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Les questions migratoires haïtiennes sous le feu des projecteurs à l’occasion du 3e Sommet de l’Afro-descendance

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Le troisième Sommet international de l’Afro-descendance appelé également Cumbre Afro ou Afro Summit s’est tenu au campus de l’Université de Porto Rico du 18 au 23 mars 2024 autour du thème : « Nos diasporas : Mondialisation, migration et déplacement aujourd’hui ». Une édition dédiée à Haïti en reconnaissance de sa contribution historique en tant que première République Noire au monde. Cet événement a été l’occasion de mettre en lumière les différents défis auxquels sont confrontés les migrants afro-descendants.

D’après l’écrivaine portoricaine et professeure d’Université Mayra Santos Febres, la cumbre a servi aussi de plateforme pour dénoncer les injustices sociales et promouvoir une plus grande inclusion des Afro-descendants. « L’Afro Summit 2024 vise à rendre visible le flux migratoire que connaissent actuellement les populations afro-africaines en Haïti, à Cuba, en République Dominicaine et à Porto-Rico », a-t-elle souligné.

Le périlleux voyage des migrants haïtiens en quête d’une vie meilleure

Joint au téléphone par la rédaction de Le Quotidien News, Erica Joseph, auteure, relationniste internationale, l’une des panélistes à cet événement, a fait un retour sur son intervention. Son allocution a mis en avant la migration haïtienne, plus précisément elle a présenté une partie de ses recherches qui dépeint le calvaire des migrants haïtiens vers l’Amérique. En Haïti, pour tenter d’échapper aux violences des gangs armés, les Haïtiens risquent leur vie lors de leur voyage vers l’Amérique Centrale et du Sud pour se rendre aux États-Unis. À travers son chronique : “Wout la et Lala” ou “le parcours d’une combattante”, Erica Joseph raconte l’histoire d’une migrante haïtienne en quête d’une meilleure vie. Elle a quitté le Chili pour emprunter l’enfer de la jungle de Darién dans le seul espoir d’atteindre les États-Unis. Ce récit met l’accent sur les réalités poignantes auxquelles les migrants font face, notamment les barrières linguistiques, la vulnérabilité accrue aux abus, entre autres.

Par ailleurs, « la vague d’émigration des Haïtiens a des conséquences significatives et néfastes sur le développement du pays, telles que la perte de main-d’œuvre qualifiée, la fuite des cerveaux – le capital humain, les ressources familiales (les familles restées en Haïti, car elles perdent le plus souvent un membre contributeur à leur revenu familial). À long terme, cela peut accroître la pauvreté et les difficultés économiques pour ces familles, limitant ainsi leur capacité à investir dans l’éducation, la santé et d’autres besoins fondamentaux, les investissements locaux et les infrastructures sociales », estime-t-elle.

La cumbre afro : un événement mémorable contre les discriminations à l’égard des Afro-descendants

Mme Joseph en a profité pour saluer l’engagement du professeure Mayra Santos Febres  qui a un parcours littéraire remarquable et qui a effectué un travail impeccable dans la lutte pour le bien-être des Afro-descendants. « En tant qu’écrivaine et activiste portoricaine, elle s’est engagée dans la lutte contre la discrimination raciale et sociale. À travers ses écrits, Santos Febres a dénoncé les stéréotypes et les préjugés persistants à l’égard des Afro-portoricains, explorant les thèmes de la race, de l’identité et de la marginalisation. En outre, elle a activement participé à des initiatives communautaires et à des mouvements sociaux visant à promouvoir l’égalité des droits et à lutter contre la discrimination raciale », explique-t-elle, soulignant que la professeure a également joué un rôle central dans l’organisation de ce sommet, en rassemblant diverses catégories de personnes, dont des chercheurs, des féministes, des activistes et des auteurs éminents.

« La cumbre afro a permis aux Afro-descendants, au cours de ces trois années, de tisser des liens au-delà des frontières qui nous séparent, de découvrir les différentes réalités locales et la multitude d’actions que nous menons dans divers domaines. Les invités et les organisateurs se sont tous engagés dans une critique constructive, nous permettant ainsi d’évaluer et de réévaluer les dynamiques de ces espaces, et de nous engager envers les piliers antiracistes, participatifs, décoloniaux, et les horizons de justice de nos mouvements », soutient la relationniste.

Durant cette semaine, diverses activités étaient proposées au grand public, telles que des forums de discussion, des ateliers de lutte contre le racisme, des présentations de livres et des expositions d’art. En effet, cet événement s’inscrit dans le cadre de la Semaine pour l’éradication du racisme et l’affirmation de l’Afro-descendance, qui met en lumière l’engagement permanent de Porto-Rico en faveur de la promotion de la diversité et de l’égalité.

Ainsi, le sommet Afro joue un rôle essentiel dans la lutte contre les discriminations à l’encontre des Afro-descendants, en sensibilisant, en plaidant et en renforçant les réseaux au-delà des frontières, tout en promouvant la diversité et l’inclusion. « Ce sommet a permis aux Afro-descendants de se connecter au-delà des frontières, de découvrir différentes réalités locales et de s’engager dans une critique constructive, en soutenant les piliers antiracistes, participatifs et décoloniauxDans un contexte marqué par un capitalisme racial destructeur, le partage et l’hospitalité offerts par le sommet ont été réparateurs, inspirant l’espoir en un monde meilleur », souligne l’auteure de “Wout la et Lala”.

« Je ne peux pas changer le monde, mais chaque fois que j’en ai l’occasion, j’essaie toujours de faire quelque chose pour contribuer à un changement plus important. Je crois en l’espoir et en la construction communautaire », soutient-elle. Toutefois,en raison de ses expériences en tant que migrante, elle a fini par adopter ce dicton : « Le foyer n’est pas un endroit, c’est un sentiment ». Un sentiment qui peut traverser les frontières géographiques. Le chez-soi est un sentiment de confort et de sécurité, dit-elle.

Marie-Alla Clerville

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