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Lencia Délisca dit non au machisme

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Lencia Delisca, jeune femme de vingt et un ans, remet en question les pensées sexistes et machistes à la base de cette construction sociale où les femmes ne sont pas respectées à leur juste valeur. Pour révolutionner ces pensées, selon elle, il faut commencer tout d’abord dans les familles.

Le 27 juin dernier, Lencia Delisca a fêté son vingt et unième anniversaire. Benjamine d’une fratrie de six enfants, la jeune femme pleine de détermination a grandi dans une famille monoparentale. Enfouie dans sa solitude malgré la présence constante de ses frères et sœurs, Lencia atteint  très tôt la maturité d’esprit. « Les gens disaient de moi que j’étais déjà une adulte à mon jeune âge parce que je faisais preuve d’une grande maturité. Ti pitit sa fèt tou granmoun, disaient-ils », déclare Lencia en riant au téléphone.

En effet, Lencia, la plus jeune de sa maison, n’était pas à même de participer aux jeux et bavardages de ses aînés. « L’écart d’âge était beaucoup trop grand entre eux et moi. Donc c’est normal qu’ils n’aient pas voulu jouer avec moi », dit l’originaire de Delmas de manière consciencieuse. Avec une mère à tout faire, assumant les deux rôles parentaux , Lencia n’avait personne avec qui elle pouvait s’éclater. « Même à l’école j’étais toujours introvertie, toujours dans mon monde à part », ajoute la bachelière du Lycée de jeunes filles.

Son point de vue sur le machisme en Haïti

Le machisme qui  revendique la supériorité masculine aux dépens des femmes est un culte qu’il faut combattre dans la société, selon les dires de la PDG de LenceMakeArt, école de mode et d’art, Lencia Délisca. « C’est une aberration de croire qu’il y a une quelconque supériorité de l’homme sur la femme. Cette inégalité est établie par une construction sociale démodée qu’on doit remettre en question », affirme Lencia qui croit que les femmes, notamment les mères de famille, ont largement contribué à la pérennisation de ce mode de fonctionnement.

 « Ce sont des mères de famille qui, dans leur manière d’élever les enfants, ont laissé croire aux jeunes garçons qu’ils sont plus importants que les filles. Pourquoi le jeunot est tranquille devant la télé pendant que la fillette se tape toutes les vaisselles et les tâches ménagères ?  Pourquoi ne sont-ils pas servis à table de la même manière avec les mêmes ustensiles ? Pour aller plus loin, pourquoi est-ce normal que les jeunes hommes clament leur succès auprès des femmes et que nous autres nous ne pouvons même pas en parler parce que la société va nous traiter de putes ? », remet en question la jeune entrepreneure frustrée, qui pense en conséquence que les pensées religieuses ne sont pas anodines dans l’éducation de ces mères de famille. « Ce n’est pas que j’ai une vision péjorative des femmes au foyer. Mais, je crois que ce doit être un choix, pas une obligation. Car, la jeune fille a le droit de mener  sa vie à son gré », précise Lencia Délisca, animatrice de la Troupe du groupe scout Néhémie le bâtisseur.

Et comme conséquence de cette éducation familiale déplorée par l’étudiante en sciences juridiques, Lencia Délisca, les hommes se croient tout permis aux dépens des femmes. « Les hommes considèrent la femme comme leur bien qu’ils croient avoir le droit de traiter sans aucun respect. Quelle que soit la raison, ils n’ont pas le droit de violenter une femme. S’il y a un problème, on peut en discuter comme deux êtres humains raisonnables », tance Mlle Délisca qui désapprouve le système judiciaire haïtien dans sa  manière de rendre la justice en Haïti, notamment dans les cas de violence conjugale.

Comment combattre ce phénomène ?

« Comme je l’ai dit tout à l’heure , ce phénomène est dû à une construction sociale qui  a son origine dans la famille. Donc, il faut commencer à la base pour solutionner ce problème. Le jeune garçon peut tout aussi bien faire les vaisselles, partager les tâches ménagères dans le foyer. C’est une question de propreté, ce n’est pas une affaire de femme ou de genre », soutient l’ambassadrice de Delmas de la Coalition de la jeunesse haïtienne, Lencia Délisca. Elle affirme plus loin que les femmes doivent être jugées à leur juste valeur. « On doit laisser de côté les stéréotypes sur le genre et apprécier la femme pour ce qu’elle vaut, pour son travail », désire Lencia qui fait son plaidoyer pour l’équité de genre en Haïti.

Par ailleurs, la PDG de LenceMakeArt école de mode et d’art, Lencia Délisca, se voit comme une femme politique  importante contribuant au développement de la société. En effet, la jeune femme assume brillamment la fonction de responsable de communication du Comité national du Rassemblement étudiant MTV Ayiti.

En dépit de son jeune âge, Lencia, passionnée de  mode et d’écriture, inspire énormément ses étudiantes à LenceMakeArt ainsi que ses élèves car elle est aussi institutrice. « Je conseillerais aux jeunes filles de croire en elles et d’investir dans leur rêve », conclue cette jeune femme très prometteuse dans ce numéro Être Femme Haïtienne.

Statler Luczama

Luczstadler96@gmail.com

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