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ViH/SIDA : une charge virale indéctable synonyme d’une meilleure qualité de vie

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En dépit du fait que le taux de personnes infectées au VIH soit en nette régression depuis ces 15-20 dernières années, Haïti reste le pays ayant le nombre de Personnes Vivant avec le VIH (PVVIH) le plus élevé de la région caribéenne, soit plus de 160 000.  Que font les PVVIH pour éviter que leur santé ne se dégrade et comment devenir indétectable? Dans une entrevue accordée au journal Le Quotidien News, Steeve Laguerre et Dr Rachid Dorsainvil, respectivement directeur et directeur adjoint du projet Contrôle de l’épidémie chez les populations clés et prioritaires (ECP2) font le point.

À la fin du 20e siècle les personnes testées positives au VIH SIDA n’avaient aucun espoir. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. En effet, en raison des efforts consentis par la science ils peuvent vivre beaucoup plus convenablement s’ils prennent leurs médicaments de manière régulière. De fait, selon les données fournies par le Programme National de Lutte contre le SIDA, plus de 120,000 PVVIH actifs sont sous antirétroviraux (ARV) et un nombre important, quelques 30,000, en situation d’abandon. Les ARV permettent aux PVVIH de combattre la prolifération non contrôlée du virus dans leur organisme.

De fait, selon M. Laguerre, les ARV ont une grande importance dans la vie des PVVIH.  « Les Antirétroviraux sont les médicaments actuellement utilisés dans la prise en charge de l’infection par le Virus de L’Immunodéficience Humaine (VIH). Ils agissent à différentes étapes de la réplication du VIH empêchant la prolifération non contrôlée du virus dans l’organisme », a fait savoir le directeur de projet, poursuivant que les ARV sont beaucoup plus efficaces pour contrôler le virus et moins susceptibles de favoriser la résistance aux médicaments.

Pou sa part, Dr Rachid Dorsainvil, Directeur-Adjoint du projet nous explique que les ARV permettent au système immunitaire du patient de récupérer, de vaincre les infections opportunistes et d’éviter le développement du SIDA et/ou d’autres effets à long terme liés à l’infection au VIH. «Ces bienfaits sont particulièrement prononcés chez les personnes ayant débuté leur traitement tôt. Plus récemment, il a été également démontré que la prise régulière des ARV conduit à un niveau de charge virale indétectable prévenant la transmission sexuelle du VIH d’une personne infectée vers ses partenaires ainsi que la transmission du VIH de la femme enceinte séropositive vers son fœtus ou son nouveau-né », a ajouté Dr Dorsainvil.

Si l’on en croit M. Laguerre, le traitement antirétroviral prolonge la vie des personnes vivant avec le VIH du SIDA.  D’après lui, il permet à ces dernières qui vivent avec le VIH d’avoir une meilleure qualité de vie. « De plus, il assure de manière efficace la prévention de la transmission du virus d’une personne infectée à une personne non infectée», souligne t-il.

La constitution de la charge virale indétectable de l’ARV

Au cours de l’interview, le Dr Dorsainvil a aussi mis l’accent sur la constitution de la charge virale indétectable de l’ARV. En ce sens, selon lui, le traitement antirétroviral a pour objectif d’arriver à obtenir un niveau de charge virale indétectable. « Ce niveau de charge indétectable permet de réduire considérablement ou même d’enlever le risque de transmission du VIH vers un partenaire séronégatif », a expliqué Dr Dorsainvil.

Plus loin, de son coté  ,  M. Laguerre a fait savoir que pour atteindre une charge virale indétectable les personnes concernées doivent prendre quotidiennement et à l’heure leurs médicaments, il mentionne également qu’un bon entretien motivationnel permet d’améliorer l’alliance thérapeutique et l’observance des traitements chez le patient, le prestataire prescrivant les ARV doit être capable de maintenir ce style de communication collaboratif qui est un entretien guidé et centré sur le patient, qui l’encourage à changer de comportement en l’aidant à explorer et à résoudre son ambivalence face au changement.

« Les régimes ARV actuels sont constitués de trois ARV différents, ce qui maximise l’effet du traitement », a révélé M. Laguerre. En outre, il a fait savoir que l’adhérence au traitement est l’un des efforts en vue de l’obtention de la charge virale indétectable. Selon lui, le succès du traitement antirétroviral réside dans la prise quotidienne des médicaments et aux doses prescrites. En effet, précise Laguerre, la présence constante des ARV dans le sang et à un niveau acceptable maximise l’effet du traitement et prévient la résistance.

Toujours dans l’obtention de la charge virale indétectable, la durée du traitement a une importance capitale. « L’obtention d’une charge virale indétectable varie en fonction des médicaments utilisés », a mentionné Dr Dorsainvil, avançant que le traitement ARV est un traitement à date prescrit à vie et quotidiennement.

« La posologie varie en fonction des médicaments utilisées. Les journaux ont annoncé en décembre 2021 l’introduction d’une bithérapie (usage de deux molécules) tous les deux mois pour les patients éligibles et qui le souhaitent. Il s’agit d’une injection intra musculaire composée de deux puissants antirétroviraux « la Caboté gravir et la Rilpivirine » considérée comme une révolution dans la prise en charge du VIH », a indiqué le médecin. Il tient à préciser que ce traitement n’est pas encore disponible en Haiti.

Vu l’importance de l’ARV dans la vie des PVVIH, M. Laguerre opte pour une meilleure accessibilité aux médicaments ARV où toute personne infectée par le VIH pourra sans stigmatisation ni discrimination aucune, obtenir ses médicaments. « Cette révolution verra les médicaments finalement disponibles à travers toute la sphère médicale, qu’elle soit publique ou privée », souligne t-il.

Indétectable=intransmissible

Selon plusieurs experts, une personne qui devient indétectable ne peut pas transmettre le virus à une autre personne. Une information confirmée par Dr Dorsainvil. « Entre 2008 et 2018, plusieurs études (SwissStatement, 2008 ; HPTN 052, 2011, PARTNER, 2014, Opposites Attract, 2017 ; PARTNER 2, 2018) ont supporté l’évidence Indétectable = Intransmissible (I=I). Ces études portant sur la transmission par voie sexuelle du VIH ont été menées auprès de milliers de couples sérodifférents où l’un des partenaires vit avec le VIH et l’autre non», a souligné Dr Dorsainvil.

En outre, il a fait savoir que, lors de ces études, aucune transmission sexuelle du VIH n’a été révélée entre une personne vivant avec le VIH et dont la charge virale est indétectable et son partenaire séronégatif. « I=I signifie donc que les personnes vivant avec le VIH qui atteignent et maintiennent une charge virale indétectable, en prenant quotidiennement un traitement antirétroviral tel que prescrit ne peuvent pas transmettre sexuellement le virus à d’autres », a déclaré Dr Dorsainvil tout en poursuivant que le traitement du VIH représente donc une flèche puissante dans le carquois des outils de prévention dans la lutte contre le virus.

Pour conclure, M. Laguerre a rappelé que le VIH/SIDA est une pathologie comme toutes les autres et passible d’infecter d’importe qui, si les précautions de base ne sont pas prises. « À tous les PVVIH je conseille de garder un bon état d’esprit de combattre l’auto-stigmatisation et de suivre les instructions des prestataires au sein des institutions de prise en charge, et prenez sans interruption vos médicaments», conseille M Laguerre.

Cluford Dubois

N.B : L’institut Panos conduit une campagne d’éducation thérapeutique baptisée E=E. Pour plus d’informations, visitez : https://eegale.com/

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