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La violence faite aux femmes : l’urgence d’un problème social à traiter

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La violence faite aux femmes est un sérieux problème social, à bien observer les débats qu’elle suscite dans l’espace public, en particulier dans l’espace médiatique. Mais encore plus que le phénomène lui-même, ce sont les effets qu’il engendre qui constituent le point nodal de ce problème social. La violence faite aux femmes influe négativement sur le comportement et l’éducation de ces dernières en les conduisant à accepter implicitement la projection d’une image dévalorisée et dévalorisante d’elles-mêmes, par l’incorporation des schèmes perceptifs de comportements et d’attitudes machistes à leur égard. Comment alors traiter la violence faite aux femmes en l’interrogeant dans sa genèse sociale ?  Quel régime de compréhension construire sur ce phénomène, eu égard à sa réalité insaisissable ? Et quelles sont les stratégies possibles, assorties d’efficacité et de rationalité décisionnelle, pour éliminer, du moins diminuer la violence faite aux femmes ? 

Pour y apporter des éléments de réponses, nous nous proposerons d’abord d’interroger la violence faite aux femmes dans sa genèse sociale, tout en révélant l’ambiguïté de l’expression « violence faite aux femmes ». Ensuite, nous proposerons les stratégies et les décisions rationnelles et efficaces à adopter pour réduire la violence faite aux femmes.

En interrogeant d’abord la violence faite aux femmes dans sa genèse sociale, il nous importe de souligner que l’expression « violence faite aux femmes » est affectée d’une ambiguïté sournoise. En effet, cette expression révèle les victimes et cache les bourreaux. Si les femmes sont ici désignées comme les victimes, qui sont alors les bourreaux ? Le sens commun, par un certain empressement incalculé, désigne les hommes comme les bourreaux, c’est-à-dire ceux qui sont les auteurs des violences faites aux femmes. Mais il existe aussi, il ne faut pas l’ignorer, des femmes qui exercent des actions de violence sur d’autres femmes. Placé dans le contexte précis de la promotion des droits de la femme, le sujet nous invite à nous intéresser aux violences des hommes à l’égard des femmes. 

La violence faite aux femmes, dont le sens se joue dans son expression toujours plurielle, semble enracinée dans les rapports sociaux structurés entre les hommes et les femmes. Étant structurés, ces rapports sociaux sont également structurants, dans le sens qu’ils structurent le comportement des hommes à l’endroit des femmes. À vrai dire, ces rapports sociaux sont des rapports de domination favorisés par un mode de socialisation qui construit les hommes en dominants et les femmes en dominés, dans la logique bourdieusienne de la domination sociale.

Ce qui emporte l’idée que la violence faite aux femmes sous l’angle que nous la traitons ici, qu’elle concerne les violences intra-familiales incluant les violences conjugales (pouvant être physiques ou verbales, entre autres) ou qu’elle touche aux violences sexuelles allant d’un simple attouchement non consenti aux viols sans oublier les nombreux cas des féminicides, est l’expression d’une domination masculine socialement construite pourtant donnée pour naturelle. Autrement dit, de ce qui précède il résulte que la violence faite aux femmes tire sa genèse de l’ordre social inégalitaire. Ainsi, dans cet ordre d’idées indiqué, comment donc la réduire ?

En nous intéressant maintenant aux propositions pour diminuer la violence faite aux femmes, disons que la première décision stratégique, rationnelle et efficace à prendre est d’instaurer un régime éducatif qui soit intégratif (et non exclusif !), et qui débouchera sur une resocialisation à partir de laquelle les hommes et les femmes pourront développer des rapports sociaux plus sains, qui ne seront pas entachés de domination masculine. Car tant que les hommes ne sont pas (ré)socialisés de manière à reconnaître et respecter le droit des femmes d’exister et de vivre au nom d’une altérité harmonieuse, les femmes ne cesseront pas d’être victimes de violences des hommes même s’il y a l’appareil judiciaire répressif et les défenseurs des droits humains pour respectivement punir et dénoncer ces actes de violences. C’est pourquoi il est une nécessité impérieuse de (ré)canaliser, hors de tout phallocentrisme, les canaux de socialisation. Puis, au second plan, pourra être adoptée la décision de camper ou de renforcer une/la politique de la défense des droits de la femme qui sera elle-même incluse dans la politique de la défense des droits humains, ce qui permettra de voir et de traîter la femme comme un être humain avec ses différences, mais pas inférieur. 

Mais, en définitive, quelle que soit l’efficacité de l’action stratégique adoptée, assortie ou pas de rationalité décisionnelle, on ne parviendra pas à éliminer totalement la violence faite aux femmes. Car elle est un fait social. Les faits sociaux, pour peu qu’on le sache, existent indépendamment de la volonté des sujets ou acteurs sociaux. Et en tant que fait social, la violence faite aux femmes est complexe au sens d’Edgar Morin, c’est-à-dire qu’elle requiert des regards multiples par et pour son examen.

En outre, elle est un phénomène sociologique normal au sens durkheimien du terme et utile dans la perspective marxiste. Le terme « normal » n’étant pas à prendre dans le sens moral ou axiologique, c’est l’idée que le phénomène de la violence faite aux femmes s’observe dans toutes les sociétés humaines, sous une forme ou sous une autre. Mais sa valeur utilitaire ne tient-elle pas au fait de générer des « bénéfices secondaires » dont parle Karl Marx, c’est-à-dire en favorisant la création des postes ministériels, des organismes de défense des droits de la femme et l’existence des spécialistes ou intellectuels produisant des ouvrages sur ce phénomène ?

Jean Guilbert Belus

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