sam. Juin 22nd, 2024

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Colonisation, néo-colonisation, néo-libéralisme, l’enfer d’Haïti et  le fonctionnement des organisations internationales mis à nu ou en filigrane (dernière partie)

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Conclusion sur les organisations internationales.

Vouloir réformer les institutions internationales pour qu’elles se mettent réellement au service des êtres humains est une grande illusion. Elles sont très performantes par rapport à l’objectif qui est le leur, maintenir et faire prospérer le système dominant /dominé qui reste le fondement du système capitaliste. La  conclusion  est rude : on ne change pas des institutions qui remplissent très bien le rôle qui leur a été assigné, et si on n’en est pas satisfait, on va travailler ailleurs. Logique.

Ce ne sont pas les organisations internationales qu’il faut changer, c’est le système économique global, passer d’une société capitaliste mondiale d’exploitation par la domination à des sociétés non capitalistes, d’économie sociale et solidaire.

Pour cela il nous faudra encore beaucoup de travail pour formuler des propositions. En particulier :

–       Sur le plan organisationnel: Je repars de mon objectif fondamental: Un être humain égal un être humain, chacun avec toutes ses différences et avec le droit inaliénable de vivre dans la dignité. À partir de là, il nous faut  accompagner  la construction de systèmes de représentation qui puissent interconnecter des groupes d’êtres humains de cultures et modes de vie très différents, mais qui tous avec leurs propres dynamiques veulent améliorer leurs conditions de vie. Il s’agit de traduire dans des organisations planétaires les fondamentaux du mouvement communaliste. Je rappelle que le mouvement communaliste vise à ce que l’habitant soit le cœur de la politique, la démocratie se construit à la base avec des organisations à fonctionnement horizontal sans hiérarchie punitive, il rejoint par-là l’étendard des révolutionnaires de 1804 en Haïti, tout moun se moun, un être humain égal un être humain. Pour ce mouvement la démocratie ne se résume pas à des élections périodiques, elle se construit au jour le jour, dans la co-identification des problèmes, la recherche des solutions par la mobilisation de l’intelligence collective sans pour autant exclure des spécialistes,  la co-gestion des mises en œuvre, et la co-évaluation des résultats, c’est une dynamique permanente à laquelle tous les concernés participent.  Cela n’exclue pas des représentants ou plutôt des délégués dont le mandat est co-construit par les concernés et qui est un mandat impératif c’est-à-dire que s’il est non respecté dans le processus, cela induit la possibilité de remplacement immédiat.   La démocratie est une dynamique vivante, quotidienne pour tous. Le mouvement vise à redonner le pouvoir politique à la population, toute la population, d’abord au niveau des communes, puis aux différents niveaux régionaux, nationaux, et même internationaux par la construction de fédérations et confédérations. 

–       Sur le plan financier promouvoir systématiquement la transparence. LA GESTION DE L’ARGENT PUBLIC DOIT ETRE PUBLIQUE. Aucune des organisations internationales et pratiquement, aucune des ONG ne produisent le détail des budgets de leurs projets dans les médias en langue compréhensible par les populations de base. Or, avec les outils informatiques cela est possible et même très facile.

–       Sur le plan financier, même si l’exploitation des uns par les autres était bannie, comment construire des systèmes de péréquation qui permettraient aux plus vulnérables d’avoir accès aux biens et services fondamentaux pour vivre dans la dignité.

–       Pour toutes celles et ceux qui travaillent ou veulent travailler dans les organisations internationales ou les ONG, le changement ne va pas se produire demain, il sera long, alors dans tous les cas ne jamais oublier que monter une opération ou un projet doit toujours commencer par écouter la vraie demande de celles et ceux qui veulent une vie meilleure, imposez à vos institutions cette première étape. Veillez à ce que vos opérations s’inscrivent dans les structures viables et pérennes du pays.  Veillez à ce que les bénéficiaires soient acteurs à part entière des organes de décision et de suivi des opérations.  Obligez à la totale transparence des dépenses.  Ces quelques points pour lesquels vous allez devoir lutter seront déjà porteurs d’un futur plus équitable.

          Plus que passer beaucoup de temps à critiquer l’existant, à vouloir réformer l’irréformable, nous avons  me semble-t-il beaucoup de travail pour construire les nouveaux outils d’un système non capitaliste, un système au service des êtres humains non au service de l’accroissement des profits. Un système fortement et ouvertement affiché comme tel.

