Pendant des années, une partie de la société haïtienne a accepté les dérives de Pasapasa au nom d’un combat qu’elle considérait plus important : son opposition ouverte à l’acceptation de l’homosexualité en Haïti. Beaucoup savaient qu’il était vulgaire. Beaucoup savaient qu’il dépassait constamment les limites du respect, de la décence et de la dignité humaine. Pourtant, malgré les insultes, les humiliations publiques, les propos dégradants et les comportements souvent violents, une partie du public continuait de le soutenir, de le partager et parfois même de le défendre.
Pourquoi ?
Parce qu’au fond, il représentait pour certains une voix contre un changement social qu’ils redoutaient davantage que la violence elle-même.
Et c’est là que le malaise devient profond.
Car il faut avoir le courage de poser cette question : comment une société peut-elle se montrer aussi sévère envers l’orientation sexuelle d’une personne, tout en devenant étrangement tolérante face à des discours liés à la violence contre les femmes et les enfants ?
Le choc est devenu encore plus brutal lorsque cet homme a lui-même raconté publiquement des faits extrêmement graves concernant sa propre fille. Des propos qui évoquent des gestes à caractère sexuel impliquant une enfant mineure.
Dans n’importe quelle société consciente de la valeur de l’enfance, de tels aveux devraient immédiatement provoquer une indignation collective unanime. Non pas un débat politique. Non pas un affrontement idéologique. Non pas des rires dans les commentaires. Mais une prise de conscience brutale de la gravité de certaines paroles.
À cela s’ajoutent ses déclarations affirmant qu’il battait des femmes pour obtenir des relations sexuelles. Là encore, le problème dépasse l’individu lui-même. Ce qui inquiète, ce n’est pas seulement qu’un homme puisse prononcer de telles paroles publiquement. Ce qui inquiète davantage, c’est le nombre de personnes prêtes à banaliser ces propos parce qu’elles se reconnaissent dans ses autres prises de position.
Comme si la haine de certaines minorités suffisait à effacer tout le reste.
Comme si défendre une prétendue morale donnait automatiquement le droit de piétiner la dignité des femmes et la sécurité des enfants.
Cette affaire révèle une contradiction douloureuse de la société haïtienne : nous condamnons parfois plus facilement ce qui dérange nos traditions que ce qui détruit réellement des êtres humains. Nous sommes occasionnellement plus choqués par deux personnes qui s’aiment que par des discours de violence, d’humiliation ou d’abus. Et cette hiérarchie morale devrait profondément nous interroger.
Le véritable danger n’est peut-être même plus cet homme. Le véritable danger réside dans notre capacité collective à transformer certaines violences en spectacle acceptable tant qu’elles sont prononcées par quelqu’un qui parle “comme nous”, pense “comme nous” ou attaque ceux que nous refusons encore de comprendre.
Une société ne se mesure pas seulement à ses lois ou à ses discours religieux. Elle se mesure surtout à ce qu’elle protège en priorité. Si nous devenons capables de tolérer des paroles qui banalisent la violence sexuelle, les abus sur mineurs ou les agressions envers les femmes simplement parce que leur auteur défend certaines idées populaires, alors nous devons accepter une vérité dérangeante : le problème n’est plus seulement individuel, il devient collectif.
Et aucune société ne peut espérer guérir lorsqu’elle choisit ses indignations selon ses préférences idéologiques plutôt que selon la gravité réelle des actes.
kikha Tassy
