ven. Juil 1st, 2022

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Les féministes ont marqué la date symbolique du 3 avril et ont fait passer leurs revendications !

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Le 3 avril dernier, des centaines de femmes ont foulé le sol de Port-au-Prince pour porter leurs revendications. Devant le Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF), diverses associations féministes se sont réunies et ont uni leurs voix pour exiger, entre autres, la sécurité, un salaire équitable et de meilleures conditions de travail. Plusieurs activités ont été entreprises pour marquer cette journée du 3 avril qui symbolise une date importante dans l’histoire du féminisme haïtien.

Cette journée particulière dans l’histoire du féminisme national ne marque guère le début de la lutte des femmes pour l’exercice de leurs droits. Le mouvement des femmes haïtiennes  existe depuis bien avant et il a pris diverses formes à travers le temps. Cependant, avec l’instauration de la dictature des Duvalier, les féministes ont été persécutées, exilées ou tuées, ce qui a peu à peu étouffé et dispersé le mouvement des femmes haïtiennes. 

Cette date rappelle un événement important. En effet, le 3 avril 1986, un mois après la chute du régime duvaliériste, des Haïtiennes de partout se sont mises ensemble et d’une seule voix ont exigé le respect de leurs droits en tant que femmes et en tant qu’êtres humains. Environ 30 000 femmes ont marché à travers les rues afin de réclamer leur liberté et leur droit de participer à la vie politique, sociale et économique du pays. À partir de ce jour, le 3 avril s’inscrit dans les calendriers comme la Journée nationale des droits des femmes haïtiennes.

Cette année, dans le cadre de cette Journée, les organisations féministes « Nègès Mawon » et « Marijàn », en collaboration avec diverses autres associations féministes, ont organisé un « flashmob », devant le Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF). Plusieurs générations de femmes ont répondu à l’appel. Pancarte en main, elles ont réclamé  l’égalité en droit, le droit de disposer de leurs corps et le droit à la vie !

Selon Johanne Joseph, membre de « Nègès Mawon », le « flashmob » était, entre autres, un moyen de faire passer diverses revendications. « Nous ne faisions pas que danser, chacun de nos mouvements faisait passer un message. Cette année, nous protestions contre l’insécurité  sous toutes ses formes et revendiquions notre droit de travailler et de percevoir un salaire équitable, et de vivre comme des êtres humains », déclare la jeune dramaturge. Elle a souligné que la lutte féministe aujourd’hui est une lutte pour la liberté, le bien-être et le bonheur.

Les militantes ont profité de l’occasion pour rappeler aux autorités et à tous ceux qui font semblant de ne pas comprendre, le nombre élevé de femmes victimes de violences quotidiennement en Haïti. « Nous avons tenu à rappeler que, tous les jours, des femmes sont victimes de viols, de coups et de féminicides dans les quartiers défavorisés, personne n’en parle, ces crimes sont passés sous silence. Nous avons tenu à rappeler que lorsqu’on parle des droits des femmes, on parle également des droits humains, car les femmes sont avant tout des êtres humains »,  déclare Johanne Joseph.

La lutte pour les droits des femmes est une lutte continue. En ce sens, « Nègès Mawon » organise une série d’activités du 3 au 17 avril, toujours dans le cadre de la Journée nationale des droits des femmes. Une quinzaine d’activités sont programmées dans le but de marquer cette date symbolique.  Des causeries sont à l’affiche, en particulier avec des femmes qui étaient présentes le 3 avril 1986, comme Daniel Magloire, Marie Jocelyn Lassègue. « Mwen te la », une façon de montrer à la génération d’aujourd’hui les avancées qui ont été faites dans le cadre de la lutte et le travail qu’il reste à faire. En dehors de ces activités, il y également la parution d’un livre « Alaso 2 », toujours dans le cadre du combat pour l’exercice des droits des femmes.

Johanne Joseph conclut en disant : « Je suis toutefois désolée de constater que le 3 avril 2022, tout comme le 3 avril 1986, les attentes restent les mêmes. Certes, il y a beaucoup de changements, mais c’est dommage qu’aujourd’hui on se batte encore pour que les droits de tous soient respectés, pour que les femmes puissent avoir la place qu’elles méritent au sein de la société haïtienne. Mais, croyez-moi, nous ne sommes pas fatiguées par ce combat, nous allons nous battre jusqu’à ce que les droits des femmes soient complètement respectés en Haïti ». 

Leyla Bath-Schéba Pierre louis

pleyla78@gmail.com

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