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Haïti – Société : une année 2021 marquée par l’ombre de la mort

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Cette année 2021 a vu une société haïtienne paralysée par l’insécurité et des crises qui n’en finissent pas. Les enlèvements, les attentats à la vie, plusieurs phénomènes ont affecté la population qui n’a pas cessé d’être témoin de la violation de ses droits fondamentaux et de l’indifférence manifestée par les autorités.

Cette année a été lourde à porter quand on tient compte de l’aspect humain. En effet, c’est balançant entre l’horreur et l’effroi, au gré des scénarios les plus improbables, que la société haïtienne arrive à la fin de l’année. C’est aussi en jouant à cache-cache avec la mort que la population se prépare à accueillir la nouvelle année. Avec les gangs qui se multiplient et élargissent leurs territoires, s’affrontant et multipliant les pertes en vies humaines et en biens.

Martissant se dresse d’ailleurs comme l’une des références lorsque la question des affrontements entre gangs armés est posée sur la table. Une situation qui lui donne des aspects de couloir de la mort. Malheureusement, Martissant n’est pas la seule zone réputée de non-droit dans le pays. C’est Port-au-Prince dans sa globalité qui se  taille une réputation de zone dangereuse surtout avec les enlèvements.

Dans son dernier rapport datant du 15 décembre 2021, le Centre d’Analyse et de Recherche en Droits de l’Homme (CARDH) déplorait le fait que plus de 200 groupes armés soutenus par les autorités opéraient en Haïti. Il était aussi question de 949 cas d’enlèvements, dont 55 perpétrés à l’encontre de ressortissants étrangers enregistrés au cours de l’année 2021. Un chiffre qui n’est, sans doute, pas resté figé une fois pour toutes. Une situation qu’il est impossible de vivre sans en subir les conséquences.

Séquelles psychologiques

Si la population haïtienne a cette réputation de résilience qu’on lui attribue, les impacts existent tout de même. Cette situation plonge plusieurs victimes dans un état de stress qui, à force de faire partie de leur quotidien, devient comme un vieil ami. Seulement, l’aspect psychologique est peu considéré par le gros de la société haïtienne et lorsque ce stress devient néfaste pour la santé physique et mentale, peu de gens savent faire le lien. C’est ainsi que plusieurs cas de suicide ont été enregistrés cette année, dont un cas rapporté par des étudiants de l’Université Quisqueya (UniQ): un camarade serait passé à l’acte.

Le psychologue Verlanda Alexandre, dans une entrevue accordée au journal Le Quotidien News, disait de la résilience qu’elle est cette aptitude à aller de l’avant le plus vite possible et à ne pas demeurer dans la souffrance. Seulement, ce n’est pas toujours une solution, surtout pour un peuple familier  de la précarité, des catastrophes naturelles et des situations de troubles. « Nous ne sommes pas vraiment guéris du trauma dont nous avons été  victimes. D’où son nom: résilience », expliquait-elle. D’ailleurs, la résilience puise ses racines dans le déni et l’isolation.

Qu’en est-il de l’éducation ?

L’éducation a toujours fait les frais des crises au sein de la société haïtienne. Depuis plusieurs années, les écoliers haïtiens essayent tant bien que mal de boucler leurs programmes, bravant toutes sortes de crises, jonglant entre manifestations, échanges de tirs, fermetures des établissements scolaires. Cette année n’a pas été différente. Entre Covid-19 et mouvements de protestation, l’apprentissage n’a pas été très facile. Ajoutés aux situations d’instabilité générale, certains élèves n’ont pas eu droit à une année académique moyennement normale comme les autres. À Martissant et à Grand-Ravine par exemple, des écoles ne pouvant plus garantir la sécurité des élèves et du personnel ont dû quitter leurs locaux en septembre après que plusieurs aient été obligées de fermer leurs portes avant la fin de l’année académique 2020-2021.

Le scénario à l’université n’a pas été différent et cette année, la vie des universités a été marquée par un grand nombre de jeunes abandonnant leurs études par crainte de l’insécurité ou tout simplement pour fuir le pays et chercher leur avenir ailleurs. Parallèlement, l’accès à l’éducation supérieure a été réduit en raison des troubles à Port-au-Prince et à Martissant, une zone devenue de plus en plus impraticable. Port-au-Prince a vu le nombre de ses habitants augmenter  parce que beaucoup de jeunes et de parents ont préféré s’y installer par souci d’éviter de traverser régulièrement le couloir de la mort. Toutefois, ils sont nombreux, parmi les derniers élèves à avoir obtenu leurs baccalauréats, à ne pas pouvoir accéder à l’université. La faute aux faibles moyens économiques et à l’insécurité.

Ajouté à cela, le séisme du 14 août 2021 qui a ravagé la côte Sud est venu compliquer la situation : SOS lancés, hôpitaux saturés, zones reculées livrées à elles-mêmes, cargaisons de secours prises d’assaut ou détournées, le Grand Sud en a vu de toutes les couleurs et le pays a eu droit à des spectacles bien tristes. Les pertes en vie humaines et matérielles ont été lourdes pour le pays qui a été secoué sans ménagement  et qui a vu ses dernières gouttes de fierté partir avec l’assassinat brutal de son dernier Président : Jovenel Moïse. Un tableau triste à peindre et difficile à vivre. Puisse la conscience collective se réveiller en 2022 et apporter un vent de changement avec elle.

Ketsia Sara Despeignes

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