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Pertes en capital humain, actes de pillage, la BRH analyse l’impact de l’insécurité sur les institutions financières !

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Haïti est en proie à une situation de violence extrême depuis plus de deux ans. Cela a impacté négativement les institutions financières. Selon une enquête réalisée par la Banque de la République d’Haïti (BRH) allant sur la période de juin 2023 à mars 2024, toutes les banques commerciales, d’épargne et de logement ont enregistré des pertes et dégâts en biens, matériels et autres au cours de la période sous-étude !

 « Toutes les banques commerciales ont été victimes de pillage. 2 sur 5 ont été victimes d’incendie; 4 sur 5 ont vu emporter leurs coffre-fort dans des succursales. Par ailleurs, 12,1% des institutions financières non bancaires ont été en proie à des actes de pillage, 6,1% ont souligné le vol de leur coffre-fort et 48,5% ont indiqué d’autres types de pertes et de dégâts », a rapporté la Banque de la République d’Haïti lors de la deuxième parution de sa rubrique « BRH-Info à la loupe». Elle précise qu’« en moyenne, 4 succursales des banques commerciales ont subi des pertes et dommages liés à la récente dégradation des conditions de sécurité du pays ». En ce qui concerne les institutions financières, en moyenne, 7 succursales d’entre elles ont été endommagées, a révélé la Banque Centrale.

Mis à part les actes de pillage et d’incendie, les banques commerciales ont fait face à d’autres incidents parmi lesquels « des difficultés pour réaliser des transactions coutumières, telles que la collecte de l’épargne, les décaissements, le renflouement des distributeurs automatiques de billets (ATM) et des coffres forts de certaines succursale ». Les responsables des institutions financières ont également mentionné, selon la BRH, la détérioration de la qualité du portefeuille, les circonstances limitant le volume des retraits journaliers, la fermeture et le transfert de certaines succursales, la perte de contact avec certains débiteurs, ainsi que des vols de motocyclettes et des enlèvements.

À en croire la Banque Centrale, parmi les 14 institutions financières qui ont pu fournir une estimation des coûts des pertes et dégâts enregistrés sur cette période, la moitié (7) a indiqué des montants dépassant  75 000 dollars ÉU. Selon la BRH, cette situation concerne 4 sur 5 des banques commerciales (80 %) et 3 sur 8 des institutions financières non bancaires (37,5 %). « Une des institutions financières non bancaires a rapporté des dommages allant de 50 000 à 75 000 dollars ÉU. Par ailleurs, la banque d’épargne et de logement, une banque commerciale (20 %), ainsi que 4 des institutions financières non bancaires ont enregistré des pertes ne dépassant pas 25 000 dollars ÉU », a révélé la Banque Centrale.

Les cas de démission !

Toutes les banques commerciales ainsi que la banque d’épargne et de logement ont fait face à des cas de démission ou d’abandon de poste au cours des 9 mois précédant l’enquête, à en croire la BRH. De même, souligne-t-elle, près de 90 % des institutions financières non bancaires ont perdu certains membres de leur personnel pendant la période susmentionnée.

Il est dit dans le document que globalement, 75 % des institutions qui ont participé à l’enquête ont indiqué avoir enregistré entre 1 à 25 démissions ou abandon de poste de leurs employés ; 8 % ont indiqué avoir perdu entre 26 et 50 employés, 5 % entre 51 et 100 employés et 3 % entre 101 et 150 employés. « Au niveau des banques commerciales, elles ont indiqué avoir perdu des employés respectivement dans chacune des tranches d’âge : une a rapporté avoir perdu entre 1 et 25 employés, deux entre 26 et 50 employés, une entre 51 et 100 employés et une autre entre 101 et 150 employés. La banque d’épargne et de logement a rapporté avoir perdu entre 1 et 25 employés. Parmi les institutions financières non bancaires, 82 % (27) ont rapporté avoir perdu entre 1 et 25 employés, 3 % (1) entre 26 et 50 employés et 3 % (1) entre 51 et 100 employés », a rapporté la BRH.

Par ailleurs, les cas de démission et d’abandon qu’ont connu les institutions financières concernent à la fois les plus expérimentés ainsi que ceux ayant un nombre d’années d’expériences limitées, notamment ceux ayant entre 5 et 10 ans d’expérience, suivis respectivement par ceux ayant plus de 10 ans dans l’institution et ensuite ceux ayant entre 1 et 5 ans d’expérience.

Le recrutement de personnel au sein des institutions faisant partie de l’enquête peut être considéré comme une réponse de mitigation aux pertes en ressources humaines enregistrées. En effet, deux tiers (2/3) des institutions ont avancé avoir perdu et recruté du personnel sur la même période. Les 5 banques commerciales, la banque d’épargne et de logement et 60 % des institutions non bancaires, soit 20 d’entre elles, ont rapporté avoir procédé à des recrutements, a fait savoir la Banque de la République d’Haïti.

Selon cette dernière, diverses stratégies ont été adoptées par les institutions financières pour attirer de nouvelles compétences. Celles-ci incluent les recommandations (46 %), les avis sur les plateformes numériques (46 %) et des partenariats avec des universités ou des écoles professionnelles (19,2 %). « Parmi d’autres approches mentionnées figurent des affiches dans les locaux de leurs succursales, des promotions et recrutements internes et des notes publiques aux institutions partenaires », ajoute la BRH en précisant par ailleurs que les recrutements effectués traduisent la diversification des besoins et des priorités organisationnelles.  « Les récentes embauches dévoilent une prévalence marquée dans des domaines clés : Service à la clientèle (57,7 %), Officier de crédit (57,7 %), Comptabilité et Finance (57,7 %), Informatique et Technologie (15,4 %), Économiste (3,8 %) et Autres (7,7 %) », a-t-on ajouté.

Les institutions financières n’ont engagé aucun postulant de moins de 25 ans, une grande proportion, s’élevant à 88,5 %, se situe dans la tranche d’âge de 25 à 34 ans, illustrant ainsi un choix prononcé pour des profils jeunes et dynamiques au sein des nouvelles cohortes professionnelles. Toutefois, parmi les nouvelles recrues, la BRH dit avoir constaté une diversité en termes de niveau de formation afin de combler les besoins en qualification et en expertise. À en croire le document, seulement 6 % des nouvelles recrues sont des non-diplômés qui sont exclusivement recrutés par les banques commerciales. « Les diplômés représentent la majorité des nouveaux employés totalisant 47 % dont 81 % se trouvent dans les institutions financières non bancaires. Les titulaires d’une licence constituent 32 % des nouveaux employés répartis entre les institutions financières non bancaires à hauteur de 64 % et de 36 % pour les banques commerciales », a révélé la BRH.

Jackson Junior RINVIL

rjacksonjunior@yahoo.fr

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