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Entre insécurité et crise pluridimensionnelle, des Haïtiens ont dansé  le carnaval !

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Le carnaval 2023 a eu lieu comme prévu. Plusieurs grandes villes se sont ornées de couleurs pour cet événement traditionnel. Une grande foule et nombre d’artistes et de groupes musicaux ont pris part aux trois jours gras, dans différentes communes. Comme l’année précédente, le Gouvernement d’Ariel Henry a accordé un soutien financier aux municipalités qui ont manifesté leur intention d’organiser ces festivités en dépit de l’insécurité qui prévaut et de la crise pluridimensionnelle.

Du 19 au 21 février, le pays était paré de couleurs. Dans la capitale, notamment à Lalue et au Champs-de-Mars, une foule spectaculaire contrairement aux deux années précédentes, s’est déplacée pour le carnaval traditionnel de Port-au-Prince, autour du thème: « Rekonsilyasyon pou lapè ». Des défilés en plein jour et des déhanchements tard dans la nuit étaient au rendez-vous même si, le carnaval de cette année n’avait rien de comparable avec les années précédentes, selon beaucoup de carnavaliers.

Évidemment, la conjoncture actuelle a engendré des mesures nouvelles et spéciales pour les festivités carnavalesques. D’ailleurs, à cause de l’insécurité meurtrière, des festivités qui pouvaient durer jusqu’à l’aube se sont terminées aux environs de dix et onze heures du soir. Les déplacements carnavalesques sans aucune préparation d’une ville à l’autre, parfois d’un département à l’autre ne sont plus que des souvenirs lointains car le risque de croiser à mi-chemin un groupe de bandits armés est trop élevé. 

Dans d’autres villes du pays, comme à Jacmel, au Cap-Haïtien, à Miragoâne ou encore à Ouanaminthe, les festivités étaient plus ou moins grandioses. En outre, plusieurs artistes se sont joints aux réjouissances carnavalesques. La présence d’artistes et de groupes musicaux comme Team Madada, Rockfam Lame, Fantom et Izolan qui était pourtant un opposant farouche à l’organisation du carnaval lors des années précédentes à cause des circonstances. D’autres groupes encore ont participé aux différents défilés sur des chars ou ont contribué à l’ambiance festive avec leurs morceaux de musique sortis pour l’occasion.

Une chose qui n’a pas changé, cette année, c’est le soutien financier du Gouvernement. En effet, pour l’organisation du carnaval, le Ministère de la Culture et de la Communication a offert un petit soutien financier à certaines  communes  désireuses de réaliser leur carnaval. Si certaines communes ont bénéficié de ce support, la mairie de la commune de Marigot a jugé, elle, le montant alloué trop maigre et a retourné le chèque au Ministère de la Culture.

La commune de Marigot, située dans le département du Sud-Est, a effectué le retour d’un chèque d’un montant de 500 000 gourdes à la Ministre de la culture Emmelie Prophète en date du 20 février dernier. «  L’administration communale vous retourne le chèque relatif de financement des activités carnavalesques de 2023 numéro 06024362 d’un montant de cinq cent mille (500 000) gourdes, cette décision est prise moyennant que ce montant ne correspond pas aux différentes dépenses liées à l’organisation du carnaval à Marigot », pouvait-on lire  dans une correspondance  signée par Danneau René, maire de Marigot.

Le bilan humain des festivités carnavalesques est  lourd. Durant les trois jours gras, selon une estimation partielle, une trentaine de personnes auraient été blessées ou tuées, à travers le pays. À Port-au-Prince, il est difficile de déterminer avec exactitude le nombre de personnes victimes. Le seul cas confirmé est celui d’un homme dont l’identité n’a pas été révélée, victime de blessures par balles, le deuxième jour gras, sur la place des artistes au Champs-de-Mars. Apparemment, des individus armés non-identifiés l’ont abattu de sang-froid dans un bar.

À Jacmel, environ 29 personnes ont été victimes d’agressions physiques durant les trois jours gras. Selon les responsables de l’hôpital Saint-Michel de Jacmel, la plupart des victimes ont été agressées avec des armes blanches. Au Cap-Haïtien, 8 armes à feu ont été confisquées et 6 personnes ont été blessées. Par la même occasion, 8 individus ont été arrêtés pour port illégal d’armes à feu et troubles à l’ordre public, ont fait savoir les autorités policières.  

Malgré les nombreuses crises et les moments particulièrement difficiles que traverse le pays, le Gouvernement a trouvé les ressources pour supporter les festivités carnavalesques et offrir au peuple ce plaisir. Et en dépit de l’atmosphère de tension et les crimes qui se multiplient, beaucoup de gens ont foulé les rues pour danser leur misère et leurs déboires. Aujourd’hui, la déclaration populaire de l’écrivain Jean Price Mars semble plus vraie que jamais. En effet, pour le répéter, « l’Haïtien est un peuple qui chante et qui souffre, qui peine et qui rit, un peuple qui rit et se résigne ». Dans un pays où il n’y a pas de justice, pas d’infrastructures sociales et politiques, il y a assez de ressources et de volonté pour réussir un petit carnaval !

Leyla Bath-Schéba Pierre Louis

pleyla78@gmail.com

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