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Trou-du-Nord, commune à peine connue et déjà oubliée

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La commune du Trou-du-Nord  a accédé à la notoriété lors de l’accession au pouvoir de l’ancien Président Jovenel Moïse. Elle n’était connue que par ses fils et les habitants d’à côté. Elle a pris une importance soudaine, puis a disparu des lèvres comme elle était apparue. Cependant, elle dispose de traces de l’histoire encore vivantes sur son territoire et son patrimoine culturel résiste encore à l’usure du temps.

Située sur une plaine à une altitude de 36 mètres pour une superficie de 130,79 kilomètres carrés, la commune du Trou-du-Nord a été fondée vers les années 1705 et élevée au rang de commune en 1725. Appelée autrefois Trou de Jacquesil, la commune de Trou-du-Nord est limitée, à l’ouest, par Limonade et Ste Suzanne, qui rejoint au sud Vallières et Perches, puis, à l’est, par Terrier Rouge et, au nord, par Caracol.

À cause de son territoire plat, Trou-du-Nord a été dédiée,  du temps de la colonie française, à la culture sucrière et  les embarcadères naturels proches étaient Caracol et Jacquezy pour l’exportation de ses  produits vers le Cap, puis la métropole. On y comptait alors 33 sucreries qui faisaient « annuellement plus de cinq millions de tonnes de sucre blanc », 1 briqueterie et 4 guildiveries. De forme irrégulière et allongée, la partie supérieure de la plaine du Trou-du-Nord se rétrécit et  s’introduit à travers des gorges et diverses chaînes de montagnes. Elle est subdivisée en trois sections communales, elle a au moins douze localités et soixante-quatorze habitations.

Les sections communales de Trou-du-Nord sont Garcin, Roucou, Roche-Plate, Pilette, Bassin Tournent, Monsignac, Frache, Caracol, Tantasyon (Démosthène Lochard), Devarin, Ti roche. L’activité économique repose sur le parc industriel de Caracol, ainsi que sur l’élevage, (la culture de la canne à sucre, de la figue-banane, du sisal, du tabac, etc.). Trou-du-Nord a deux lycées : le Lycée National Henri Christophe et le Lycée Gabriël Bien-Aimé, ainsi que diverses écoles nationales et privées.

Les Truviens/Trousiens célèbrent leur Saint-Patron, Saint Jean-Baptiste chaque 24 juin et l’Église qui lui est dédiée a été édifiée le 24 juin 1705. Comme les autres communes du Nord-Est, Trou-du-Nord a été témoin de nombreux évènements historiques, avant et pendant la guerre de l’Indépendance. Elle n’a pas été épargnée par les problèmes et les conséquences liés aux luttes des « Cacos ».

La configuration accidentée du relief, constituée de plusieurs mornes séparés par des ravins, des pics, des falaises et des gorges, ainsi que la proximité de la frontière espagnole du plateau central, comme lieu de « retraite », ont été favorables à l’implantation des marrons. Ces lieux leur servirent donc de refuge et d’asile. Le nègre Polydor et sa bande armée, dont le nom resta dans la savane où il fut tué en 1734, le nègre Canga en 1777 et Gillot, dit Taya, en 1787, tous deux exterminés comme « brigands sanguinaires »,  ont été les plus connus au Trou.

Placé sur le chemin du Cap à Fort-Dauphin, le bourg connaît un certain essor, bien que son territoire ait été « démembré » au profit de Terrier-Rouge en 1721 et que son tribunal ait été transféré en 1726 à Fort-Dauphin. Un hôpital et un hospice y furent construits, et on dénombre une quarantaine de maisons où logent environ 100 familles.

Malheureusement, le patrimoine bâti est gravement en péril. L’anarchie spatiale qui caractérise l’extension de la ville, l’abandon de plusieurs maisons du centre ancien, délabrées, densifiées, parfois morcelées, tout comme l’origine rurale des migrants, majoritairement pauvres, non habitués au fonctionnement urbain, ainsi que l’introduction de modèles architecturaux en rupture totale d’échelle et d’alignement, comme de formes, de volumes et de matériaux, demeurent des préoccupations majeures pour la sauvegarde du centre historique de Trou-du-Nord.

Plusieurs patrimoines sont encore visibles au Trou. Les ruines coloniales, les vestiges d’habitations comme celles des familles Dubuisson, Foache, Morin, les puits coloniaux qui parsèment Garcin, Rocou et Roche Plate, le centre historique de la ville de Trou (tracé, Place de l’Église, le pont de la rue St Jean) l’Église de St Jean-Baptiste (1705), le cimetière à l’entrée ouest du bourg, les infrastructures de production: captage de Dubuisson, canaux et restes de moulins à eau, les ponts de Pilette, Montjeal (roche Plate), l’architecture haïtienne, les maisons résidentielles et commerciales du bourg: (style du XIXe siècle, début XXe siècle, seconde moitié du XXe siècle), l’architecture vernaculaire de la banlieue de Trou-du-Nord (chemin vers Ste Suzanne).

Les traditions et le patrimoine immatériel sont encore vivants dans les coutumes au Trou : la fête patronale, 23-24 juin, St-Jean-Baptiste, Lakou Devarenne (limite Limonade), le site mystique « nan pont » et la gastronomie locale (cassaves, mang rouj). Jovenel Moïse (1968-2021), Président de la République d’Haïti de 2017 à 2021, a été l’une des personnalités publiques ayant vécu au Trou.

Références : Jeanine L. Millet, 2012,  (CIAT)Comité interministériel pour l’aménagementdu Territoire.

Geneviève Fleury

genevievef359@gmail.com

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