Conclusion

Colonie espagnole, colonie française, occupation américaine, des organisations internationales relais d’une continuité impérialiste néolibérale, les outils changent, les dénominations aussi mais la stratégie reste la même, soumettre et exploiter des populations au bénéfice du capitalisme mondialisé. Vous pensez peut-être que mon détour par une rapide description du fonctionnement des organisations internationales a été un peu long, mais il me semble indispensable pour comprendre comment Haïti, et combien d’autres pays, continuent d’être victimes de ce système mondial.  Certes, on ne peut passer sous silence le rôle des élites économiques et politiques nationales qui ont préféré devenir partie intégrante de ce système de prédation plutôt que défendre leur peuple, mais la responsabilité des puissances internationales reste déterminante dans cette apocalypse qui dure depuis des siècles pour le peuple haïtien.

Cette responsabilité internationale est sans équivoque.

–      Pas de lutte contre la corruption. Bien au contraire, les banques étrangères reçoivent l’argent sale sans contrôle réel et surtout sans publicité autour des corrompus et des corrupteurs.

–     Haïti ne produit pas d’armes. Celles utilisées par les gangs depuis des décennies et aujourd’hui plus encore proviennent essentiellement du trafic avec les États-Unis.

–     La drogue est une nécessité pour la paix sociale des plus grandes villes américaines, en partance d’Amérique latine elle doit transiter par un pays proche des États-Unis, il est de notoriété publique que depuis au moins trois décennies elle passe largement par Haïti. Pas de contrôle maritime, très peu de contrôle aérien, un pays failli au niveau de l’administration, un pays idéal pour les trafiquants de drogue, comme la Guinée Bissau joue ce rôle en Afrique pour les pays de l’UE. Cela génère beaucoup de corruption et beaucoup  d’argent sale qui ont très fortement participé à la déstabilisation politique et économique du pays et qui y contribuent.

–     Aucun effort pour soutenir un processus démocratique, même pas sa caricature. En Haïti, durant les 15 dernières années, les Américains ont falsifié le premier tour des élections pour faire élire leur préféré le chanteur Martelly, c’est officiel. La « communauté internationale » a regardé sans broncher disparaître les élections municipales, celles des députés puis celle des sénateurs, et après l’assassinat du Président de la République, a accepté la nomination d’un Premier Ministre par un tweet de la représentante des États-Unis aux Nations Unies en Haïti. Unique au monde. Et maintenant ils osent demander des élections dans un pays à feu et à sang à cause des gangs.

–     L’organisation de la fuite des cerveaux et des forces vives du pays, celles qui pourraient, qui devraient se battre pour améliorer la situation politico-économique. Laisser la porte ouverte aux émigrés est une chose, mais organiser volontairement leur départ massif avec des programmes officiels relève d’un cynisme sans nom comme ce fut le cas avec les programmes de l’UNESCO au début du duvaliérisme, des USA et du Canada avec leur distribution de visas aux cadres après le tremblement de terre de 2010 et encore l’année passée et cette année avec le programme spécial des « visas Biden ». Ce sont à chaque fois plusieurs milliers et même dizaines de milliers de personnes formées en Haïti avec les ressources haïtiennes qui viennent fournir leurs capacités intellectuelles ou leur force de travail pour enrichir les pays du nord. Et les représentants de ces pays, USA et Canada, osent ensuite se plaindre des faibles capacités organisationnelles du pays. Du machiavélisme à l’état pur.

Corruption, armes, drogue, manipulations électorales, pillage des ressources humaines, etc., il n’est pas besoin d’aller chercher un potentiel pillage de quelques ressources naturelles pour décrire ce qu’une histoire impartiale devra décrire dans la participation active des pays du nord à la descente aux enfers de tout un peuple. Il n’est pas sûr que les populations de ce que l’on appelle l’occident qui se complaisent dans une sous information généralisée, se rendent bien compte qu’à travers le drame haïtien et celui de bien d’autres pays du sud elles laissent se creuser la tombe de l’Occident. Elles se veulent démocratiques et donc responsables collectivement de ce que font leur gouvernement en leur nom, or, ce qu’ils font depuis plusieurs décennies, voire des siècles dans le cas d’Haïti, ne déclenche plus seulement des critiques massives, mais construit une dynamique de haine dans les pays exploités. Les conséquences pourraient peser très lourd dans l’avenir de ce que l’on appelle bien à tort la civilisation occidentale et dont l’avenir semble de plus en plus compromis suite aux errements d’un impérialisme ravageur habillé des oripeaux d’une fausse démocratie.

Que pouvons-nous faire?

D’abord dénoncer les mécanismes à l’œuvre actuellement.  Ne pas laisser faire!

Accompagner, quand nous le pouvons celles et ceux qui travaillent dans le pays pour la construction d’une réelle démocratie.

Christian FAULIAU

christianfauliau@yahoo.fr

mars 2024

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