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Welele Doubout, ce tambourineur aux mains magiques

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Avec ses baguettes ou marteaux, Welele Doubout fait chanter le tambour pour libérer la parole, pour émettre un son d’espoir. Tambourineur très connu dans la musique racine haïtienne, Welele projette de faire un travail de mémoire en retraçant l’histoire du tambour en Haïti et soulignant son importance dans l’identité musicale haïtienne.

DreadLocks ensoleillés, mariés à la couleur de ses yeux, Welele Doubout se présente comme un fils de l’habitation Grann Ibo, logé à Bainet dans le Sud-Est. De son vrai nom, Raymond Noël, Welele attribue le qualificatif de colon à son nom, qu’il ne renie pas certainement. Mais, dans sa voix on sent un tantinet de gêne comme quoi il aurait préféré être nommé autrement par ses parents. « Raymond Noël n’est pas haïtien, c’est un nom de colon, pense-t-il. J’aurais préféré avoir un nom qui définit mon identité. Et je crois qu’on doit commencer avec ces petites choses que l’on pourrait considérer comme insignifiantes pour revenir à notre véritable identité », croit le vodouisant.

A Bainet, le vaillant Welele Doubout profite bien de la fraîcheur provinciale, de la richesse de la terre dont il se plaît à  déguster les fruits    en fonction des saisons. C’est à Bainet qu’il boucle ses études primaires à l’école presbytérale de Bainet avant de se rendre à Port-au-Prince pour achever ses études secondaires au Collège Notre Dame d’Haïti. Ainsi, il grandit dans ce petit coin du Sud-Est avec cet amour pour sa communauté, cette passion pour la musique et plus spécialement les sons des instruments  à percussion.

En effet, Welele Doubout éprouve une passion obstinée pour les instruments à percussion, notamment le tambour. Histoire d’amour qui remonte à loin, bien avant sa naissance. « Je faisais de la musique bien avant ma naissance, depuis le sein de ma mère, affirme le tambourineur expérimenté. La musique, particulièrement le son du tambour, m’était déjà familier car ma mère jouait du tambour à l’église », continue le compositeur de « Tambour, âme ancestrale ». Depuis, Welele est en amour avec cet instrument phare de la musique racine.

Son rêve d’enfance enterré par le vodou haïtien

Il convient de noter que Welele Doubout, fervent défenseur du vodou haïtien, avait comme rêve dans son jeune âge de devenir prêtre à l’église. Élevé dans la culture catholique, les premières années de sa jeunesse ont été influencées par le prêtre Paraiseau, un homme auquel il témoigne un grand respect. « Je pense que le pays a cessé de voir naître des hommes du même calibre que le prêtre Paraiseau. C’est en effet grâce à son dévouement pour l’éducation que les gens des années soixante-dix de Bainet ont appris à lire et à écrire », témoigne Welele, qui a pu étudier les sciences comptables grâce au Père Paraiseau qui lui avait suggéré d’avoir un métier avant de se consacrer au séminaire. Bien qu’il n’ait jamais travaillé sur la comptabilité qu’il conçoit comme un métier de colon. « Je rêvais d’être comme lui, un prêtre. J’avais commencé à suivre des formations au séminaire », poursuit Welele, qui a enterré son rêve d’enfance pour partir à la recherche d’une vérité longtemps cachée au peuple noir, si l’on s’en tient à son témoignage.

« De là étant, je vais me rendre compte d’une vérité qu’on ne nous a jamais dite. A savoir que l’église a  pas été conçue pour le peuple noir. En effet, quand on y pense, il n’y jamais eu de saint noir à l’église. Quand je me suis plongé dans la recherche, en lisant le Code noir par exemple,  je me suis souvenu du rôle de l’église dans l’oppression des esclaves, noirs, à l’époque. »

C’est ainsi que Raymond Noël, de son vrai nom, va muter en Welele Doubout, vaillant défenseur du Vodou haïtien. À noter que Welele Doubout n’a pu recevoir le Ason, ce qui lui est interdit, si l’on croit ses propos, par les loas de son habitation. Mais, il a quand-même reçu son Lave tèt, assimilé au baptême de l’église, une sorte de rituel initiatique. Toutefois, si le tambourineur n’est pas un prêtre du Vodou, il a le secret d’interpeller les divinités avec son tambour, à titre de Ountògi (tambourineur ayant le don d’interpeller des loas par sa manière de jouer le tambour).

 Une longue carrière dans la musique racine

Rappelons que Welele Doubout a déclaré qu’il faisait de la musique depuis le sein de sa mère. Ce qui nous amène à dire que les bases de sa carrière remontent à loin. Avec le Vodou, cependant, elle va prendre du galon.

Le tambourineur Welele Doubout, professeur de Tambour à Sainte Trinité, voit sa musique comme la mémoire du patrimoine rythmique haïtien. Selon lui, les Haïtiens ont tendance à oublier leurs propres rythmes donc il importe de les pérenniser car ils constituent une importante richesse culturelle. « Notre culture est comme un musée où l’on doit sauvegarder les rites et rythmes de plusieurs autres cultures. Savez-vous que des Africains, par exemple, viennent en Haïti religieusement pour se découvrir dans la culture haïtienne ? », fait savoir Welele Doubout, se proposant comme garant de ces valeurs ancestrales.

En 2004, il sort son premier album « Zo Bouke ». Quelques années plus tard, en 2018, il propose avec la Fondation Odette Roy Fombrun, un second opus intitulé « Tambour, âme ancestrale ». Il a également sorti « Les chansons d’Haïti », un travail de mémoire des musiques traditionnelles haïtiennes. Le travail impeccable de l’ex batteur de Mystic 703, sera repris dans plusieurs œuvres musicales. Welele souhaite enregistrer des rites traditionnels haïtiens. Poète à ses heures, l’auteur de « Libere lapawòl », se donne pour objectif de retracer dans un ouvrage l’histoire du tambour haïtien en tenant compte de ses origines africaines et européennes, une sorte d’inventaire de la qualité dudit instrument. « J’aimerais également faire la biographie de quelques grands Ountògi et tambourineurs connus dans la musique haïtienne », désire Welele, souhaitant rendre hommage à ses pairs.

De toute sa vie, tout compte fait, ce qui a amplement marqué l’histoire de ce percussionniste aux mains magiques, c’est tout d’abord le témoignage d’une jeune femme qui a demandé à le voir après une excellente performance. « Elle m’a avoué avoir été guérie d’un malaise au moment qu’elle m’admirait en train de jouer sur la scène. Elle a voulu toucher mes mains. Sincèrement, je n’avais jamais vécu de ma vie un moment aussi émouvant », se rappelle Welele Doubout, tout ému au bout du fil. Ensuite, il y a eu les conseils admiratifs du feu Azor, qui l’a exhorté à ne jamais abandonner le tambour. Conseil qu’il porte dans son cœur. Ce qui nous permet de conclure que son aventure avec le tambour n’est pas prête de se terminer. Longue vie à cette passion!

Statler LUCZAMA

Luczstadler96@gmail.com

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