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Entre humiliation et dégénérescence, il n’y a pas deux choix

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Le téléphone vibre et la question de l’ami tombe à pic : Que penses-tu de l’accolade fraternelle du peuple à Guy Philippe?

Frérot, répondis-je, nul besoin d’ouvrir ma bouche, va lire cet article, « Quand une nation condamne sa jeunesse au Supplice de Tantale »l’unique et salutaire réponse te reviendra comme par enchantement.

J’ai eu l’occasion de visionner dernièrement une vidéo sur ma ville natale, Jérémie. Elle montre l’abandon de l’Hôpital Saint-Antoine dans toute sa nudité, vidé de ses patients et de son personnel pour cause de grève. Subsiste un seul malade au service des urgences sur un lit déglingué avec un soluté au bras. Il n’a nulle part où aller et personne pour le soigner, le pauvre !

Quelle en est la raison ? C’est une routine. Rien de nouveau sous le ciel bleu de Toma. Depuis 5 mois, personne n’a reçu un centime de son salaire. Pensez-vous que le Ministère de la Santé est à sec ? Loin de là ! Le budget de Jérémie a été volé purement et simplement depuis Port-au-Prince. Chaque mois de paie non versé s’avère être la propriété de tel cadre qui doit nourrir famille et maîtresses résidant hors du pays.

Vivant en terre étrangère, la bouche pleine, le réfrigérateur sur le point d’exploser, nous avons tendance à oublier ceux qui végètent là-bas dans la crasse, la faim, la violence et l’indignité. Délaissons une minute nos conforts et l’indifférence. Fermons nos yeux, revoyons ces images, métamorphosons-nous en acteurs et rentrons dans la peau de ceux qui fuient ce paradis de l’impunité, cette terre de gangsters !

Nous voilà en cavale, seuls ou en famille avec des enfants, à pied, sur tous les sentiers périlleux de l’Amérique du Sud à destination des États-Unis ou du Canada. Sur le trajet, les risques d’affronter les pires dangers, tels des malfaiteurs, des détrousseurs, des violeurs, des animaux sauvages, des rivières infestées de reptiles parmi les plus dangereux au monde, à l’instar de l’anaconda vert1, un serpent aquatique géant qui peut atteindre 9 mètres de longueur, ou le piranha2, un poisson carnivore, aux dents acérées avec un appétit pour la viande. En présence de sang dans l’eau, les piranhas se regroupent en bancs, en essaims, pour attaquer les grosses proies. Ils peuvent dévorer frénétiquement un homme de six pieds en l’espace d’une heure, laissant simplement son squelette au fond, dans la vase. Le cinéma en a fait ses choux gras dans, par exemple, le film de James Bond, « On ne vit que deux fois ».

J’ai eu la possibilité de feuilleter le journal mexicain « El Universal3 », avec un titre sur nos congénères : «Haitianos, el nuevo rostro de la Ciudad de México », qu’on peut traduire par « Les Haïtiens, le nouveau visage de Mexico ».

Toujours, dans notre rôle d’observateur, nous suivons dans le narratif le regard du Mexicain qui se sent agressé par ces visages noirs qui envahissent son décor. Ce sont les survivants de la longue marche.

Il est écrit : Sans documents de l’immigration, les Haïtiens survivent dans les rues d’Iztapalapa, de Tláhuac, de Milpa Alta et d’autres municipalités où, contrairement aux migrants d’autres nations, ils ne demandent pas d’argent aux feux de circulation, mais préfèrent travailler comme maçons, ouvriers agricoles, vendeurs de rue, vendeurs à la sauvette, serveurs et serveuses, entre autres activités »…

Oh dignité, oh fierté, quand tu nous habites encore ! Ils végètent sous des tentes par des températures de deux degrés ou sont entassés dans de petites pièces. Cette jeune femme de 25 ans, qui parle français et diplômée en littérature, est arrivée il y a trois mois de Tapachula et travaille depuis plusieurs semaines dans une taqueria de Coyoacán, où elle fait la vaisselle et nettoie les tables…

Dans les rues d’Iztapalapa, elle a reçu en signe de solidarité de la part de voisins une veste, des T-shirts et des couvertures usagées, mais elle est également confrontée au racisme d’autres personnes qui, lorsqu’elle passe, lui crient des grossièretés en raison de la couleur de sa peau. Certains l’accusent de vol ou la harcèlent, comme au magasin Walmart sur la Plaza Ermita, où un policier la suit invariablement dans les allées lorsqu’elle fait ses courses…

L’article souligne encore que : de nombreux Haïtiens ont des diplômes universitaires, parlent deux ou trois langues et, contrairement à d’autres migrants, ils cherchent plutôt à s’intégrer au marché du travail et à la société.

« Ils viennent des Caraïbes, où les températures sont élevées, et sont confrontés à l’hiver le plus froid de la ville de Mexico, sans vêtement ni couverture, à l’air libre. Il y a peu de signes de facilitation et un abandon total de la part des gouvernements fédéraux et de la ville de Mexico…

Joseph Toussaint, un enseignant de 26 ans, a quitté sa classe à Port-au-Prince pour fuir l’extrême pauvreté et s’est retrouvé avec une pelle, des cloisons et du ciment pour travailler comme maçon temporaire sur un chantier de construction dans la dangereuse colonie de Quetzalcoatl à Iztapalapa

Cher ami, voilà un succinct état de la situation de nos frères en fuite sur un seul point du globe. Néanmoins, ils sont partout, partout, même en Turquie.

Ta première interrogation tient-elle encore ? Nos congénères n’ont pas deux choix. Que l’ange ou le démon leur offre le bras pour sauver leur peau, ils devront se presser pour attraper la main tendue. Les questions douteuses seront posées plus tard. Il y a urgence dans la demeure. Il faut mettre fin à la crise!

 Max Dorismond

 NOTES

1 — L’anaconda peut atteindre jusqu’à 9 mètres de longueur. (Src. : Wikipédia)

2 — Src. : Wikipédia

3 — Journal « El Universal » du 7 janvier 2024

4 — L’article : https://www.eluniversal.com.mx/nacion/haitianos-el-nuevo-rostro-de-la-ciudad-de-mexico/

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