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PNH : un patrimoine en decrescendo

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Selon toute évidence,  il semble  impossible de faire cohabiter les forces armées d’Haïti (FAD’H) avec la Police nationale d’Haïti (PNH). À son retour  d’exil,  l’ex-président Aristide, a pris la décision de dissoudre l’armée et d’instituer la police. Arrivé au pouvoir, Jovenel Moïse est en passe de faire le chemin inverse. Il a réinstauré l’armée et la PNH est en train de s’effondrer.

Est-ce qu’il existe un lien  de cause à effet dans ce qu’est en train de vivre l’institution policière avec cette velléité de remobiliser les forces armées d’Haïti ? Aucune donnée ne peut le confirmer pour l’instant. Mais une chose est plausible : la PNH est à l’agonie alors qu’on a le sentiment que l’exécutif  ne s’en soucie guère. Quand les policiers sont défaillants, l’exécutif a recours à l’armée. Il prend des textes de loi pour justifier l’intervention de l’armée dans les affaires civiles et/ou criminelles. L’armée devient le backup incontournable. C’est peut-être aussi la remplaçante adéquate pour la PNH ! 

On a beaucoup insisté sur le fait pour le pouvoir de montrer qu’il n’a aucun rapport avec les gangs constitués et organisés.Il préfère plutôt gouverner dans le doute en laissant toutes les institutions s’écrouler. Même la PNH n’est pas épargnée.

Deux syndicats, un groupe rebelle et la police se retrouve éclatée. Léon Charles prenant la tête de l’institution il y a environ 5 mois a tout envenimé. Sous son règne, on a enregistré les faits les plus regrettables de l’histoire de cette institution. On lui reproche tout, en particulier sa relation rapprochée avec les gangs, son laxisme laissant la politique éclater en mille morceaux la PNH, son incompétence favorisant une sorte de dressage des policiers contre leurs collègues,  sa volonté de persécuter certains agents. La liste est longue, les critiques sont de taille. Lui, il reste accroché à son égo et la PNH à ses mésaventures.

Diriger, c’est prévoir. Commander, c’est dominer. Mais, comment dominer si vous n’inspirez pas confiance ? Le fiasco du village  a tout chambardé. Trop de choses demeurent louches. Outre les cadavres des policiers abandonnés, il y aurait des policiers portés disparus sur lesquels le DGPNH éteint les feux des projecteurs, aux dires des familles n’ayant pas vu leurs enfants depuis lors. C’est comme si le haut commandement ne savait pas exactement combien de policiers faisaient partie de l’opération. 

Le groupe Fantom 509 existait bien avant le carnage du village. On a la sensation que son irruption après ce massacre tient lieu de diversion pour réorienter l’opinion publique. Aucune communication officielle sur les révélations de la société civile dénonçant le sacrifice de Carl Hebry Boucher, le transfert sans audition de l’ex DDO Paul Ménard, du voyage suspect des deux responsables du drone de l’opération, etc. À présent, on se fixe sur Fantom 509 comme s’il était la cause de l’implosion de la PNH.

On est arrivé à ce stade où des policiers commencent à s’entretuer, où un syndicat est pourchassé ; à ce niveau où des policiers sont renvoyés sans un rapport de l’IGPNH, où se trouve menacé un groupe armé extrêmement dangereux qui, jusqu’à cette heure, fait partie du corps de la police. Tout cela plonge l’opinion publique dans la perplexité. Le RNDDH indique que les policiers fantom 509 sont disséminés dans toutes les unités de l’institution, est-ce que cette pratique de les déclarer terroristes et criminelles suffira ? Autrement dit,  Est-ce-que cela ne contribuera pas à attiser le feu au niveau d’une PNH suspendue à un bout de fil?

Cette organisation criminelle, comme on la nomme, rappelez vous qu’elle est apparue au même moment qu’avait lieu la bataille des policiers réclamant le droit d’avoir un syndicat. Maintenant voici que le syndicat est menacé, que ce groupe aussi est menacé par un haut état-major  dont la population exige la tête.  N’ayant que 26 ans d’existence, la PNH qui essaie de cohabiter avec l’armée est en passe de disparaître sous  le regard complice des dirigeants qui se gargarisent de leur pouvoir avec arrogance, et orgueil. À ce carrefour, seul le haut état-major pense pouvoir redresser la barre par la force.

La barque est sur le point de couler et l’on ne sent pas la volonté du côté des dirigeants  de sauver ce patrimoine sur le point de voler en mille éclats. L’heure est à l’urgence, agissons sur tous les fronts pour sauver la PNH.

Daniel Sévère

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