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L’Université Quisqueya  mobilise pour la production agricole en Haïti à grande échelle

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Le pays connaît depuis plusieurs décennies une crise alimentaire grave. Près de la moitié de la population haïtienne est sévèrement touchée par ce phénomène. En cette période d’insécurité alimentaire, l’Université  a  un grand rôle à jouer en produisant le savoir-faire nécessaire pour remédier à la crise, et l’Université Quisqueya (UniQ) veut apporter sa contribution.

Ce vendredi 10 juin, par un webinaire, l’Université Quisqueya a proposé une rencontre sur la problématique de la production agricole nationale. Entre les conditions de vie et de travail de la paysannerie haïtienne, la production et la productivité du secteur agricole, ce fut un grand moment de réflexion et d’échanges autour d’enjeux cruciaux pour le pays. Ont pris part à cette rencontre, le Professeur Jacky Lumarque, Recteur de l’Université Quisqueya ; le Dr Michel Chancy, ancien Secrétaire d’État à la production animale et enseignant-chercheur à l’Université ; le Dr Gaël Pressoir, Doyen de la Faculté des Sciences Agronomiques et Environnementales ; Patrick Dorzin, directeur des opérations pour Acceso Haïti ; Marie Rosanie Moise Germain ; Patrick Dessources et Yolette Etienne qui était modératrice.

Lançant les discussions, le Professeur Jacky Lumarque a tenu à rappeler que les difficultés auxquelles font face les paysans ne constituent pas une fatalité, mais sont la résultante d’une série de choix. D’après lui, les choix de politiques publiques des dirigeants nous ont conduits à la situation catastrophique actuelle. « Nous avons délaissé l’agriculture et misé sur le développement des industries, mais cette grande transformation n’a jamais vu le jour, on a donc tout perdu », lance-t-il.

De plus, le rapport méprisant entretenu avec la paysannerie révèle un réel problème dans le tissu social haïtien. Alors qu’elle représente « la force productive par excellence dans le pays », la paysannerie est  désignée sous le sobriquet peu inclusif de « l’en-dehors », et les conséquences se font sentir. Les demandes d’infrastructures, d’accompagnement et de modernité que nécessite le secteur agricole ne trouvent pas de réponses, explique le Professeur Lumarque. « Pas de crédits, pas d’encadrement, pas d’assurances agricoles, pas de système d’irrigation, pas d’accès à la technologie, pas de logistique pour assurer l’écoulement des produits sur le marché. Nous accusons 40% de pertes agricoles par faute de pouvoir acheminer les produits  vers les marchée », dit-il.

Le pays se livre depuis près de quarante ans à l’importation de ses denrées alimentaires. Entre de grandes pertes et l’acquisition de produits de mauvaise qualité, le pays s’enlise chaque jour un peu plus. Les transferts venant des Haïtiens de l’étranger constitue la première rentrée de devises pour le pays. Mais, ces transferts servent particulièrement au financement de l’importation de produits « bas de gamme ». Quand la situation dégénère, l’université doit jouer son rôle pour aider la société à se relever. « Comme université, notre rôle est de mobiliser la recherche pour anticiper les difficultés et rendre disponibles les réponses pertinentes », indique le Recteur de l’Université Quisqueya.

La nécessité d’accompagner les planteurs

Pour Patrick Dorzin, Directeur des opérations pour Acceso Haïti, une agro-entreprise qui soutient les petits agriculteurs du pays, il est important d’aider les paysans à améliorer leur production, tant en qualité qu’en quantité. « Il faut les accompagner durant tout le processus, de la semence jusqu’à la table », dit-il. En termes d’assistance, ce ne sont pas moins de 1,7 millions de plantules, et 850 000 dollars américains qui ont été fournis aux planteurs.

Aujourd’hui, l’entreprise se lance vers la mise en place de centres de traitement communautaire, afin d’alléger le travail des planteurs. « Plus de traitements, plus de proximité, plus de revenus », dit-il.

Gaël Pressoir, Doyen de la Faculté des Sciences de l’Agriculture et de l’Environnement, lui aussi, pense que l’augmentation de la production doit passer par l’encadrement des producteurs agricoles. « Les agriculteurs doivent être encadrés au sein d’un système de régulation où ils pourront augmenter leur production, et encourager les industriels à investir dans la production nationale », souligne-t-il. Pour lui, il faut optimiser l’utilisation des moyens techniques peu coûteux déjà à notre disposition, à travers le développement d’outils simples.

La production animale, un secteur aux opportunités énormes

Dans sa présentation, le Dr Michel Chancy a montré comment la production animale constitue un secteur aux potentiels multiples. Le pays importe près de la moitié de sa consommation de protéines animales. 51% des protéines animales consommées sont produits localement, contre 49% importés. Le poulet est la première consommation haïtienne en matière de protéines animales, 100 millions de dollars des États-Unis sont dépensés pour l’importation de poulets de mauvaise qualité, de la viande congelée. Cependant, près de 850 000 familles haïtiennes font de l’élevage de poulets, un secteur qui représente 50 millions de dollars. 80% de la consommation de volailles dans le pays est importée.

Par contre, en ce qui concerne les bœufs, il s’agit d’un secteur bien plus contrôlé que celui de la volaille.  97% de la consommation, indique-t-il, est produite localement par les 500 000 familles qui se livrent à  l’élevage bovin. Avec environ 1 000 000 bœufs recensés dans le pays,  cela fait un peu plus de 2 par famille éleveuse en moyenne. Les grandes fermes n’existent pratiquement pas. Pourtant, 150 000 bœufs partent à l’abattoir chaque année, rapportant 150 millions de dollars l’an, l’activité la plus rentable de l’agriculture haïtienne, dit-il. La production de lait constitue en revanche la faiblesse de cette activité. 500 000 vaches produisent du lait dans le pays, mais cette production est en majorité pour l’autoconsommation. Le lait est un produit qui nécessite une transformation rapide, et le pays est en manque de laiteries. Entre 90 et 100 millions de dollars des États-Unis sont dépensés pour l’importation de lait chaque année. Le lait est la protéine animale la plus accessible pour les paysans.

La consommation de cabris est entièrement couverte par la production locale, de même que celle du lapin. Toujours selon les informations fournies par M. Chancy,  ce sont près de 600 000 familles qui se livrent à l’élevage des cabris, 400 000 partent à l’abattage chaque année, pour un chiffre de 100 millions de dollars de revenus. Quant au porc, ce  sont pas moins de 300 000 familles qui gèrent un marché de 80 millions de dollars. Cependant, l’élevage des porcs dans le pays fait actuellement face à sa plus grande crainte, le retour de la peste porcine.

D’un autre côté, la consommation de poisson est couverte à 45 % par la pêche locale contre 55% d’importations, et pour le porc,  75% de cette viande est produite localement.  Enfin, le pays importe 75% de sa consommation de lait, et 70% de sa consommation d’œufs,  a aussi fait remarquer le Dr Chancy.

Clovesky André-Gérald Pierrecloveskypierre1@gmail.co

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