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Joeanne Joseph, figure de proue des luttes féministes

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Institué depuis la fin du siècle dernier, le mouvement féministe a réussi à se faire une place dans les luttes sociales en Haïti. Rejoint par plus d’un, il s’est implanté par la force de ses revendications. Parmi les figures emblématiques derrière cette lutte pour le droit à l’égalité, Joeanne Joseph s’est constituée une image imposante qui transcende les idées préconçues. Qui est Joanne Joseph?

Joeanne Joseph est née un 12 novembre 1985 à la Plaine du Nord, au Cap-Haïtien. Elle grandit à Port-au-Prince dans un environnement qui lui valut son fort caractère et son éducation transversale. Elle se faisait respecter par son entourage et savait se défendre quand la situation se présentait, tout en ignorant qu’elle exerçait son droit au respect et à la liberté. Elle a étudié le théâtre et les arts dramatiques au Petit Conservatoire et la communication à la Faculté des Sciences Humaines.  Elle est esthéticienne, commerçante, comédienne, écrivain, militante, activiste, mère de famille et féministe.

« Je dois avouer qu’être féministe, c’est avoir la capacité d’identifier, de respecter et de se préparer pour entamer la lutte pour les droits humains, précisément ceux de la femme car ce sont elles qui sont les plus marginalisées sur les points politique, social et économique », confie Joeanne au journal.

Pour entamer la lutte, elle rejoint en 2014 Pascale Solages et Gaëlle Bien-Aimée, militantes depuis des années auparavant, pour fonder « Nègès Mawon » une structure féministe par laquelle elles matérialisent leur  projet de mettre la main à la pâte. Depuis deux ans, elle est responsable de l’un des programmes les plus importants de cette structure intitulée « Marrainnage ». Un programme d’accompagnement pour les femmes victimes de violences.

« Qu’importe la typologie de la violence qu’ait pu subir une femme, elle peut se rendre dans les bureaux de « Nègès Mawon » et nous ferons les suivis nécessaires »,  indique la militante.

Ayant observé les changements intervenus grâce à la bataille menée par les féministes avant elle, tels que le droit de vote des femmes, le droit à un salaire,  au congé maternité, à l’éducation et à la liberté d’expression, Joeanne s’est dit que les femmes n’ont plus besoin d’une béquille humaine (l’homme) pour se faire entendre puisque les deux sont nés avec la même capacité d’apprentissage et d’adaptation aux principes naturels. Avec le temps, la majorité des droits de la femme sont bafoués et méprisés, ce qui amène une lutte sans cesse pour la récupération de ces droits acquis au prix du sang.

Elle poursuit pour dire:« La lutte que nous menons est celle pour une égalité en droit, les femmes ne sont pas en guerre contre les hommes. Elles se battent pour leur droit, un salaire équitable pour un même travail, la même confiance dans les postes décisifs et la même écoute lors des prises de parole».

Le terme féminisme est parfois mal vu par certains qui ne prennent même pas la peine de faire des recherches sur les théories qu’il implique. Le sujet est mal abordé, mal appréhendé et mal apprise par certains qui désirent y prendre part. Tout le monde n’est pas obligé d’être féministe, dit-elle. Cette lutte s’apprend au fil du temps. C’est une position par rapport à telle chose. On ne saurait boycotter ce que l’on n’arrive pas à cerner, a-t-elle fait savoir.

Lorsque Joeanne voulait s’imposer comme féministe, sa famille n’avait rien contre. Elle présentait les traits d’une féministe bien avant qu’elle n’eut connaissance de ses droits et devoirs et sa famille connaissait ses positions par rapport à d’autres. Pourtant, l’Église Évangélique qu’elle fréquentait a ordonné des prières à son encontre. Le pasteur voulait chasser le démon qui voulait la détourner du chemin qui, pour lui, était le droit. Elle s’est imposée et sa lutte continue de porter fruit.

« Personne n’est obligé d’être féministe, c’est mon premier point de vue. Et le second est le suivant, il n’y a aucun mal à être féministe. Se faire respecter et faire valoir ses droits ne devrait pas être une lutte. Le problème est à la base même de notre éducation », regrette l’activiste.

L’éducation haïtienne se focalisant sur la formation de caractère pour l’homme et l’apprentissage des choses de la maison telles que le ménage, la cuisine, le repassage, le coït et l’éducation des enfants sont réservés à la femme. Elle doit rester muette pour laisser parler, choisir et décider son homme. Cela est la véritable bataille des féministes qui revendiquent que la femme est née avec la même capacité que l’homme et que celui-ci doit cesser de se sentir supérieur à elle, car ils sont tous les deux des êtres à part entière.

En ayant assez de tous ces principes imposés par l’homme, Joeanne se dévoile:« Pour m’exposer en tant que féministe, j’ai eu le courage de dire que  je n’ai pas besoin de béquille. Ce n’est pas la peine aussi d’utiliser les garçons comme béquille parce que nous avons nos points forts comme nos points faibles. Aujourd’hui, toute personne a le droit d’être féministe, il suffit simplement d’apprendre. Le lutte a besoin de nouveaux bras et, hommes comme femmes, vous êtes tous bienvenus ».

Geneviève Fleury

genevievef359@gmail.com

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