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« Kiyès ki aprè », émouvant spectacle de Teyat Oprime avec les touches de Diego Lafortune

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L’auditorium de l’Institut d’Études et de Recherches Africaines a reçu accueilli, le 17 juillet dernier, le spectacle « Kiyèskiaprè » de TeyatOprime mis en scène par Diego Lafortune. Une pièce de théâtre présentée sur un tableau de deux conversations. Les amants du théâtre présents en nombre se sont laissé toucher par la sensibilité du spectacle tout en criant assez s’agissant des multiples actes qui créent la peur et la fuite des cerveaux depuis une décennie dans un pays qui se détruit.

Inspirée par la musique« Ayibohio »  de l’artiste NouvoLibécrit pour dénoncer dix années de meurtre et de pression sur le peuple haïtien, TeyatOprime, structure artistique créée le 12 juin 2000 a choisi de proposer une pièce intitulée « Kiyès ki aprè ?». Celle-ci  traite deux des thèmes phares occupant l’actualité en Haïti : « l’insécurité et la migration ». Deux phénomènes qui brisent les liens et détruisent les relations qui maintenaient l’équilibre dans la société actuelle.

« Kiyès ki aprè ? », c’est un mélange de textes de poésie et de musique présentée sous forme d’une pièce théâtrale. D’après Diego Lafortune, le metteur en scène, l’idée de cette pièce lui est venue après avoir vu des gens qui continuent d’être assassinés, violés, kidnappés un peu plus chaque jour. On se rend compte que l’insécurité augmente, les gens fuient le pays par voie légale ou illégale, il suffit qu’ils aient l’opportunité. La pièce est présentée en deux tableaux/ Le premier tableau rappelle les massacres perpétrés sur certaines personnes et groupes dans les quartiers populaires.

« Dans ce tableau, nous présentons un fond avec un ensemble d’images d’assassins, un cercueil où la vie y est allongée, explique M. Lafortune. Quatre personnages sont représentés, Netty-Legagneur-Gregory-Osny avec une histoire de leur vie et de leur mort. Ce premier tableau est également un hommage à un groupe de personnes décédées sous ce régime.

Dans le premier tableau, nous arrivons à faire ressortir la douleur, le cri de chaque mère qui perd son enfant au passage de la caravane de la mort, poursuit M. Lafortune. Le public a eu la chance de participer aussi au spectacle au cours duquel dix personnes déposaient des fleurs sur le cercueil où la vie était allongée.

Le second tableau traite du phénomène de la migration massive. Toutes les catégories sociales sont touchées par l’insécurité et décident de fuir pour épargner leur vie, une illusion qui tourne parfois en situation lamentable.

Le texte est présenté en deux actes : la première partie décrit la réalité de trois cousins, et la seconde partiese concentre sur la vie d’un jeune couple marié.

Acte l : Les trois cousins ​​sont venus d’un coin reculé du pays pour chercher une vie meilleure à Port-au-Prince (l’exode rural). Ils font alors face aux péripéties qui forment la réalité quotidienne de la capitale. Ils croisent la faim et la mort. Pendant que deux d’entre eux se résignent à quitter le pays illégalement, le dernier décide de retourner dans les montagnes pour y cultiver la terre. Hélas, ces terres ont été vendues à des compagnies  américaines pour y implanter des industries et des usines. Des deux cousins ​​qui prendront la mer, l’un sera emporté par les eaux et l’autre se perdra dans la vallée de la mort.

Acte ll :

Un professeur de mathématiques, un bachelier qui va décider de laisser sa femme en Haïti pour trouver de meilleures conditions de vie ailleurs. Prenant cette décision à cause de la peur qui le terrasse jour et nuit après plusieurs batailles menées au pays en tant que citoyen engagé, il s’est découragé. Après  mûres réflexions, il décide de partir. En tentant d’entrer aux États-Unis par bateau, il meurt alors qu’il a laissé une femme enceinte.

Le metteur en scène dit vouloir envoyer un message fort à travers ce texte qui dépeint la réalité cruelle  et imprévisible en Haïti. Il explique : « Face à toutes ces dérives, nous devons arriver à sensibiliser les gens à rester. Peu importe où vous allez, le malheur vous suivra, vous ne serez jamais à l’aise si vous n’êtes pas chez vous. La solution est de rester pour le combat et de faire prospérer la vie dans l’espace où vous vivez ».


Cette mise en scène de Diego Lafortune est l’expression manifeste des jours lugubres que connaît Haïti depuis plus de dix ans.Une évocation des victimes, des expatriés et des rêveurs d’un meilleur lendemain.

Geneviève Fleury

Genevievef359@gmail.com

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