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Le poison emballé dans les apparences de la démocratie

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Les enjeux sont de taille en Haïti. Tout s’articule autour de la logique de rester toujours au pouvoir. C’est l’enjeu premier et dernier. La première République noire indépendante du monde présente le profil d’un pays placé sous coupe réglée par une mafia internationale. Les hommes politiques, les civils armés et, vraisemblablement des franges de la société civile et du secteur économique veillent efficacement sur cet  enjeu de taille qu’ils dissimulent  de mille manières, par le désordre, la turbulence, l’instabilité, etc. Tout le monde joue le jeu en pleine conscience ou non. Chacun joue sa partition comme s’il avait des explosifs sous les pieds. On semble que tous obéissent à notre fameux dicton: « trayi la mouri la ».

On dirait que l’ONU, le Core Group, les États-Unis ont piteusement échoué en Haïti. Cependant, pour avancer une telle hypothèse, il faudrait pouvoir identifier leurs objectifs. Ce jugement ne peut pas  être porté à partir de notre seul prisme de peuple. En fait, la nation, le peuple civil, est pris dans une sorte de complot. Chacun donne le sentiment de pouvoir conserver sa position en toutes circonstances. Des commissaires internationaux défilent pour réajuster le tir à chaque fois que le besoin se fait sentir. Les bons à rien gardent le pouvoir avec l’assurance qu’ils y seront toujours.

Des malheureux incapables, en tout premier lieu de se nourrir, sont alimentés en armes sophistiquées et en minutions en grande quantité. Ils ont l’impression de tout contrôler. Ils décapitalisent la classe moyenne. Ils font du tort aux plus démunis. Ils sont plusieurs centaines à opérer à Port-au-Prince. Ils défient et ridiculisent même le cortège officiel du Premier ministre le 17 octobre dernier. Ils tuent les gardiens de l’ordre et mettent en déroute la police. Pourtant, ils ne s’attaquent pas vraiment aux fondements du système. Ils ne sont pas indépendants.

Les armes nous arrivent en quantité. Les nations voisines ne s’en inquiètent pas, encore moins les États-Unis. Le Président haïtien a été assassiné, d’autres massacres ont eu lieu, le BINUH cautionne cet état de fait. Tout va bien Madame la Marquise. Haïti est devenue comme un jeu vidéo, les acteurs acceptent d’être manipulés par d’autres acteurs plus fortunés, dont les objectifs ne sont connus que d’eux seuls. On  accorde à chacun de ces groupes de minuscules intérêts (vus comme de colossaux avantages) pour qu’ils jouent bravement leur rôle.

Devant cet état de fait, seul le peuple, s’il se réveille de sa léthargie, pourrait briser une telle table bien garnie. Pour cela, il lui faut défier tous les dispositifs préétablis. La montée en puissance des gangs n’inquiète que la population. On dirait que tout est sous contrôle. Si l’un d’eux franchit la ligne rouge, on coupe le courant, l’explosif est déclenché ou on stoppe le jeu tout simplement. On réajuste et on recommence.

Un gouvernement civil est nécessaire si seulement les hommes  de l’État pouvaient en créer les conditions. Le retour à l’ordre normal nécessiterait la mise à l’écart des hommes politiques, ne serait-ce que temporairement. Ces derniers pourraient revenir pour participer aux élections. Quant à la transition nécessaire, la classe politique  servile doit être mise de côté. Dans le cas contraire,  ses principaux éléments continueront à se quereller pour voir dans quelle mesure, ils peuvent utiliser  la période transitoire pour faire pencher la balance de leur côté.

Le pays a besoin d’élections impartiales. Les politiques au pouvoir et hors du pouvoir  constituent des entraves. Les accords placés sur la table rentrent dans le même processus, en l’occurrence garder les positions pour assurer que le projet anti-haïtien puisse suivre son cours. Tous les accords tournent autour de la question de la prise du pouvoir. Les revendications fondamentales du peuple sont écartées. La nation demande de la sécurité, de la justice,  un partage équitable des richesses. Le peuple exige un État de droit, le redressement de l’économie. Or, pendant ce temps, les accords se discutent, pour savoir quelle forme d’exécutif il faut adopter pour mieux profiter de la transition, comment distribuer les postes, comment accaparer les prochaines élections, comment barrer tel groupe ou tel autre groupe. En conclusion, la crise demeure entière.

Le groupe « fantom 509 », de loin moins violent que les gangs, est mis hors d’état de nuire. Parallèlement, les civils armés sont renforcés. Le groupe Fantom qualifié de terroriste était probablement une menace pour le système. Les gangs au contraire représentent un gage pour la tenue d’élections truquées qui vont maintenir les mêmes personnages pour la défense des mêmes intérêts. Daniel Foote n’a pas assez dit, mais il faut que la communauté internationale sache qu’Haïti est un pays souverain et cesse de lui imposer des leaders.

Daniel Sévère       

danielsevere1984@gmail.com

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