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Une semaine noire pour les habitants de la Plaine du Cul-de-Sac et aucune réponse à Martissant après onze mois

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Une semaine entière sous les feux croisés des gangs « Chen Mechan » et « 400 Mawozo », puis de la Police Nationale d’Haïti (PNH), la situation s’est envenimée à la Croix-des-Bouquets, plusieurs morts et des blessés au sein de la population civile.

Le matin du dimanche 24 avril 2022, la population de la plaine du Cul-de-Sac s’est réveillée sous le vacarme des détonations dans divers quartiers de la zone. Du Centre-Ville de la Croix-des-Bouquets à Damien, mais aussi dans toutes les artères des quartiers de Santo, Lizon, Bon-Repos, Cité Doudoune, Bute-Boyer et autres, les affrontements aux allures d’une véritable guerre civile continuent, aujourd’hui encore, de semer la terreur dans la sous-région de la zone métropolitaine. Un  bilan non exhaustif de la Protection Civile  a déjà fait état de plus d’une vingtaine de morts au sein de la population. Si le gouvernement en place peine à reconnaître formellement la situation, entre-temps, la Primature se dit consciente des enjeux, et la Police Nationale veut rassurer la population,  selon un communiqué du 26 avril.

Cette situation au nord de la capitale vient enclaver Port-au-Prince, sachant que la sortie Sud au niveau de Martissant est sous le contrôle des gangs armés depuis environ un an pendant qu’un sous-commissariat est complètement abandonné par la force légale coercitive. Pour le Groupe de Travail sur la Sécurité (GTS), le danger est imminent ; le groupe d’experts somme le Gouvernement à considérer la situation et l’invite à adopter des mesures exceptionnelles.

L’État d’urgence sécuritaire d’un mois pour résoudre et désamorcer la crise, proposition du GTS

« Face à une crise de sécurité de niveau de défense, il convient d’utiliser des ressources et des moyens extraordinaires qui ne peuvent être mobilisés que si le Gouvernement décrète un régime d’urgence qui peut prendre la forme soit de l’état d’urgence ou de l’état de siège », confiait l’expert en sécurité James BOYARD au journal Le Quotidien News il y a de cela deux semaines. Dans une note publiée le 28 Avril dernier, le Groupe de Travail sur la Sécurité, regroupant un ensemble d’experts de la société civile haïtienne, a proposé une série de 12 mesures à adopter en cette circonstance exceptionnelle.

« Décréter l’État d’urgence sécuritaire pour une durée d’un mois sur toute l’étendue du territoire ; Appeler les résidents des zones exposées à des affrontements entre la PNH et les gangs à se mettre à l’abri pendant la durée des interventions ; Constituer une « Task force opérationnelle » d’au moins 500 Policiers, regroupant prioritairement des Policiers du SWAT, de la BRI et des UDMO, etc., ayant été soumis au préalable à un Vetting ; Renforcer les contrôles au niveau de la frontière haïtiano-dominicaine et y déployer le BLTS, ainsi que dans tous les Ports du pays afin d’empêcher les gangs de se ravitailler en armes et munitions à l’extérieur ; Contrôler de façon stricte avec le support des UDMO, les déplacements et transports interdépartementaux de sorte à prévenir toute tentative de renfort venant d’autres régions au profit des gangs de la Capitale ; Accorder aux Policiers le droit de fouille ou de perquisition contre tous les véhicules d’immatriculation officielle ; Suspendre tous les régimes d’immunité des grands commis de l’État ».

Le GTS suggère également de  « renforcer les règles d’engagement de la PNH de sorte à empêcher que des éléments civils à la solde des gangs n’envahissent les périmètres des véhicules blindés afin de les neutraliser et livrer les Policiers à bord aux mains de ces gangs » ; de « mobiliser des fonds d’opération substantiels et des primes de risque exceptionnelles pour permettre aux Policiers engagés frontalement dans la lutte contre les gangs armés à demeurer en permanence sur place afin de consolider les territoires reconquis » ; de « réquisitionner des banques de sang et des personnels médicaux spécialisés pour assurer une prise en charge diligente et efficace des Policiers blessés au cours des opérations antigangs » ; d’ « instituer une chambre d’instruction et un Parquet national pour poursuivre les membres des gangs armés, ainsi que tous les individus suspectés de les avoir soutenus » ; d’ « adopter tout autre droit dérogeable et toute autre mesure exceptionnelle susceptibles de contribuer à l’efficacité de la lutte contre les gangs armés ».

Une population aux abois

Les riverains de la plaine du Cul-de-Sac, eux, ne cachent pas leur peur et indignation face à cette situation qui a déjà causé la mort de dizaines de civils et des centaines de réfugiés, rappelant ainsi l’exode d’environ 16 000 résidents de Martissant lors du début des affrontements au Sud de Port-au-Prince, le 1er juin 2021.

Pour Christellande qui habite la zone de Bon Repos, il est anormal que des âmes si jeunes puissent disposer d’une telle puissance de feu, et y voit le plan de certains dans le pays qui financent ces activités terroristes. Pour elle, cette situation est carrément une crise humanitaire. « Une situation dans laquelle tout le monde reste confiné, sans possibilité de ravitaillement pour se nourrir pour ceux qui n’ont pas de réserve. Si cette situation se poursuit ainsi, ce sera catastrophique pour tout le pays », s’indigne-t-telle.

Quant à Indiana qui voit sa famille subir de plein fouet la crise, elle voit en cette situation une tueuse d’espoir. « Mon petit frère qui est entré à l’université cette année est obligé de risquer sa vie chaque jour. L’université qu’il fréquente dit ne pas être concernée par la situation en plaine et l’oblige à aller passer des examens en cette période », raconte-t-elle. Pour Lormina et Abellard qui habitent tous les deux à la Croix-des-Bouquets, cette situation est due à la négligence des autorités locales, mais aussi de la population qui ne joue plus son rôle de lanceur d’alerte. Selon eux, ce « film » s’est déjà déroulé au sud de la capitale, et elle se répète en Plaine tout simplement parce que les dirigeants ne posent aucune action, et n’apprennent aucune leçon.

« En toute franchise, je suis frappé de plein fouet par cette crise, raconte Sophia qui habite la sous-région. Actuellement je suis à fleur de peau, je suis stressée, un rien m’affecte. Pour moi qui dois aller travailler près de l’aéroport, je suis exténuée par les routes que je dois faire à pied pour me trouver une sortie, et ruinée par les circuits à moto qui deviennent plus coûteux chaque jour ». 

Pour Anne Manuella qui habite Bon Repos, mais aussi pour Gama qui habite Santo, la situation est  stressante, et la notion d’avenir disparaît peu à peu dans les esprits. « Dans une situation pareille, je ne vois aucun avenir. L’espoir essaye tant bien que mal de revivre dans mon esprit, mais les détonations et les mauvaises nouvelles le tuent à petit feu. Nous avons encore le souffle de vie, mais nous ne vivons pas, c’est pénible »,  regrette Anne Manuella.

Il importe de rappeler qu’en ce 1er mai 2022, cela fait exactement onze (11) mois que des habitants de Martissant ont été contraints en grand nombre de quitter leurs maisons sous la pression des bandits armés…

Clovesky André-Gérald Pierre

cloveskypierre1@gmail.com

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