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Violence des gangs sur les institutions scolaires et universitaires en Haïti: impact sur le personnel et les apprenants

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Depuis le début de la nouvelle vague de violence qui sévit dans le pays, les institutions scolaires et universitaires sont parmi les principales cibles des bandits. En effet, le système éducatif haïtien, déjà fragilisé, subit le sort des bandits qui ont pris le contrôle de la zone métropolitaine de Port-au-Prince et de ses environs. Une situation alarmante qui affecte en particulier les personnels éducatifs, les apprenants, les parents et qui met à genoux tout  le système éducatif  en Haïti.

Il faut dire que ces derniers jours les gangs armés ont pillé, vandalisé et incendié plusieurs grands établissements d’enseignement supérieur et scolaire. Parmi ces institutions attaquées figurent la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire, l’École Nationale des Arts (ENARTS), l’École Normale Supérieure (ENS), le Petit Séminaire Collège Saint-Martial, l’École Nationale Guillaume Manigat, pour ne citer que celles-là. En raison de cette insécurité chronique qui gangrène le pays, les écoles ne fonctionnent plus depuis plus d’un mois.

Le directeur de l’École Nationale Guillaume Manigat (ENGM), Clautaire Israel, explique à Le Quotidien News que les attaques des groupes armés sur les institutions scolaires en Haïti sont profondément déstabilisantes. Car leur présence engendre un climat d’insécurité généralisée qui compromet non seulement la sécurité des élèves et du personnel éducatif, mais aussi l’intégrité physique des infrastructures scolaires. Cette atmosphère de peur et d’incertitude perturbe considérablement l’enseignement et les apprentissages.

« La crise qui sévit dans le pays impacte profondément le fonctionnement normal de notre école, l’École Nationale Guillaume Manigat située dans la zone basse de la ville de Port-au-Prince, elle est exposée à toutes les tensions de la région. Malheureusement, notre école n’est pas épargnée par cette crise. Les activités scolaires sont interrompues en raison de l’insécurité qui règne dans les environs. Les groupes armés ont réussi à pénétrer dans l’espace de l’école, créant un climat de peur et d’incertitude. En tant que responsable, je suis confronté à des difficultés pour évaluer les dégâts, car il m’est impossible de pénétrer dans l’établissement en toute sécurité », se désole M. Israel, rappelant que les actes de vandalisme infligés auront des répercussions graves sur le fonctionnement à nouveau desdits établissements.

« Outre les dommages matériels causés aux infrastructures et aux équipements scolaires, ces actes créent un sentiment d’insécurité et d’instabilité au sein de la communauté éducative. La restauration des bâtiments endommagés et le remplacement du matériel nécessitent des ressources financières importantes, ce qui pourrait affecter le budget de l’école et compromettre la qualité de l’enseignement », ajoute-t-il.

La jeunesse haïtienne face à un avenir incertain

L’éducation, l’un des éléments cruciaux contribuant au développement d’un pays tant sur le plan économique que social, est face à un chaos sans précédent. En effet, le fonctionnement des écoles par intermittence peut avoir des conséquences dévastatrices sur le développement des apprenants. Les interruptions constantes dans les activités scolaires perturbent les processus d’apprentissage.  

« Je constate que l’arrêt répétitif des cours entraîne des lacunes dans les connaissances et les compétences acquises. Je remarque que les élèves sont privés d’une continuité éducative nécessaire à leur développement intellectuel et social. De plus, le climat d’insécurité et de tension peut générer du stress et de l’anxiété chez les élèves, ce qui nuit à leur concentration et à leur bien-être psychologique. En conséquence, je crains que les apprenants risquent de ne pas atteindre leur plein potentiel académique et personnel en raison de ces perturbations constantes », regrette le Directeur de l’ENGM, rappelant que cette situation renforce les inégalités d’accès à l’éducation et menace le développement futur des jeunes Haïtiens.

Marc-Kingly Merat, l’un des fondateurs de l’association Union des Lycéens et Président du Lycée Alexandre Pétion, croit en une Haïti où l’éducation devrait être au premier plan de l’agenda de l’État. « Dans le crépuscule d’Haïti, chaque pas devient une danse infernale. Dans l’ombre des puissants, une triste demeure ou l’espoir lutte pour se frayer un sentier de l’avenir. Nelson Mandela disait “l’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde”. Cette phrase montre combien l’accès à l’éducation est crucial pour le développement d’une société. Cependant en Haïti, aller à l’école, c’est risqué sa vie », soutient-il.

M. Merat estime que le fonctionnement des écoles par intermittence n’entraîne que la médiocrité  des apprenants. « Pour une éducation saine, il nous faut un environnement sain et sécuritaire où les élèves peuvent circuler en toute quiétude. En ce sens, l’État doit prendre en main ses responsabilités, non seulement pour garantir l’accès à l’éducation mais également la sécurité des citoyens ».

Par ailleurs, selon le directeur de l’ENGM, pour éviter que les bandits prennent davantage le contrôle des institutions scolaires et universitaires, l’État doit prendre des mesures décisives. Tout d’abord, il est essentiel de renforcer la sécurité autour des écoles et des campus universitaires en augmentant la présence policière et en installant des dispositifs de surveillance efficaces. Ensuite, des campagnes de sensibilisation doivent être menées pour encourager la participation active de la communauté dans la protection des établissements éducatifs.

Toutefois, il encourage la mise en place des programmes de prévention de la violence et de lutte contre le recrutement des jeunes par les groupes criminels. Il est également essentiel d’améliorer les conditions socio-économiques des communautés environnantes pour réduire la vulnérabilité au recrutement par les bandits. « Enfin, des réformes législatives et judiciaires doivent être envisagées pour renforcer les sanctions contre ceux qui s’attaquent aux institutions éducatives, assurant ainsi un environnement sûr et propice à l’apprentissage pour tous les jeunes Haïtiens », souligne M. Israel.

Marie-Alla Clerville

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