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Ricardo BOUCHER, un poète « Batayè » qui fait sa poésie autrement

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Il n’utilise pas sa plume comme le font les autres. Mais plutôt un spray. Un spray comme instrument d’écriture, avec lequel il inscrit sa poésie sur les murs de Port-au-Prince. Il est en effet un poète hors du commun. Un poète engagé. Un poète « Batayè », comme il se plait à le clamer. Son nom est Ricardo Boucher.

Il a pris naissance à l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (HUEH) plus connu sous le nom de ‘’l’Hôpital général’’, le 8 mai 1995. Né d’une mère commerçante, une « Madan Sara », Ricardo est le cadet d’une fraterie de cinq enfants. «Déjà à six ans, je me couchais sous les lits »,  se remémore le poète, pour décrire son enfance grevée à Grand-Ravine par le climat de l’insécurité.

« La poésie, je l’ai découverte aux marchés quand j’accompagnais ma mère vendeuse à l’époque », raconte Ricardo dans un entretien accordé au journal. «Tu imagines une marchande qui balance ça : Abiye de pye w, akoupi m chaje w, des trucs comme ça. Ça c’est de la poésie ! », s’étonne le poète.

 L’image est au centre de la poésie contemporaine, selon lui. «Quand Georges Castera écrit par exemple : gen de jou m rete m tap fout leta yon kout wòch. Or l’Etat n’est pas une personne physique », démontre l’artiste. Cela dit, poursuit-il, nous sommes déjà dans la poésie. C’est donc l’image qui compte.

«En fait, j’ai commencé à être conscient de ce qu’est la poésie, en classe humanitaire au Lycée Toussaint où j’ai fait mon secondaire », témoigne Ricardo qui s’abstient de parler de son parcours académique. Mais, c’est en 2016 qu’il se lancera corps et âme dans le bassin de la poésie, avec un style propre à lui. Depuis, il ne vit que de ça. «Moi, je ne fais que de la poésie. La poésie c’est la vie quoi », avance-t-il.

«Je suis un poète de rues. Je m’inspire de la rue, des bouleversements, de la réalité aux marchés, aux quartiers populaires, pour faire ma poésie »,  déclare le militant qui se revendique le Marxisme.

En ce sens, la poésie est pour lui une arme de résistance, un outil «d’éducation conscientisante » pour amener les gens à éveiller leur conscience politique. «C’est en ce sens que j’écris sur les murs, partout dans la ville métropolitaine, des vers de résistance » ajoute Ricardo. Questionné sur l’illégalité de son acte, il répond en ces termes : «Ça marche ou ça ne marche pas. Nous sommes dans un Etat illégal, on ne va pas prétendre marcher dans une quelconque légalité. »

Actif dans plusieurs structures de résistance dont MOLEGHAF et CRICASTRO, le jeune artiste est un militant aguerri. Il a dans un premier temps milité le mouvement de « Le Poème tué », par la suite il a enclenché la ‘’Non-assistance à Poésie en danger » comme pour dire non aux assistances des ONG. Ainsi, déclare-t-il : «Notre misère est un projet d’exposition internationale. Ils s’en servent pour remplir leurs poches », a-t-il déploré.

Il a par ailleurs reçu une formation en éducation populaire à l’Ecole politique Charlemagne Péralte.« Quand je ne fais pas de poésie, je suis dans la rue comme militant. Je lutte contre ce système crasseux »,dit Ricardo Boucher qui se bat pour une nouvelle révolution en Haïti.  «La révolution c’est l’œuvre d’art la plus accomplie du monde, en fait. Allez voir la révolution bolchévique, la révolution cubaine, la nôtre en 1803 qui a commencé en 1791 », soutient le poète marxiste qui n’entend pas abandonner de sitôt son combat pour une nouvelle Haïti.

Statler LUCZAMA

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