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Région métropolitaine de Port-au-Prince : une vulnérabilité hydrique de plus en plus inquiétante

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La question de l’eau, en particulier de l’eau potable, pèse d’un grand poids  pour les ménages à Port-au-Prince et ses environs. Au niveau macro, la vulnérabilité hydrique  guette la plupart des villes du pays où les ressources en eau sont laissées sans contrôle par l’État.

 Le prix de l’eau potable a beaucoup grimpé depuis la dernière crise de carburant en septembre 2022. De huit gourdes environ début septembre, le prix d’un gallon d’eau potable est passé à quinze gourdes dans la région de la Plaine du Cul-de-sac. Pour la région métropolitaine de Port-au-Prince qui dépend presqu’entièrement des réserves sous-terraines de la Plaine du Cul-de-sac, le prix du gallon dépasse désormais les trente gourdes. Pour une population de plus en plus vulnérable face à la grande crise du pays, le stress hydrique est une réalité.

« Avec 11,1 millions d’habitants, dont 53,5% en milieu urbain, un potentiel en eau renouvelable estimé entre 12 et 14 milliards de m³ par an, Haïti fait déjà face à un important stress hydrique », avaient indiqué des experts de l’Association des Études Haïtiennes (HSA) dans un document produit en 2016 intitulé:« Apport de la recherche universitaire à la compréhension du stress qualitatif et quantitatif de l’eau en Haïti ».

Avec la dégradation des bassins versants qui réduit le débit des sources, des rivières et la réalimentation des nappes phréatiques, la contamination des ressources en eau souterraine des aquifères côtiers, notamment celles de la Plaine du Cul-de-Sac, et les eaux usées qui sont rejetées le plus souvent dans les écosystèmes aquatiques sans aucun traitement préalable, le pire reste encore à venir. Mais la question de l’eau ne semble pas être une priorité dans les politiques publiques.

Un urbanisme inversé qui demande des comptes

La région métropolitaine de Port-au-Prince, concentrant près de la moitié de la population du pays, manque cruellement de ressources pour assurer  de bonnes conditions de vie à ses habitants. Neptune Prince, enseignant-chercheur à l’Université Quisqueya, Docteur en Urbanisme et aménagement du territoire, estime que l’urbanisme en Haïti présente de nombreuses anomalies, et l’augmentation de la population dans les villes contribue à aggraver le phénomène. Selon le Professeur qui intervenait le 16 janvier au journal « Premye okazyon » de la Radio télévision Caraïbes, l’urbanisme inversé écarte toute possibilité d’aménagement du territoire. Avec des quartiers qui se développement au fur et à mesure pour créer des villes et des bidonvilles, le procédé « Planifier, rendre viable, puis habiter » n’est point.

« Hors mis les villes coloniales, Belladère, et Marchand, toutes les villes haïtiennes se sont constituées après avoir été des quartiers qui sont développés graduellement », explique le Professeur. Selon lui, un ensemble de politiques adoptées par les différents Gouvernements depuis les années 1940 ont provoqué un exode rural, faisant de la région métropolitaine de Port-au-Prince le lieu où se concentrent la moitié de la population du pays. « Port-au-Prince est passé de moins d’un million d’habitants au début des années 1970 à deux millions dans les années 90, et aujourd’hui près de 5 millions », a rappelé l’enseignant-chercheur.

La question de l’eau potable est devenue peu à peu un véritable défi pour cette masse urbaine grandissante, et présente de sérieux risques pour les enfants en particulier. « Les enfants en sont les premières victimes. Quand les puits s’assèchent, ce sont les enfants qui manquent l’école pour aller chercher de l’eau. Quand il y a moins à manger à cause de la sécheresse, les enfants souffrent de malnutrition et de retards de croissance. Quand il y a des inondations, les enfants sont atteints de maladies transmises par l’eau. Et quand les ressources en eau diminuent, les enfants ne peuvent se laver les mains pour se protéger des maladies », pouvait-on lire dans un communiqué de presse de l’UNICEF, « un enfant sur cinq dans le monde n’a pas assez d’eau pour la vie de tous les jours », publié le 18 mars 2021.

« En Haïti, 25% de la population n’ont pas accès à des sources d’eau améliorées, 45% en milieu rural et 8% en milieu urbain », avait également fait savoir l’UNICEF dans ce communiqué. Cependant, les politiques publiques des différents Gouvernements n’intègrent pas des réponses à ce phénomène.

Tandis que les rapports scientifiques se multiplient sur les différents éléments de crise dans le pays, les Gouvernements continuent à élaborer leurs politiques publiques sans l’apport des universités du pays. Pour le Professeur, les politiques publiques ne doivent pas simplement se  fonder sur l’opinion publique, mais sur le résultat des travaux scientifiques. « Les données sont là. Les résultats scientifiques sont là. À l’État maintenant d’en tenir compte », a-t-il déclaré.

Clovesky André-Gérald PIERRE

cloveskypierre1@gmail.com

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