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La similitude culturelle entre Haïti et le Brésil, l’illusion des migrants haïtiens

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Les peuples haïtien et brésilien sont très liés du point de vue culturel. La majorité des Haïtiens partagent un sentiment affectif pour le football brésilien. Ce sentiment peut être compris comme l’une des particularités qui conditionnent le départ de la plupart de nos compatriotes vers le pays de Pelé, Ronaldo et Ronaldinho. En 2004, c’est cette même particularité qui explique le fait que les gouvernements haïtien et brésilien ont recouru à la diplomatie du football en vue de faire régner la paix au pays.

Dans le cadre de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH) de 2004 à 2017, qui a amené une forte présence de soldats brésiliens dans le pays, les deux peuples se sont davantage rapprochés. Les Haïtiens ont appris à mieux connaître le Brésil et, à travers ses militaires, ont pu un peu découvrir la nation brésilienne.

Les peuples haïtien et brésilien sont liés par leurs racines africaines. Cela nous ramène d’ailleurs, à la période de la découverte de l’Amérique, puis à la colonisation et à la décision des Espagnols, des Français et des Portugais de faire venir des Noirs d’Afrique pour remplacer les Indiens. Le vaudou d’Haïti et la macumba ou le candomblé du Brésil se fondent dans un syncrétisme remarquable, car à l’époque coloniale les Noirs étaient forcés par les Européens d’accepter le christianisme et étaient obligés de se prosterner devant les images chrétiennes. Mais, fidèles à leurs croyances, ils donnaient à ces images une signification autre.[1] En outre, la danse folklorique haïtienne et la samba brésilienne se ressemblent beaucoup. C’est l’un des aspects sur lequel les Haïtiens et les Brésiliens se retrouvent le plus.  D’ailleurs, il y a le Festival de danse organisé par l’Ambassade du Brésil en Haïti et le Projet Aochan Créole de Viva Rio.

Néanmoins, malgré toutes ces similitudes, les immigrants haïtiens ne sont pas épargnés par des actes de xénophobie et de discrimination. Nous pouvons observer deux faits,  d’un côté la concurrence déloyale et de l’autre ce qui est lié à la situation géographique, qui peuvent expliquer ce problème entre les immigrants haïtiens et les citoyens brésiliens.

En effet, le Brésil est culturellement divisé en deux parties avec les Blancs essentiellement au Sud et les Noirs particulièrement au Nord. On pourrait imaginer que le Nord soit la partie idéale pour accueillir les migrants haïtiens. Mais au niveau économique, le Brésil étant un pays très inégalitaire, ces derniers ont dû opter pour les villes qui offrent les meilleures conditions. Or, celles-ci se trouvent dans le Sud et le Sud-est, et quelques-unes au centre du pays. Par conséquent, ils y subissent régulièrement de mauvais traitements.

Les migrants haïtiens constituent une main-d’œuvre concurrentielle prête à accepter les conditions précaires de l’emploi informel et de basses rémunérations, surtout après la période de récession de 2015. Tel est le cas des migrants haïtiens. Il est vrai que le gouvernement brésilien a ouvert sa porte à Haïti, mais la société brésilienne ne le voit pas d’un très bon œil. Nos compatriotes acceptent d’être embauchés quelles que soient les conditions, à un moment où les Brésiliens sont en lutte pour l’amélioration de leurs conditions de travail. Cela crée des situations difficiles entre migrants et population locale, qui fragilisent encore plus nos compatriotes.

Certains propos discriminatoires se sont multipliés sur les réseaux sociaux. Citons par exemple : « Nous n’avons déjà rien, qui va donner aux autres ? Les gens croient que São Paulo est la seule planche de salut ! » Sachant que la majorité des Haïtiens se trouvent à Sao Paulo, ou encore : « Comme s’il ne suffisait pas qu’on subisse les Nordestins… et maintenant il y a ceux-là ? »[2] . Ils se réfèrent ici aux Noirs brésiliens.

S’il est vrai qu’il y a plus d’opportunités économiques  dans le Sud du Brésil, il n’en demeure pas moins qu’il n’y a pas trop de similitude entre la culture de cette région et celle d’Haïti qui se rapproche beaucoup plus des pratiques culturelles au Nord de ce pays. Il convient de noter que le Brésil est culturellement divisé en deux parties avec les Blancs essentiellement au Sud et les Noirs particulièrement au Nord. Et c’est là que se réside toute l’illusion haïtienne au niveau culturel.

Par Eddy Junior BONET


[1] Stanley Péan, « Vodou et macumba chez René Depestre et Mario de Andrade », in article Érudit, 1993, https://www.erudit.org/en/journals/etudlitt/1993-v25-n3-etudlitt2248/501014ar.pdf

[2] Marie Caroline Saglio-Yatzimirsky, Ana Gebrim, «« Nouvelles migrations » au Brésil : des représentations de l’accueil aux formes contemporaines de racisme ».

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