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Alibée Féry, le premier à mettre sur papier les histoires de Bouki et Malis

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Krik Krak !!! Qui d’entre nous n’a pas encore écouté l’une de ces fameuses aventures de Tonton Bouki et Ti Malis, ces deux personnages fictifs qui ont totalement secoué de rire notre enfance ? Issus de l’héritage culturel colonial, les comiques aventures de Bouki et Malis étaient l’une des précieuses distractions de nos parents esclaves à Saint-Domingue.

Racontés de génération en génération, ces contes n’avaient jamais été écrits jusqu’à ce que le conteur Alibée Féry le fasse. Comme on le dit souvent : “Les paroles s’en vont, mais  les écrits restent !” Et grâce au geste d’Alibée, la sauvegarde de ce patrimoine est assurée !Né Anasthase Alibée Féry, il porte plusieurs chapeaux dans le monde de la littérature, en effet il est conteur, dramaturge, romancier, poète et essayiste. Il a vu le jour le 28 mai 1818 dans la ville de Jérémie.

Fils unique au milieu de sept sœurs, Alibée est fils de Jacques Honoré Fery, un trésorier de l’État et d’Elmire Payas. De sa formation académique, on ne sait pas grand-chose, toutefois certaines personnes avancent qu’il était un autodidacte car en matière d’écriture, il s’est formé seul par la lecture.

Il a fait un bref passage dans la sphère politique haïtienne. Suite à son implication dans le renversement de Boyer en 1843, il a gagné le titre de Général mais on ignore s’il a réellement exercé dans l’armée. Toutefois, la politique ne l’a jamais séduit. Alibée était un amoureux des lettres et de l’imaginaire. Il se plaisait à lire tout ce qu’il trouvait à sa portée. Les activités littéraires occupaient tout son temps et prenaient beaucoup d’espace dans son quotidien.

Alibée est connu pour sa poésie mélancolique, ses vers enivrants et ses contes qui reflètent la réalité, les superstitions, les croyances et les mœurs haïtiennes. Ses histoires tirées du folklore haïtien et  et dont les couleurs locales provoquent le rire, amusent mais  incitent également à la réflexion. Il a publié en 1876, son premier ouvrage « Essais Littéraires » en 4 fascicules ; il a aussi publié un recueil de poèmes : « Les Bluettes » ; un roman : « Les Echantillons » ; un roman historique : « Les Esquisses » et un conte : « Fils du chasseur » qui figure parmi ses chefs-d’œuvre. Il a notamment publié plusieurs œuvres dans les principaux journaux du XIXème siècle. L’originaire de Jérémie a également le mérite d’avoir été le premier à mettre sur du papier les populaires contes Bouki et Malis.

On entend souvent parler des contes Bouki et Malis, étant enfant, un parent ou un ami nous a sûrement déjà raconté quelques mésaventures de ces messieurs, mais combien d’entre nous savent réellement d’où nous proviennent ces histoires comiques ? Comme la majorité des éléments de notre culture, ces contes nous viennent d’Afrique et ils ont traversé l’océan sur les bateaux négriers avec nos ancêtres. Ainsi Bouki et Malis tirent leurs origines des traditions orales africaines, principalement du Sénégal.

Au Sénégal et dans d’autres pays africains, Bouki et Malis prennent des formes animales. Bouki, décrit comme un imbécile est représenté comme une hyène affamée et maigre, alors que Malis, rusé, malicieux et intelligent est représenté par un lièvre. Dans les Antilles, notamment en Guadeloupe et en Martinique, Bouki est associé à un félin : et Malis à un lapin. Par ailleurs, chez nous, en Haïti, ils prennent des formes humaines et entretiennent une relation oncle-neveu. Très souvent, Malis fait des misères à Bouki qui est incapable de faire  la moindre réflexion juste et de voir plus loin que le bout de son nez. Contées en Haïti sous le nom de Istwa Bouki ak Malis, ces histoires figurent parmi nos plus fiers patrimoines culturels oraux. 

Au temps de la colonie, les esclaves de Saint-Domingue se réunissaient à la tombée de la nuit pour se raconter des histoires imaginaires  venues de leurs racines africaines, de leurs croyances, de leurs peurs, et de leurs superstitions. Ainsi, le soir, après avoir fini leurs corvées, ils se réunissaient souvent près des cases pour se raconter des histoires comiques et faire des devinettes (tire kont). La fatigue, la douleur, les coups de fouets disparaissaient presque, quand venait l’heure de crier à l’unisson : “Krik, Krak” et de commencer à se conter des histoires les unes plus drôles que les autres. Et ces histoires d’un humour lugubre leur arrachaient des éclats de rire, leur faisant presqu’oublier leurs vieilles misères. 

Aujourd’hui, si la majorité des Haïtiens et Haïtiennes connaissent ces histoires, c’est parce que, même après l’Indépendance, nos aînés ont continué  à nous les transmettre de manière orale. En effet, ces contes existent depuis longtemps mais personne avant Alibée n’avait pensé à les mettre sur  papier pour les conserver à travers les âges. Nous devons bien à Alibée Féry la sauvegarde de ces contes qui continuent d’une humble manière à enjoliver nos vies.

Leyla Bath-Schéba Pierre Louis

Pleyla78@gmail.com

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