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Le financement des élections par l’international, peut-il contribuer à faire avancer la démocratie?

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La démocratie est, depuis maintenant plusieurs décennies, la forme de gouvernement majoritairement adoptée dans le monde. Ses éléments moteurs qui sont l’organisation d’élections ou l’alternance politique sont parmi les premiers à être mis en avant pour catégoriser les régimes politiques. Des pays en retard d’équipements reçoivent de l’aide de l’international pour organiser leurs élections et pour certains, c’est une pratique qui tue la démocratie.

En Haïti, l’aide internationale pour la réalisation des élections et la promotion de la démocratie est monnaie courante. Depuis la Constitution de 1987 qui requiert des élections universelles directes pour renouveler les représentants au niveau exécutif, législatif et des collectivités locales, et des élections indirectes pour le renouvellement des Assemblées départementales, les élections pèsent très lourd sur le budget national (Haïti). Tous les deux ans, le Sénat de la République doit être renouvelé par tiers, et la Chambre des Députés tous les quatre ans. Quoique non réalisées régulièrement, les élections constituent un casse-tête quand il s’agit de les financer, et la communauté internationale est une première option à laquelle pensent les dirigeants. 

Lors d’une interview accordée au journal ‘’Le Quotidien News’’, Edouardo Massena, diplômé en Sciences Politiques, explique que l’appui des étrangers pour la réalisation des élections en Haïti n’est pas seulement financier, et peut prendre diverses formes. « L’appui peut être financier, ou technique avec l’envoi de techniciens, d’experts et autres consultants. Il peut aussi être apporté au moyen de l’envoi de matériels qui serviront soit pour faciliter le vote des citoyens, soit lors des dépouillements pour un meilleur décompte des voix », dit-il.

Pour lui, le financement électoral par les partenaires habituels d’Haïti en la matière contribue bien plus à accentuer la mainmise internationale sur le pays qu’à l’avancement de la démocratie. « L’international finance des élections, mais non sans conditions. En proposant un financement pour la tenue des élections, la communauté internationale impose également un ensemble de mécanismes, de balises dont le respect conduit directement à l’élection d’un président en leur faveur. Cette situation nous force à nous poser une question fondamentale : en l’absence de la mainmise internationale, n’aurions-nous pas des élections plus équitables ? Il est clair que l’international pèse d’un poids considérable sur les élections et leurs résultats dans le pays », dit-il.

Cependant, le politologue n’entend pas faire un procès d’intention à la communauté internationale. « Si nous voulons tenter une approche différente, avance-t-il, on pourrait supposer que le financement international pour la réalisation d’élections vient d’une volonté réelle de la communauté internationale de contribuer à un changement dans le pays, parce qu’elle veut promouvoir la démocratie en tant que régime politique, la pérenniser ».

Démocratie et financement étranger des élections

Pour Edouardo Massena, le financement des élections par l’international contribue à maintenir le pays dans un état de dépendance. « Pour savoir, dit-il, si l’appui étranger peut contribuer à faire avancer la démocratie dans un pays, il faut d’abord se demander de quel pays il s’agit, et quels sont ses intérêts. Si l’on prend l’exemple des États-Unis d’Amérique, selon plusieurs chercheurs, ils essaieront de maintenir le pays dans un état de dépendance où il sera très peu probable de progresser. C’est aussi le cas de la France, et les reproches sont légion la concernant sur le continent africain ». Selon lui, avec l’ensemble des aides étrangères, le pays reste dans son état de dépendance, et aujourd’hui face à la crise aigüe à tous les niveaux, l’aide étrangère est une première référence. 

D’un autre côté, Gelinas Jacques, sociologue tiers-mondiste, dans son article « Et si le Tiers Monde s’autofinançait : De l’endettement à l’épargne », utilise le terme « aidocratie » pour caractériser cette dépendance accrue de certains pays par rapport à l’aide étrangère. Pour Sandy Larose, enseignant-chercheur à l’Université d’État d’Haïti, « L’autocratie est un pouvoir fondé sur le vol et l’escroquerie. Dans cette même veine, l’Occident construit Haïti comme la première République de mendiants de l’hémisphère. Les dirigeants sont pris dans le piège. Le discours est simple : On ne peut rien sans l’aide internationale. De nos jours, les spécialistes en projets se substituent aux hommes de konbitou les groupements paysans de type tètkole » (Financer les élections pour tuer la démocratie en Haïti).

Selon Sandy Larose, le financement des élections débouchera sur une « infirmité morale de la nation haïtienne et la démocratie n’aura aucune chance de survivre ». « L’adage selon lequel ‘qui finance, commande’ prend corps dans le processus électoral en Haïti (‘qui finance, choisit’). Le niveau d’implication de la communauté internationale dans le choix des leaders est en corrélation avec le niveau du financement. Il n’y a pas lieu de parler d’élection crédible, honnête et démocratique quand l’argent vient de l’extérieur. Mais aussi, on ne saurait parler de démocratie si le peuple qui doit choisir ses dirigeants est exclu d’avance du processus. Haïti a les moyens économiques et techniques adéquats pour réaliser toute seule les élections », écrit-il.

Clovesky André Gérald PIERRE

cloveskypierre1@gmail.com 

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