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Commémoration du 220e anniversaire du bicolore haïtien sur fond de crise !

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Ce 18 mai 2023 a marqué les 220 ans depuis la création du drapeau haïtien. Dans un contexte de crise généralisée, la traditionnelle cérémonie officielle de commémoration de la fête du drapeau a été délocalisée au Cap-Haïtien. Pour des raisons évidentes de sécurité, la cité du drapeau a été évitée.

Depuis plusieurs années, l’activité criminelle menée par les gangs armés ne cesse de faire battre les Gouvernements en retraite. De plus en plus de territoires tombent sous le contrôle des gangs armés malgré les efforts de la Police Nationale d’Haïti (PNH). Après les traditionnelles commémorations de l’assassinat de Dessalines le 17 octobre qui n’ont plus lieu au Pont-Rouge depuis quelques années, et de la fête de l’Indépendance le premier janvier de cette année, le Premier Ministre a été obligé de célébrer au Champs-de-Mars à Port-au-Prince en lieu et place des Gonaïves – la cité de l’Indépendance, c’est aujourd’hui la cité du drapeau, à savoir l’Arcahaie, qui a été évitée par le Gouvernement.

En effet, c’est dans le Nord du pays, dans la ville du Cap-Haïtien que le Premier Ministre Ariel Henry et son Gouvernement se sont rendus pour fêter le drapeau cette année. Selon le Chef du Gouvernement, il n’y a pas de mal à cela, le drapeau est celui de tout le pays. « La fête du drapeau, c’est la fête de tous les Haïtiens. Que nous le fêtions à Port-au-Prince, aux Gonaïves, ou encore à l’Arcahaie, c’est la même Haïti, c’est le même drapeau », a-t-il affirmé.

La Mairesse Yvrose Pierre somme le Gouvernement de réagir

Tandis que sa ville recevait l’événement, la Mairesse du Cap-Haïtien en a profité pour rappeler au Gouvernement que l’heure est grave, et que la Ville du Cap-Haïtien elle aussi, bien que non infestée par les gangs armés, fait face à de graves problèmes. S’adressant au Ministre des Travaux Publics, Transports et Communications, Madame Pierre l’a interpellé autour de l’électricité qui est depuis longtemps aux abonnés absents dans sa ville. « Si vous n’étiez pas au courant Monsieur le Ministre, la ville du Cap-Haïtien n’a pas vu d’électricité depuis deux ans ».

Face à la menace armée, la Mairesse demande au Premier Ministre de supporter la police locale. « En tant que Maire de la ville du Cap-Haïtien, je demande au Gouvernement de continuer d’appuyer la PNH. Malgré leurs faibles moyens, ils ont toujours lutté pour assurer un climat de sécurité dans le département du Nord », a-t-elle martelé lors de son discours, avant d’interpeler à son tour le Ministère de la Santé Publique. « Le seul hôpital que nous avons dans le département qui est l’hôpital Justinien ne cesse de se mettre en grève. Quand ce n’est pas le petit personnel, ce sont les résidents. Et en plus du chômage et de la misère, notre peuple n’a pas d’autre structure de santé que cet hôpital ».

Pour finir, la conseillère municipale somme le Gouvernement de faire revenir l’argent des contribuables pour le bénéfice de la ville, sans quoi celle-ci ne serait plus un bon point de chute pour le Gouvernement. « La Mairie continuera, en mon nom et celui du Conseil, de demander au Gouvernement de faire revenir les taxes des grands contribuables dans la commune pour qu’on puisse offrir des services à la population », a-t-elle déclaré avant d’ajouter « Les prochaines activités qui auront lieu dans la ville, pour qu’on les reçoive, il faudra que la ville soit propre ».

De plus, la Mairesse Yvrose Pierre a invité l’État haïtien à se pencher sur de nombreux défis auxquels fait face le pays. « Pendant longtemps, la patrie a été trop trahie, le drapeau humilié. Nous ne devons pas avoir d’autres ambitions que d’être les meilleurs dans l’action pour la victoire commune sur la misère, l’insécurité, l’analphabétisme et le chômage ». Ariel Henry, de son côté, a reconnu que son passage à la tête du pays n’est pas une franche réussite, se dit prêt à redresser la barre en s’ouvrant au dialogue « Il y a des choses qui n’ont pas été faites, et d’autres qui ont été mal faites. Je suis prêt à corriger mon cahier ».

Un drame non loin de l’Arcahaie

Cette année, même le haut-commandement de la Police Nationale s’est rendu au Cap-Haïtien. « Le Commandant en chef Frantz Elbé s’est fait accompagner des membres du Haut-Commandement, dont l’Inspecteur Général en chef Fritz St-Fort, l’IG Alain Auguste, le Directeur Central de la Police Administrative (DCPA), entre autres, pour pouvoir participer à la célébration du bicolore national », pouvait-on lire dans une Note de l’institution policière. Tandis que les haut-gradés de la Police étaient en déplacement dans le Nord du pays, un nouveau drame a eu lieu, la PNH a essuyé de lourdes attaques de bandits armés.

Tôt dans la matinée du 18 mai 2023, une nouvelle a envahi l’espace publique, un policier, Roberto Charleston, a été assassiné à Source-Matelas, à seulement quelques kilomètres de la ville de l’Arcahaie. Selon une Note de la Direction Générale de la police, cet événement est survenu dans la nuit du 17 au 18 Mai, « deux blindés de la PNH ont été pris dans une embuscade puis incendiés par des cocktails Molotov lancés par des bandits armés de la zone de Source-Matelas ». La criminalité ne connaît pas de pause dans le pays, même pas en temps de commémoration des moments de gloire du pays. Au-delà des discours et promesses, le Gouvernement et ses alliés, arriveront-ils à redresser la barque ?

Clovesky André-Gérald PIERRE

cloveskypierre1@gmail.com

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