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Dans l’impossibilité de traverser Martissant, la population se fraie une route sur les hauteurs de Fontamara

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Des centaines de personnes escaladent le morne de la localité “Ti Kajou”  sur les hauteurs de Fontamara au quotidien en vue de fuir la terreur de Martissant. Ils essaient de rejoindre la capitale en passant au-dessus de Carrefour-feuille. Un périple qui coûte des centaines de gourdes aux gens et des heures de marche dans une poussière épaisse.

Toutes les catégories de personnes sont remarquées sur ce tronçon de route. Des jeunes des deux sexes, des adultes, des vieillards, des enfants, des femmes enceintes et des enfants en bas-âge. Bon gré mal gré, le risque est moins évident sur cette voie. Certains font le trajet en emportant des quantités d’effets personnels. Tout ce qui compte pour eux, c’est de fuir l’enfer de la troisième circonscription de Port-au-Prince sans se faire tuer, kidnapper ou voler.

Lors d’une visite rendue dans cette localité lundi dernier, Le Quotidien News a constaté un véritable déferlement de gens qui fréquentent cette route fraîchement créée par des jeunes de la zone. En effet, les périmètres qui relient Fontamara à “Ti kajou” existaient depuis des lustres. Cette voie mène  à une mine de sable dans la zone. Dans les hauteurs un peu au Nord’est, une route longeant Carrefour-Feuille existe aussi depuis quelque temps. Mais, depuis l’aggravation de la situation à Martissant, des jeunes ont pris l’initiative de frayer un passage entre cette localité et les hauteurs de Carrefour-Feuille pour aider les piétons et les motards. En conséquence, ce passage est dorénavant utilisé comme chemin de relais par plusieurs centaines de personnes chaque jour.

“Partout où l’on passe actuellement dans le pays, on est exposé au risque. Néanmoins, c’est plus rassurant de passer ici plutôt que de se faire tuer à Martissant. Le parcours est certes difficile et nous coûte de l’énergie, du temps et de l’argent. Cependant “piton mize nan rout nou pot bon nouvel”, a lâché un jeune qui se présente comme un universitaire. “Nous les Haïtiens, nous ne sommes pas si mauvais comme on le prétend. Si des jeunes se sont entendus pour faire ce miracle, cela prouve que nous pouvons réaliser beaucoup de grandes choses dans le pays. Que Dieu jette sur eux ses bénédictions”, se réjouit une sexagénaire qui trottinait au pied du morne avant qu’une autre dame n’ait remonté les bretelles de l’État central.

Une station a été créée au niveau de Fontamara 43. Beaucoup de chauffeurs de véhicules assurant le transport en commun, par crainte de se faire dévaliser ou tuer, ne dépasse pas ce carrefour. Là ou sont entassés des motards en nombre imposant et des camionnettes à destination de Ti kajou. Les motards les plus braves escaladent le morne  par la route construite par des volontaires avec des instruments rudimentaires (pioches, machettes, pelles, pinces, etc.). Sur place, le client a le choix entre la camionnette taxée à 50 gourdes ou la motocyclette au prix variable.

À Ti kajou, les gens doivent marcher  environ   une heure de temps, pour les plus robustes et les plus vaillants avant d’atteindre les hauteurs de Carrefour-Feuille. De là, ils peuvent à nouveau prendre le transport en commun pour atteindre le centre-ville. Le long du trajet, de petits commerces se sont installés en vue de permettre aux passants de trouver quelque chose, notamment de l’eau et des boissons gazeuses pour se rafraîchir sous le soleil de plomb qui leur sert de compagnie dans ce morne à l’allure désertique.

Le journal a constaté aussi plusieurs arrêts forcés sur la route. Des jeunes  se trouvaient là pour prélever des indemnités de passage aux chauffeurs de motos qui fréquentent la route. Sont également remarquées des voitures privées garées au pied du morne. Des habitants de la zone nous confient qu’il  s’agit de voitures de particuliers qui les ont laissées pour continuer à moto ou à pied. Une situation obligée.

La rédaction

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