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Guédés, les esprits de la mort, qu’en est-il réellement ?

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Les 1er et 2 novembre derniers a eu lieu dans le culte vaudou la traditionnelle célébration des esprits de la mort. Pour nous  Haïtiens, notamment pour ceux qui sont des adeptes du vaudou, la fête des Guédés est d’une importance capitale, et peu importe la gravité de la situation socio-politico-économique du pays, la fête des Guédés ne saurait être oubliée et ne passe jamais inaperçue. Cette année encore, malgré les tumultes quotidiens, les crises permanentes et le climat de stress et d’insécurité qui planent sur la terre d’Haïti, les rues et les cimetières de partout étaient envahis de corps possédés par les esprits et ivres de rhum, qui dansaient, au son des tambours et des chants.

Dans la culture haïtienne, les Guédés sont les esprits de la mort. Dans le culte vaudou, ces esprits jouent le rôle d’intermédiaire entre le monde des morts et celui des vivants. La célébration des Guédés est une pratique tant religieuse que culturelle. Les Guédés sont des esprits dont la gaieté n’échappe pas aux yeux. Ayant déjà vécu, ces esprits ne sont pas des peureux mais des braves. Les Guédés s’imposent dans des danses dont les déhanchements sont répétés. Ce sont des esprits bruyants qui profèrent des propos obscènes. Ils manifestent leur présence de manière ahurissante.

Contrairement à ce que peuvent croire certaines personnes, les Guédés ne puisent pas leurs racines sur les terres d’Haïti, mais sont plutôt des héritages que nos ancêtres africains nous ont légués. Selon certaines sources, les Guédés proviennent du plateau d’Abomey (ville de la République du Bénin), à l’époque, capitale du royaume de Dahomey, ancien royaume africain du sud du Bénin dont l’histoire remonte entre le XVIIe et le XIXe siècle.

La légende raconte qu’à une époque méconnue de l’histoire du vieux continent, la communauté d’Abomey (zone comprise aujourd’hui entre Zogbodomey et Bohicon, au sud du Bénin), était frappée par des maladies contre lesquelles les plantes médicinales étaient inefficaces. Le désespoir les poussait à implorer ceux qui étaient déjà partis pour l’au-delà de leur venir en aide. Persuadés que les morts ne les entendaient pas, ils décidèrent d’envoyer l’aîné des fils du chef de la communauté comme porte-parole de leurs plaintes. Celui-ci accepta de s’offrir en sacrifice en apportant le message aux ancêtres, au pays des morts, Fètomè. Après sa mort, les calamités de la communauté cessèrent; et à partir de ce moment, les habitants se recueillaient régulièrement sur sa tombe quand ils voulaient parler aux morts. Cette pratique a perduré et a traversé l’océan avec les esclaves, d’où la célébration des Guédés en Haïti, aujourd’hui.

Les esprits de la mort forment une grande famille composée des Barons, à savoir Bawon Samdi, Bawon Lakwa, Bawon Kriminèl et Bawon Simityè ; de Grann Brijit et aussi des Guédés : Gede Nibo, Gede Fouye, Gede Loray, Papa Gede, Gede Ti Malis, Gede Plimay, Brav Gede et Gede Zareyen. Les personnages des Guédés ont chacun leurs raisons d’être et se manifestent également à leur façon. Les Barons sont généralement le premier homme à être enterré dans un cimetière, Grann Brigitte est la femme du Baron et parmis les Guédés, le plus influent est Guédé Nibo qui est communément considéré dans le vaudou haïtien comme le leader des esprits de la mort et le patron des âmes qui meurent très jeunes. Les couleurs traditionnelles des Guédés sont le violet, le noir et le blanc.

Lors des festivités où l’on honore les Guédés, on organise des activités de toutes sortes. Le décor est composé essentiellement des couleurs traditionnelles. Les femmes et les hommes qui participent à la cérémonie s’habillent en violet, noir et blanc, conformément à la tradition. Le lakou où a lieu la cérémonie est la plupart du temps rempli de monde. Les vodouisants créent également des autels, on y retrouve des objets de dévotion et il y a des « vèvè » partout dans le lakou. Les services commencent avec des chants, des prières et des danses ; les offrandes habituelles sont des chèvres noires, des coqs noirs, des calebasses, des cigares, des noix de coco, des plantains frits, des pistaches, des harengs fumés, du rhum blanc épicé au poivre des oiseaux africains. Les Guédés caractérisés par leur comportement bruyant se manifestent en se livrant à des mouvements de danse érotique extravagants, en buvant des boissons fortes comme du rhum blanc, du vinaigre, en mangeant des morceaux de verre et du piment et en proférant des paroles péjoratives et choquantes. Ces cérémonies ont parfois lieu en pleine rue ou dans des cimetières.

Beaucoup de personnes se méprennent sur les Guédés. Étant donné que ces derniers sont associés aux esprits de la mort, certains pensent qu’ils sont utilisés pour commettre des actes de méchanceté et donner la mort. Alors qu’en réalité ces divinités du vaudou sont considérées comme les protecteurs des vivants, de grands guérisseurs, les intermédiaires entre les vivants et les morts et les gardiens des tombes des esprits morts à l’aurore de leurs vies. Les Guédés détiennent même les pouvoirs de donner la parole aux morts dont la dépouille n’a pas été retrouvée, par le biais de leurs chevaux (gens possédés). Les Guédés résidant au « Peyi san chapo » ne sont que des traits d’union entre le monde des vivants et le monde des morts.

Leyla Bath-Schéba Pierre Louis Pleyla78@gmail.com

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