.com

References: Bulletin de l’ISPAN, no 8, janvier 2010

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